vendredi , 25 septembre 2020

Affaire St Louis : Ramgoolam et Collendavelloo se renvoient la balle

La semaine a été riche en rebondissements dans l’affaire St Louis. Le Deputy Prime Minister, Ivan Collendavelloo, s’est exprimé pour la première fois depuis que le scandale a éclaté. L’ancien Premier ministre, Navin Ramgoolam et lui se rejettent mutuellement la faute.

L’intervention d’Ivan Collendavelloo au Parlement le mardi 16 juin, dans le cadre des débats budgétaires, était très attendue. Le ministre de l’Energie a été la cible de l’opposition durant toute une semaine sur l’affaire St Louis, réclamant sa démission. Un discours que les membres de l’opposition ont cependant choisi de boycotter.

Munis de plusieurs documents, Ivan Collendavelloo a débuté par « Je viens devant vous avec les mains propres ». Il a ensuite fait un long exposé pour expliquer que si fraude et corruption il y a eu dans cette affaire, c’était en 2014, soit sous le règne de Navin Ramgoolam. Il fait aussi mention d’une lettre adressée au General Manager du CEB d’alors, Shiam Thannoo, évoquant un appel d’offres « taillé sur mesure » pour favoriser BWSC.

Shiam Thannoo ne tardera pas à réagir. Estimant que le ministre fait fausse route, Shiam Thannoo explique que si les spécifications avaient été taillées sur mesure, la firme danoise aurait dû décrocher le contrat en 2014. Or, il rappelle que le Central Procurement Board avait jugé l’offre de BWSC « non responsive » avec pas moins de 80 « major deviations ». Subséquemment, l’appel d’offre fut annulé. « Je ne sais pas ce qu’il a comme information, mais je lui dirai que c’est faux de dire que c’était en 2014 », a déclaré Shiam Thannoo.

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, ne manquera pas, lui non plus, d’aborder l’affaire St Louis lors de son allocution sur les débats budgétaire. « Il n’y aura pas de cover-up et ceux impliqués devront répondre de leurs actes », a-t-il fait comprendre.

«Mensonges»

Jeudi 19 juin, lors d’une conférence de presse, Navin Ramgoolam reprendra les mêmes arguments de Shiam Thannoo pour expliquer qu’il n’y avait pas eu d’appel d’offres taillé sur mesure. « Comment une offre taillée sur mesure peut-elle comporter 80 déviations », a demandé le leader du Parti travailliste, qualifiant les points avancés par Ivan Collendavelloo au Parlement, mardi, de « mensonges » et sa performance de « ridicule ».

Pour Navin Ramgoolam, c’est lorsque Gérard Hebrard a été nommé directeur général du CEB par Lalians Lepep que l’offre aurait été ‘tailor made’. « Cette fois, aucune déviation, aucune offre conditionnelle. BWSC est qualifiée », dit-il. Navin Ramgoolam a aussi fait savoir qu’en 2014, ni lui, ni le ministre de l’Energie d’alors, Rashid Beebeejaun, n’avaient dit qu’il était urgent d’émettre un certificat d’urgence en raison du risque d’un black-out afin que le contrat soit accordé à BWSC. Il se demande d’ailleurs pourquoi le CEB a attendu 2 mois avant d’informer les soumissionnaires que leur offre n’avait pas été retenu.

Communiqué de l’ICAC

Puis, dans un communiqué émis ce vendredi, l’ICAC a fait savoir que la Banque Africaine de Développement (BAD) a informé qu’elle n’est pas en mesure de communiquer le rapport sur les allégations de corruption par la firme BWSC. Raison évoquée : la confidentialité et des procédures internes de la BAD. La BAD affirme avoir toutefois exhorté la firme danoise de collaborer pleinement avec l’ICAC dans le cadre de cette enquête en vertu du « Negotiated Settlement Agreement » entre la BAD et la BWSC. « Suite à ce développement, l’ICAC est en contact avec la firme danoise afin d’obtenir une liste d’informations et de documents relatifs à cette affaire », peut on lire.

Parallèlement, l’ICAC indique avoir sollicité l’appui de ses partenaires internationaux, dont le Working Group on Bribery de l’Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) avec qui l’ICAC entretient « des relations étroites ». Entretemps, la Commission anti-corruption fait comprendre que l’enquête suit son cours selon les procédures établies par la PoCA et les normes requises pour une enquête au pénal de cette envergure.

Collendavelloo : «Je démissionnerai si…»

Par ailleurs, l’ICAC a informé que l’enquête de la Commission datant de 2014 concernant ce même projet a été rouverte. « D’ailleurs, dans le cadre de son mandat de prévention, l’ICAC avait déjà entrepris des audits des systèmes (Corruption Prevention Reviews) du Central Electricity Board, notamment au sein du département d’appels d’offres et avait émis plusieurs recommandations », précise le communiqué.

Vendredi après-midi, Ivan Collendavelloo a fait savoir qu’il soumettra sa démission, comme l’exigent les partis de l’opposition, si jamais l’enquête de l’ICAC conclu à un acte de corruption dans cette affaire. « Si jamais la corruption a eu lieu en 2015 et si l’enquête de l’ICAC établit un lien direct ou indirect avec cette affaire et que la corruption a eu lieu dans mon ministère, je vais évidemment démissionner  », a-t-il dit. Le Deputy Prime Minister répondait aux questions de Nawaz Noorbux dans l’émission au Cœur de l’info sur Radio Plus. Il a d’ailleurs fait comprendre que le directeur par intérim du CEB, Shamshir Mukoon a « bien fait son travail » et que « la démission de Shamshir Mukoon n’a rien à voir avec l’allocation du contrat ».

ICAC : « High Profile Cases »

Dans un autre volet de son communiqué, l’ICAC a tenu à faire le point sur des enquêtes dites « high profile » qui circulent dans la presse et sur les réseaux sociaux, dans un souci de transparence.

  • « Affaire Dufry » : enquête complétée mais en suspens suivant l’avis du bureau du Directeur des Poursuites Publiques d’attendre la conclusion de l’enquête policière relative à l’affaire.
  • « Affaire Choomka » : enquête complétée et envoyée au bureau du Directeur des Poursuites Publiques.
  • Allégations de corruption contre Showkutally Soodhun : enquête en cours.
  • « Affaire Biscuit-Gate » : enquête complétée, aucune offense sous la PoCA.
  • « Affaire Vijaya Sumputh & Anil Gayan » : enquête complétée, dossier renvoyé à l’ICAC pour des informations supplémentaires sur avis du bureau du Directeur des Poursuites Publiques.
  • « Affaire Alvaro Sobrinho » : enquête en cours, en attente des conclusions de la Commission d’Enquête et des informations de l’étranger.
  • « Affaire Sugar Insurance Fund Board » : enquête en cours.
  • « Affaire Yerigadoo/Bet 365 » : enquête complétée mais en suspens suivant l’avis du bureau du Directeur des Poursuites Publiques d’attendre la conclusion de l’enquête policière relative à l’affaire.
  • « Affaire Serenity-gate » : enquête en cours.
  • « Affaire Waste Water Management Authority » : enquête en cours.
  • « Affaire Landscope Mauritius » : enquête en cours.
  • « Affaire moto-école » : enquête complétée, aucune offense sous la PoCA.

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