mercredi , 28 octobre 2020

Avraham Burg, ancien président du parlement israélien : «Israël dénie les droits démocratiques des Palestiniens»

C’est parce que l’Europe est faible et apologétique que Benyamin Netanyahou peut faire ce qu’il veut. C’est le constat qu’Avraham Burg, ancien président du parlement israélien, dans cette interview où il fait le procès de l’État hébreu.

Avec d’anciens membres de la Knesset, vous avez lancé un appel à des personnalités, parlementaires, intellectuels en Europe pour s’opposer à la mise en application du plan Trump et à l’annexion d’une grande partie de la Cisjordanie. Pourquoi êtes-vous opposé à ce plan ?
Mon opposition est pérenne. Mais si je m’attarde sur l’année 2020, je dirais que c’est une année où le monde se rend compte du besoin urgent de coopération entre les États, les institutions, régions, sociétés. Il n’y a pas de place pour des mesures violentes et unilatérales. Le monde a besoin de plus de dialogues, pas d’arrogances supplémentaires. Je pense que l’annexion, en dehors du fait qu’elle est fondée sur un postulat politiquement et moralement faux, nuit aux mesures politiques nécessaires pour le monde, la région et les communautés nationales palestiniennes et juives.

En quoi exactement cette annexion programmée est-elle nuisible ?
La réponse est évidente. Prenez les pays européens et imaginez que l’Allemagne, un pays puissant, décide unilatéralement d’annexer l’Alsace-Lorraine, en déclarant que c’est une zone disputée, qu’elle a été parfois française, parfois allemande. Mais maintenant, elle veut que cette région retourne dans son giron, prend une initiative unilatérale sans consensus, sans consulter quiconque : simplement, l’application de la loi allemande sur l’Alsace-Lorraine. Qu’est-ce que la France et les Français diraient ? Ils diraient que l’Allemagne a tort, qu’elle retourne à ses vieilles habitudes, qu’elle ne devrait plus faire partie de la communauté internationale, qu’elle met à mal l’ordre de l’Union européenne (UE). Il y aurait toute une liste d’arguments pour s’opposer à cette annexion. Une liste qui s’applique de la même manière à Israël, qui n’est pas et ne doit pas être une exception dans l’arène internationale. Une loi est applicable à tous.

L’Europe ne peut pas à nouveau échapper à ses responsabilités historiques…»

Mais Benyamin Netanyahou a tout de même été élu avec l’annexion d’une partie de la Cisjordanie dans son programme, non ?
C’est vrai et c’est faux à la fois. C’est vrai dans la mesure où cette question était effectivement sur la table. Mais c’est faux pour deux raisons. D’abord, la majorité des Israéliens, en réalité, a voté contre Netanyahou. Malheureusement, le système politique et ses adversaires politiques, spécialement Benny Gantz, sont faibles et de pathétiques joueurs politiques. Ce qui s’est terminé par la nomination de Netanyahou au poste de Premier ministre même si, encore une fois, la majorité des électeurs a voté contre lui.

Deuxièmement, même si 99 % des Israéliens pensent qu’une chose est juste, elle peut quand même ne pas l’être. La question de vrai ou faux, d’avoir raison ou tort, a très peu à voir avec la majorité ou la minorité. Ce n’est pas fondé sur des chiffres, mais sur des principes et des arguments moraux. Il est interdit, et ce devrait être interdit pour tous les États, de contrôler la vie quotidienne (et même heure par heure, minute par minute) de millions de personnes sans les laisser voter pour leur représentation. Israël dénie les droits démocratiques des Palestiniens. Par conséquent, l’annexion est une mauvaise mesure.

Qu’attendez-vous de l’Union européenne ? Que devrait-elle entreprendre ?
L’UE devrait réfléchir à la situation à partir de quelques considérations. Notamment sur le fait que ce qui arrive dans cette région a à voir avec une certaine responsabilité européenne, qui considérait cette zone comme une aire coloniale qu’elle a exploitée pendant des centaines d’années, les frontières artificielles Sykes-Picot de 1916… Il y a donc une responsabilité européenne. L’Europe ne peut pas à nouveau échapper à ses responsabilités historiques.

Par ailleurs, c’est un problème qui frappe à la porte de l’Europe. Il serait enfantin de penser que quelque chose de nature diplomatique pourrait se passer à quelques millimètres des frontières de l’UE sans que cela n’affecte dramatiquement son avenir. Enfin, en tant qu’Israélien, je n’aimerais pas que l’UE ait un double standard vis-à-vis d’Israël à cause d’un sentiment de culpabilité. Le même standard qui est applicable à tous les pays du monde au regard des valeurs européennes : démocratie, égalité pour tous, sécurisation de l’espace public, équité dans la distribution des ressources publiques et ne jamais ignorer le droit humain individuel au sein des droits collectifs. La même politique que celle engagée (sanctions, NDLR) contre la Russie envahissant la Crimée doit être appliquée à Israël.

Israël n’est pas et ne doit pas être une exception dans l’arène internationale»

Est-il vraiment possible de stopper Trump et Netanyahou ?
Bien sûr. C’est très simple. Il suffit de dire non ! Si l’Europe explique qu’elle a été très tolérante jusque-là, mais que l’annexion est le pas de trop qu’elle n’acceptera pas, qu’il y aura des conséquences, quelles qu’elles soient, Israël ne le fera pas. Netanyahou peut jouer ce jeu parce que l’Europe est faible et apologétique.

Est-ce que l’annexion signe la mort de la solution à deux États ?
J’ai été un des premiers à me prononcer pour une solution à deux États. Mais j’ai la responsabilité d’offrir une analyse qui correspond à la réalité plutôt qu’à mon rêve. La solution à deux États est morte depuis longtemps. Au moment de la seconde Intifada, lorsque Ehud Barak est revenu de Camp David en expliquant qu’il n’y avait pas de partenaire, quand Ariel Sharon est allé sur le Mont du Temple (l’Esplanade des mosquées pour les musulmans, NDLR) et quand les Palestiniens ont fait l’erreur d’utiliser la violence dans leur révolte au lieu de développer la désobéissance civile et non violente. Et la politique d’Israël sur le terrain, de captation des terres, de cantonisation, de fragmentation de l’entité palestinienne a aussi tué la solution à deux États.

Le débat n’est donc plus entre un ou deux États, mais quelle nature d’un seul État. Est-ce que ce sera comme aujourd’hui, un seul État avec deux régimes, l’un où les juifs bénéficient de tous les privilèges, l’autre fait de discriminations pour les Palestiniens ? Ou y aura-t-il un seul État égal pour tous, où tous les individus entre le Jourdain et la Méditerranée ont les mêmes droits ? C’est la réalité actuellement. Je ne vois pas, aujourd’hui, la viabilité et la faisabilité d’une solution à deux États.

Source : The Wordnews

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