Le constat dressé par le Blueprint est sévère : l’Islamic Cultural Centre Trust Fund (ICC) est présenté comme une institution fragilisée par un modèle devenu trop dépendant des volontaires et des compétences individuelles.
Face à ces limites, le document propose un changement de cap profond : renverser complètement le mode de fonctionnement de l’ICC en plaçant désormais un personnel permanent, professionnel et responsabilisé au centre de l’organisation du Hadj, avec les volontaires en appui.
Renforcement des effectifs, clarification des responsabilités, sécurisation des outils numériques, volontariat structuré et nouvelle architecture financière : le Blueprint veut poser les bases de l’ICC de demain. Pour le ministre Shakeel Mohamed, responsable du dossier du Hadj, le défi est de taille : réussir cette transformation sans perturber la préparation du prochain pèlerinage et faire passer l’organisme de la rue La Paix d’un modèle largement porté par les individus à une véritable institution professionnelle.
Mettre les professionnels au centre
Le cœur de la réforme tient en une formule : inverser le modèle actuel. Jusqu’ici, selon le Blueprint, l’organisation du Hadj reposait largement sur des volontaires expérimentés, épaulés par le personnel permanent. À l’avenir, ce serait l’inverse : les employés qualifiés et permanents assumeraient la responsabilité principale, tandis que les volontaires interviendraient comme soutien. Cette approche vise surtout à rendre l’institution moins dépendante des personnes et davantage des fonctions, procédures et responsabilités clairement établies.
Un effectif porté de 6 à 13
La professionnalisation passerait d’abord par un renforcement significatif de l’effectif. L’ICC compte actuellement six employés permanents. Le Blueprint prévoit de passer à neuf après les recrutements déjà engagés, puis à 13 employés une fois la réforme pleinement mise en œuvre. Le poste de Director serait élevé au rang de Director-General.
Parallèlement, plusieurs nouvelles fonctions seraient créées ou restructurées :
- Head of Hajj Operations ;
- Pilgrim Services & Communications Officer ;
- Religious Guidance Coordinator ;
- System sAdministrator, en remplacement du poste d’ICT Technician.
Les recrutements déjà en cours pour les postes d’IT Analyst, Hajj Officer et Administrative Secretary devraient être accélérés. Deux postes considérés comme dormants — Library Clerk et Gardener — seraient supprimés, l’entretien extérieur devant être externalisé.
Un Head of Hajj Operations au cœur du dispositif
Parmi les nouvelles fonctions, le Head of Hajj Operations occuperait une place centrale. Ce cadre supérieur travaillerait sous l’autorité du Director-General et deviendrait l’un des principaux interlocuteurs opérationnels des autorités saoudiennes. Il assurerait aussi la coordination avec Nusuk Masar et le futur Hajj and Umrah Management Committee. L’idée est de séparer plus clairement la gouvernance du Board de la gestion opérationnelle quotidienne du Hadj.
Les volontaires restent, mais dans un cadre formel
Le Blueprint ne propose nullement de supprimer le volontariat. Il cherche plutôt à l’organiser. Une véritable Volunteer Unit serait instituée avec quatre niveaux :
Un Standing Volunteer Corps regrouperait entre 15 et 20 volontaires toute l’année.
Une réserve saisonnière de 40 à 60 personnes serait mobilisée pendant les périodes de forte activité.
En Arabie saoudite, entre 8 et 12 volontaires de terrain pourraient agir comme group leaders ou assistant muallims.
Enfin, un groupe consultatif communautaire de cinq à sept personnes serait associé au dispositif.
Le changement majeur concerne toutefois leurs responsabilités : aucun accès informatique critique ni autorité financière ne devrait être confié à un volontaire.
Le coût annuel de cette Volunteer Unit est évalué entre Rs 630 000 et Rs 1,05 million.
Les clés numériques doivent appartenir à l’institution
L’autre grand chantier concerne le numérique. Le Blueprint veut mettre fin aux situations où les systèmes essentiels ou leurs accès sont détenus personnellement par des individus. Le master access de Nusuk Masar devrait ainsi être transféré à un employé permanent de l’ICC. Le principe posé est simple : aucun accès critique à Nusuk Masar, aux bases de données des pèlerins ou aux systèmes de paiement ne devrait dépendre d’une personne extérieure à l’établissement permanent.
Une nouvelle plateforme centralisée Hadj-Umrah est également prévue. Elle serait offerte personnellement à l’ICC par le ministre responsable du Hadj, sans coût pour le gouvernement ni pour le Trust Fund. Cette plateforme devrait notamment gérer les inscriptions, les documents, les visas, les hôtels, les vols, les paiements, les regroupements familiaux et le suivi des pèlerins. Elle serait hébergée physiquement à Maurice.
2028 comme point d’aboutissement
Le Blueprint ne présente donc pas cette réforme comme une opération immédiate, mais comme une transition progressive.
L’ambition est que le Hadj 2028 soit la première saison entièrement organisée sous le nouveau modèle : personnel professionnel complet, infrastructure numérique institutionnelle, volontaires structurés et nouveau cadre légal.
En somme, la perspective dessinée est celle d’un ICC moins dépendant des individus et davantage construit autour de fonctions permanentes, de systèmes sécurisés et d’une chaîne de responsabilités clairement définie. Le passage recherché est celui d’une culture du dévouement personnel à une culture institutionnelle du Hadj.
La réforme aura un coût
La professionnalisation nécessitera toutefois des moyens supplémentaires. Pour l’exercice 2027-28, le Blueprint prévoit une nouvelle enveloppe comprise entre Rs 9,5 millions et Rs 11,5 millions. Elle passerait ensuite à Rs 8,3-Rs 9,8 millions en 2028-29, puis Rs 7,8-Rs 9,3 millions en 2029-30.
Mais le document pose parallèlement un principe fort : aucun frais administratif ne devrait être imposé aux pèlerins pour financer cette nouvelle structure. Cette interdiction serait inscrite dans la future loi.
National Hadj Waqf Fund
Pour alléger la charge publique, le Blueprint envisage plusieurs revenus complémentaires. Les frais d’accréditation des opérateurs pourraient générer entre Rs 2,25 millions et Rs 6 millions par an.
Le Blueprint envisage également la création d’un National Hadj Waqf Fund, qui serait lancé dans la deuxième année de la réforme. À partir de la quatrième année, ce fonds pourrait générer au moins Rs 2 millions annuellement. L’objectif serait de doter progressivement l’organisation du Hadj d’une source de financement durable, sans faire supporter les coûts de la nouvelle infrastructure administrative aux pèlerins. Le document ne précise toutefois pas encore le mécanisme de collecte, les contributeurs visés ni le mode de gouvernance de ce futur fonds. Une assistance technique de l’Islamic Development Bank est aussi évoquée.
Sécuriser l’argent des pèlerins
La réforme comporte aussi un volet financier important. Le Blueprint propose notamment de placer les fonds versés par les pèlerins dans un compte bancaire séparé, avec des réconciliations régulières. Cette mesure doit permettre de distinguer clairement l’argent des pèlerins des autres ressources de fonctionnement de l’ICC. Cette précaution prend tout son sens puisque Rs 113,375 millions avaient déjà été encaissées au 5 août et que plusieurs centaines de millions de roupies pourraient transiter par l’ICC sur l’ensemble du cycle du Hadj.
Le Blueprint dresse le constat d’une institution fragilisée
Le document de réforme de l’Islamic Cultural Centre Trust Fund (ICC), daté du 5 août 2026, ne se contente pas de proposer une nouvelle architecture pour l’organisation du Hadj. Il commence par un constat sévère : après près de vingt ans de fonctionnement largement porté par des volontaires, l’institution se retrouve aujourd’hui confrontée à plusieurs fragilités humaines, administratives et technologiques.
Le Blueprint reconnaît que l’organisation du Hadj, qui concerne traditionnellement autour de 1 500 pèlerins mauriciens par an, a longtemps reposé sur l’engagement personnel d’un petit noyau de volontaires expérimentés, alors que le personnel permanent occupait surtout un rôle d’appui. Selon le document, ce modèle a permis au système de fonctionner, mais il n’a pas permis de construire une véritable structure professionnelle capable de survivre au départ des personnes-clés.
Les départs mettent les faiblesses à nu
La situation est devenue particulièrement délicate au cours des derniers mois. Gaffoor Kassim a pris sa retraite, Ahmad Fawzi et Raffick Kurmally ne sont plus engagés dans les opérations, tandis que le Chairman a démissionné. À cela s’ajoute le départ annoncé, à la fin d’août, de Muhammad Irfaan Monsoor, présenté comme l’unique ressource informatique opérationnelle de l’ICC.
L’institution ne dispose actuellement que de six employés permanents, dont seulement trois peuvent, selon le Blueprint, être réellement affectés à la préparation du Hadj. Trois postes sont parallèlement vacants : IT Analyst, Hadj Officer et Administrative Secretary.
Hadj 2027 : un calendrier sous forte pression
Le Blueprint de réforme de l’Islamic Cultural Centre Trust Fund (ICC) ne se limite pas à repenser l’institution. Il montre aussi à quel point la préparation du Hadj 1448H est enfermée dans un calendrier saoudien extrêmement serré. Entre août 2026 et avril 2027, l’ICC devra franchir une succession d’étapes administratives, financières et techniques, dont plusieurs sont déterminantes pour la participation des pèlerins mauriciens.
13 août : première échéance critique
À cette échéance ont pris fin les confirmations relatives aux camps et l’ajout de nouveaux opérateurs Hadj. Surtout, un paiement de 7 millions de riyals saoudiens, soit environ Rs 84 millions, a été effectué pour sécuriser les réservations de camps sur Nusuk Masar.
Au moment de la rédaction du Blueprint, le transfert avait été initié mais restait en attente de l’approbation de la SBM.
14 août : le Business Plan attendu
Dès le lendemain, le 14 août, l’ICC devait avoir soumis aux autorités saoudiennes son Business Plan Hadj 1448H.
Cette date marque aussi le début des réunions préparatoires et du processus d’upload des données des pèlerins.
Le Blueprint précise que l’ICC travaillait déjà avec la partie saoudienne afin de respecter cette feuille de route.
26 septembre : données et contrats
Le 26 septembre 2026 constitue une autre étape importante. À cette date doivent notamment être réglés :
- l’annonce des inscriptions ;
- l’affectation des compagnies aériennes ;
- les contrats médicaux ;
- les contrats liés aux médias ;
- l’upload des données des membres du Hadj Affairs Office.
Cette échéance explique pourquoi le recrutement de l’IT Analyst est considéré comme prioritaire et devrait, selon le Blueprint, être finalisé avant la fin de septembre.
8 novembre : formaliser les arrangements
Le 8 novembre, l’ICC devra franchir une nouvelle étape avec la signature du Hajj Affairs Arrangements Agreement.
Les préférences relatives au déplacement des pèlerins ainsi que la documentation des contrats aériens devront également être finalisées.
24 décembre : fin des transferts financiers
Le 24 décembre 2026 marque la fin de la période de transfert des fonds et la finalisation des dépôts dans l’e-wallet.
Cette étape est importante puisque le Hadj implique des flux financiers particulièrement élevés entre Maurice et l’Arabie saoudite.
Janvier 2027 : le mois décisif
Deux échéances majeures tombent en janvier.
Le 23 janvier 2027, le contrat du comprehensive package doit être finalisé sur Nusuk Masar.
Puis arrive la date du 28 janvier, probablement l’une des plus sensibles du calendrier : toutes les données des pèlerins doivent être téléchargées sur la plateforme saoudienne.
La formation obligatoire et la certification professionnelle doivent également être complétées, tandis que le processus d’émission des visas débute.
C’est précisément pour respecter cette échéance que le Blueprint demande que la nouvelle plateforme numérique de l’ICC soit pleinement opérationnelle à la mi-janvier.
9 mars : deadline pour les visas
Le 9 mars 2027 constitue la date limite pour l’émission des visas.
À cette échéance doit aussi être finalisée la procédure relative aux médicaments des pèlerins.
Avril : derniers réglages avant le départ
À partir d’avril, le calendrier entre dans sa dernière phase.
Le 8 avril marque la date limite pour les demandes d’annulation de visas et le début de l’arrivée des pèlerins en Arabie saoudite.
Puis, le 27 avril, des inspections des camps sont prévues avec le prestataire saoudien.
Une course contre la montre
Cette succession de deadlines explique en grande partie l’urgence qui traverse tout le Blueprint. La réforme institutionnelle est importante, mais l’ICC ne dispose pas du luxe d’attendre sa mise en œuvre complète pour agir.
Le Hadj 2027 doit être préparé pendant que l’institution se restructure. D’où la priorité accordée, dès août 2026, à la nomination d’un nouveau Chairman, au transfert du master access Nusuk Masar, au recrutement informatique, à la sécurisation des fonds des pèlerins et au déploiement de la nouvelle plateforme numérique.
Le véritable défi de l’ICC apparaît ainsi double : respecter un calendrier saoudien qui ne laisse pratiquement aucune marge de manœuvre tout en reconstruisant simultanément son appareil administratif et technologique.
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