Thursday , 10 September 2026

Dr Tawfiq Al Rabiah : le ministre-technocrate qui révolutionne le Hadj par le numérique

Du 12 au 14 septembre 2026, Maurice accueillera pour la première fois un ministre saoudien du Hadj et de l’Umrah. Derrière la portée historique et diplomatique de la visite du Dr Tawfiq bin Fawzan Al Rabiah se profile le parcours singulier d’un informaticien devenu l’un des principaux artisans de la transformation de l’administration saoudienne.

Un informaticien au cœur de l’État

Après le Commerce et la Santé, Dr Tawfiq bin Fawzan Al Rabiah applique désormais sa méthode au Hadj : simplifier les procédures, intégrer les services, mesurer les résultats et utiliser la technologie pour améliorer l’expérience de millions de pèlerins. Avec Nusuk, les réservations directes, la carte numérique, le cloud et l’intelligence artificielle, il travaille à remodeler l’organisation de l’un des rassemblements humains les plus complexes au monde.

Dr Tawfiq Al Rabiah ne présente pas le profil traditionnel d’un ministre chargé des affaires religieuses. Sa formation et ses premières responsabilités se situent à la rencontre de l’informatique, des mathématiques, de l’investissement et du développement industriel.

Diplômé en gestion financière et en mathématiques de l’Université King Saud, il poursuit ses études aux États-Unis. À l’Université de Pittsburgh, il obtient deux Masters, l’un en sciences de l’information et l’autre en informatique, puis un doctorat en informatique en 1999. Après une expérience dans l’enseignement universitaire, il rejoint l’appareil public saoudien, où il prend notamment en charge le secteur des technologies de l’information et de la communication au sein de l’autorité responsable des investissements.

Il dirige ensuite MODON, l’Autorité saoudienne des villes industrielles et des zones technologiques, avant d’entrer au gouvernement. Cette trajectoire permet de comprendre sa méthode : pour lui, la technologie n’est pas un simple outil de communication. Elle constitue un instrument de réforme administrative, de mesure de la performance et de transformation de la relation entre l’État et l’usager.

Au Commerce, la guerre aux lenteurs administratives

Nommé ministre du Commerce et de l’Industrie en 2011, Dr Al Rabiah entreprend de simplifier et d’automatiser les procédures auxquelles sont confrontées les entreprises. Sous son autorité, la majorité des services du ministère deviennent accessibles électroniquement.

L’un des résultats les plus emblématiques est la réduction du délai nécessaire à l’émission d’un registre commercial à moins de 180 secondes. Les licences industrielles sont également numérisées et peuvent être délivrées en une journée ouvrable. L’enregistrement et la protection des marques sont automatisés, tandis que plusieurs textes encadrant les sociétés, le commerce électronique, la protection des consommateurs et la faillite sont modernisés.

Sa réforme ne se limite donc pas à transférer des formulaires sur Internet. Elle conjugue révision des lois, réorganisation des procédures et développement d’une infrastructure numérique. Son passage au Commerce installe l’image d’un ministre qui considère que l’efficacité publique doit pouvoir être mesurée en délais, en coûts et en qualité de service.

À la Santé, les données au service du patient

En 2016, il prend la direction du ministère de la Santé. Il y introduit plus de 400 indicateurs périodiques destinés à mesurer la performance des établissements et la satisfaction des patients. Il accorde une place importante aux soins primaires, à la télémédecine et à l’intégration des services numériques.

Plusieurs plateformes sont développées ou renforcées. Mawid centralise les rendez-vous médicaux ; Sehha permet des consultations à distance ; Wasfaty facilite les prescriptions électroniques et le retrait des médicaments en pharmacie. Le projet Nafees est conçu autour d’un système de santé intégré et d’un dossier médical unifié, tandis que Sehaty vise à réunir plusieurs services au sein d’une même application.

Lorsque survient la pandémie de Covid-19, l’Arabie saoudite dispose ainsi d’outils capables de soutenir la continuité des soins, les consultations à distance et le traitement des données sanitaires. Cette période renforce chez Al Rabiah une conviction déjà visible au Commerce : la technologie produit ses meilleurs résultats lorsqu’elle s’accompagne d’indicateurs, d’une coordination institutionnelle et d’une capacité à agir rapidement.

Le Hadj, défi humain et technologique

La nomination du Dr Tawfiq bin Fawzan Al Rabiah au ministère du Hadj et de l’Umrah, en octobre 2021, le place devant un défi d’une tout autre dimension. Le Hadj réunit, sur un territoire limité et durant une période très courte, des pèlerins venus du monde entier. À la logistique des déplacements s’ajoutent l’hébergement, les repas, les transports, les formalités, la santé, la sécurité, l’orientation et la coordination avec les missions étrangères et les prestataires privés.

Dans cet environnement, une information fragmentée ou une défaillance de coordination peut avoir des conséquences considérables. Dr Al Rabiah entreprend donc de transformer le parcours du pèlerin en un écosystème intégré, allant de la préparation du voyage au retour dans son pays.

La plateforme Nusuk devient la pièce maîtresse de cette transformation. Elle permet notamment de rechercher des prestations, choisir des forfaits, effectuer des paiements, réserver un hébergement, organiser certains déplacements et accéder à des informations religieuses et pratiques. Elle intègre aussi des services liés à la Rawdah, au Haramain Train, aux hôtels, aux billets d’avion, aux cartes et aux visites guidées.

La portée de Nusuk dépasse désormais celle d’une simple application administrative. En septembre 2025, elle avait franchi le seuil de 30 millions de téléchargements, contre 12 millions en 2024. Plus de 90 % de ses utilisateurs se trouvaient hors du Royaume. Le ministère affiche aujourd’hui l’ambition d’en faire une plateforme islamique numérique de portée mondiale.

Le changement le plus significatif concerne la réservation directe. Pour la saison 1445H, quelque 50 000 pèlerins issus de plus de 120 pays ont pu acheter leur forfait par l’intermédiaire de Nusuk, sans dépendre du circuit traditionnel des intermédiaires. Selon les autorités saoudiennes, ce système a renforcé la concurrence et contribué à réduire les prix.

La plateforme permet également aux pèlerins de comparer les prestations et d’accéder à une offre aérienne élargie grâce à son intégration avec des centaines de compagnies.

Le Hadj entre dans le cloud et l’intelligence artificielle

En juin 2026, le ministère a franchi une nouvelle étape en achevant la migration complète de son Centre d’information du Hadj et de l’Umrah vers le cloud. Cette infrastructure dessert plus de 20 millions de pèlerins annuellement, relie plus de 70 organismes saoudiens et internationaux et soutient des centaines de services numériques.

L’objectif est double : augmenter la capacité des systèmes durant les périodes de forte demande et garantir la continuité des services. Car plus le parcours du pèlerin dépend du numérique, plus la fiabilité des plateformes, la cybersécurité et la protection des données personnelles deviennent cruciales.

L’intelligence artificielle fait également son entrée dans cet univers avec Nusuk AI, un assistant destiné à répondre aux interrogations des pèlerins. À terme, l’IA pourrait contribuer à l’analyse des mouvements de foule, à l’anticipation des besoins médicaux, à l’orientation en temps réel et à l’évaluation des prestataires.
Dr Al Rabiah insiste néanmoins sur une limite fondamentale : la technologie doit soutenir les valeurs du pèlerinage, et non les remplacer.

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