Il rentrait chez lui après son service mais en entendant les appels d’une femme menacée par un homme armé d’un sabre, le constable Abdulah Nazir Legris, qui compte 16 ans de service dans la force policière, n’a pas continué sa route. Récit.
Le lundi 13 juillet, après son service à la Traffic Branch de Rose-Hill, Abdulah Nazir Legris, 37 ans, enfourche sa moto pour regagner son domicile à Holyrood, Vacoas. À la maison, son épouse Preety et leurs deux enfants, Ayaan, 7 ans, et Zia, 4 ans, l’attendent pour dîner.
Aux alentours de 18h, près d’un supermarché de Vacoas, son attention est attirée par un attroupement. Une voix s’élève au milieu du brouhaha. « Sap-mwa… li pou touy mwa… » Une femme appelle à l’aide. Elle est blessée, terrorisée et menacée par un homme armé d’un sabre. « Quand j’ai entendu cette femme appeler au secours, je ne pouvais pas continuer ma route comme si je n’avais rien vu », raconte le policier.
La victime s’appelle Tatiana Appasamy (27 ans), mère de trois enfants de 9 ans, 3 ans et 18 mois. Selon son témoignage, la violence aurait éclaté après que l’homme qui l’accompagnait eut aperçu son ancien compagnon, qui souhaitait lui parler.
Tatiana affirme avoir reçu des coups de pied et de poing avant que la situation ne dégénère. Autour d’elle, plusieurs personnes restent à distance. Abdulah Nazir Legris décide de s’interposer.
Seul face à un homme armé
Son premier objectif est de mettre Tatiana à l’abri. Il demande aux témoins de l’éloigner, tout en restant face à l’agresseur. Il ne cherche pas l’affrontement : il veut gagner du temps jusqu’à l’arrivée de ses collègues du poste de Vacoas.
Mais l’homme, furieux d’avoir été interrompu, se retourne contre lui. Les menaces fusent. L’agresseur lui ordonne de partir et de ne pas intervenir dans ce qu’il présente comme une affaire privée. « Mon objectif n’était pas de jouer au héros. Je voulais simplement empêcher qu’il ne retourne vers elle », explique Abdulah Nazir Legris.
La confrontation prend soudain une tournure plus dangereuse. L’homme se dirige vers un camion stationné à proximité, monte à bord et démarre. Quelques secondes plus tard, le véhicule fonce sur le policier. « Pendant une fraction de seconde, je me suis dit que cela pouvait être la fin. »
Abdulah Nazir Legris évite le camion de justesse. Le véhicule le frôle et le heurte légèrement. Mais l’agresseur descend, reprend son sabre et se lance à sa poursuite. Tatiana affirme que le camion aurait également été utilisé pour tenter de la renverser. « Si la police n’était pas arrivée, je ne sais pas si je serais encore là aujourd’hui », dit-elle.
« Je ne pouvais pas abandonner »
Le policier tente de maintenir une distance tout en se rapprochant du poste de Vacoas. L’homme parvient cependant à le rattraper et lui porte un coup de sabre au bras gauche. La lame atteint sa main et son poignet. Le sang coule, mais le policier garde son sang-froid. « J’étais blessé mais tant que cet homme n’était pas maîtrisé, il représentait un danger pour tout le monde. » Malgré la douleur, il poursuit sa course vers le poste. Ses collègues interviennent finalement et maîtrisent l’agresseur.
Une fois le danger écarté, Abdulah Nazir Legris est conduit à l’hôpital Victoria, à Candos. Pourtant, il ne regrette rien. « Lorsque je repense au visage de cette femme, je me dis que cela en valait la peine. Sans cette intervention, cette mère ne serait peut-être plus en vie aujourd’hui. »
Pour Abdulah Nazir Legris, la pensée de son épouse et de ses enfants ne l’a jamais quitté. « Lorsqu’on est marié et père de famille, on pense forcément aux personnes qui nous attendent. Mais si la même situation se présentait demain, je referais exactement la même chose », conclut-il.
L’hommage du Premier ministre
L’intervention du constable Abdulah Nazir Legris a rapidement dépassé le cadre du fait divers. À l’Assemblée nationale, le député Dr Farhad Aumeer a évoqué l’affaire lors de la Prime Minister’s Question Time.
Le Premier ministre Navin Ramgoolam a rendu hommage au constable, saluant son courage et son sens du devoir. Il a rappelé que le policier n’était plus en service lorsqu’il avait choisi d’intervenir.
« Je voudrais remercier le PC Legris, qui est intervenu avec courage alors qu’il rentrait chez lui à moto », a déclaré le chef du gouvernement.
Navin Ramgoolam a également relevé que plusieurs personnes assistaient à la scène sans intervenir, alors que le constable avait pris la décision de faire face à l’agresseur. Il a ajouté que de tels officiers devraient figurer en bonne place sur les listes de promotion.
Quelques heures plus tard, Abdulah Nazir Legris reçoit un appel auquel il ne s’attendait pas : celui du Premier ministre en personne.
« Le Dr Navin Ramgoolam m’a félicité et m’a demandé de prendre soin de ma santé. Cet appel m’a énormément touché. Ses paroles resteront gravées dans ma mémoire. »
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