mardi , 11 août 2020

Favoritisme + népotisme + corruption = médiocrité

Ces phénomènes ne datent pas d’hier. Nous avons tous entendu parler de X qui a été embauché car il est le cousin de Y, de P qui est promu car il a le ‘backing’ de Q, de R qui a été choisi, ou épargné, car il a remis une somme à S. Cela arrive dans le secteur public, mais aussi dans le privé, sous différents régimes politiques, ici comme ailleurs. Dans beaucoup de pays, de telles pratiques sont pires que chez nous, généralisées, banalisées, tolérées, voire acceptées. Est-ce que cela veut dire que le favoritisme, le népotisme et la corruption ont désormais, éthiquement et moralement, leur place dans notre monde? Quelle doit-être notre attitude vis-à-vis d’une telle réalité ?

Le mal, notre ennemi

Il est une tradition prophétique qui nous enseigne que si nous voyons un mal, changeons-le avec nos mains. Si nous ne le pouvons, alors avec notre langue, c’est-à-dire dénoncer ce mal. Et si cela ne nous est pas possible, alors il faut le détester dans notre cœur, cela étant le dégrée le plus infime de la foi.

Ainsi, entre le fait de se soumettre à un mal et une posture passive, il est question d’abord de la foi que nous portons. Notre foi ne nous permet nullement d’être insensibles lorsque nous témoignons une injustice sous la forme d’un passe-droit accordé à quelqu’un ou quelqu’une, quelle que soit sa communauté, sa relation avec nous, son statut. À défaut de pouvoir changer les choses avec notre main ou notre langue, faisons-nous l’effort de repousser absolument le mal avec notre cœur ? C’est le minimum. Ce niveau d’engagement est souvent sous-estimé. Nous pensons trop souvent qu’il suffit de réagir émotivement, d’avoir un sentiment frivole ou de faire une note mentale à propos d’un mal… pour continuer notre vie comme si rien n’était.

Notre cœur, malade

Détester le mal dans son cœur ne signifie pas non plus tomber dans le cynisme, tout critiquer, tout blâmer, s’indigner et se frustrer face à ses propres limites. Il est si facile de s’agiter un instant face à un mal que nous désapprouvons pour ensuite tomber dans notre routine quotidienne. Pour se réveiller au prochain mal qui nous scandalise, le temps de laisser éclater notre colère. Et dans le temps rien ne changera. Mais ce qui est pire est l’effet que cette succession de maux finit par avoir sur nos cœurs, qui s’endurcissent à chaque mal que nous témoignons.

Au final, il faut que chaque être se questionne : suis-je devenu meilleur face à ce mal que je vois ? Car, je ne deviens pas meilleur tout simplement parce que les autres font du mal. Attention à l’arrogance qui me fait croire que les autres sont plus mauvais que moi, car ils agissent mal. Je confonds les autres avec leurs actes, et je crois que je suis meilleur. Alors qu’en vérité je n’ai changé le mal ni avec ma main, ma langue ou mon cœur. Il se peut que j’arrive à détester celui qui fait l’acte de mal, au point de lui vouloir du mal. Si je veux changer le mal, pourquoi ne pas prier pour que celui qui le fasse cesse d’agir ainsi ? Au lieu de vouloir le détruire, pourquoi ne pas souhaiter qu’il se convertisse au bien ?

Une autre tradition prophétique illustre clairement que notre devoir d’engagement ne se résume pas à un rejet superficiel du mal, mais à un devoir d’ordonner le bien et d’interdire le mal de manière constructive. C’est ce changement qui se traduit sous forme d’actions, de paroles et, au minimum, du fait de détester le mal dans notre cœur, jamais d’avoir la haine pour la personne qui le commet. L’exemple est celui de gens qui sont sur un même bateau, certains sur le pont supérieur et d’autres dans la cale. Lorsque ces derniers ont besoin d’eau, ils montent sur le pont et doivent déranger les premiers. Ils se disent que s’ils font un trou au fond dans la cale, ils ne dérangeront pas ceux-ci. Or, si ceux sur le pont les laissent faire, ils périront tous…

Culture de médiocrité

Par rapport au favoritisme, au népotisme et à la corruption qui nous rongent, le résultat ne peut être que la propagation d’une culture de médiocrité à tous les niveaux. Car à force de préférer des gens qui ne méritent pas, mais qui nous sont proches, sympathiques ou serviables, nous finirons d’avoir ‘the wrong person in the wrong place’ dans tant de postes de responsabilités publiques, paraétatiques et privées.

Concluons en rappelant un principe essentiel, la résistance au mal est un devoir de tout être de foi. Chacun s’engage selon sa capacité. L’ennemi est le mal, pas celui qui fait le mal. Celui-ci, nous avons foi qu’il peut se réformer, se changer, voire devenir meilleur que nous. L’effort nous appartient, c’est notre responsabilité. Quel que soit le résultat, au nom de notre foi nous devons lutter contre le favoritisme, le népotisme et la corruption. Sinon, ici, nous n’aurons que de la médiocrité.

Et un jour, si pas ici-bas, ailleurs, sans doute, n’aurons-nous pas des comptes à rendre ?

Par le temps

Certes, l’humanité est en perdition
Sauf ceux qui ont la foi et font le bien
Et s’enjoignent mutuellement la vérité
Et s’enjoignent mutuellement la patience et la persévérance
Le Coran 103 : 1-3

Par DR KHALIL ELAHEE

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