C’est le genre d’incident que tout voyageur redoute, davantage encore au terme d’un Hadj, après des jours d’effort physique, d’épuisement spirituel et de déplacements éprouvants.
Mardi soir, à l’aéroport de Madinah, en Arabie saoudite, Nawfal Bahemia Ariff, fils de Bakar Bahemia Ariff de ZamZam, s’apprêtait à embarquer avec son épouse sur un vol d’Emirates à destination de Dubaï, où le couple devait transiter avant de regagner Maurice. Mais au moment du check-in, le voyage de retour a brutalement pris une tournure inattendue : le comptoir d’Emirates a refusé de les embarquer. Selon les indications apparaissant dans le système, Nawfal Bahemia Ariff n’était pas autorisé à entrer ou à transiter par Dubaï. En d’autres termes, il était considéré comme persona non grata.
L’incident a provoqué un choc pour le principal concerné, d’autant plus qu’il avait voyagé à l’aller sur Emirates, avec transit par Dubaï, sans rencontrer d’obstacle. Comment un passager peut-il être accepté à l’aller, puis se voir refuser le retour sur la même route aérienne, avec la même compagnie et le même point de transit ? C’est la question que se pose aujourd’hui Bakar Bahemia, qui estime que cette situation mérite des éclaircissements.
Le refus au comptoir d’Emirates
Au moment du départ de Madinah, Nawfal Bahemia Ariff et son épouse étaient censés suivre un itinéraire classique : Madinah-Dubaï, puis Dubaï-Maurice. Mais le personnel d’Emirates, se fondant sur les données disponibles dans le système, a signifié au couple qu’il ne pouvait pas être accepté à bord.
Dans le langage du voyage aérien, ce type de blocage est particulièrement délicat. Une compagnie ne prend généralement pas le risque d’embarquer un passager lorsque le pays de transit ou de destination ne l’autorise pas dans son système. En cas de refus à l’arrivée, la responsabilité du transporteur peut être engagée, avec obligation de rapatriement ou de prise en charge. Le comptoir d’enregistrement applique donc strictement ce qui apparaît dans les bases de contrôle.
Pour le passager, en revanche, la situation est d’une grande violence psychologique. Après avoir accompli le Hadj, dans un état de fatigue avancée, se retrouver bloqué à l’aéroport, sans explication claire et sans solution immédiate, devient une épreuve supplémentaire.
L’appel à l’ambassadeur
Face à ce blocage, Nawfal Bahemia Ariff a eu le réflexe de contacter l’ambassadeur de Maurice en Arabie saoudite, Riad Hullemuth. L’intervention diplomatique a alors été rapide.
Selon les informations disponibles, l’ambassadeur a immédiatement alerté le ministre des Affaires étrangères, Ritesh Ramphul, ainsi que le ministre responsable du dossier du Hadj, Shakeel Mohamed. Il a également pris contact avec Oomar Ramtoola, représentant d’Emirates à Maurice, tout en activant ses propres relais auprès de la compagnie et à Dubaï.
À ce stade, l’objectif était clair : vérifier si la situation pouvait être débloquée par voie administrative ou diplomatique, afin de permettre au couple de maintenir son itinéraire initial via Dubaï. Mais les démarches ont rapidement montré qu’aucune issue n’était possible par cette route.
La solution Saudi Airlines
Dès qu’il a été établi que Nawfal Bahemia Ariff et son épouse ne pourraient pas transiter par Dubaï, l’ambassadeur a changé de stratégie. Il ne s’agissait plus seulement de comprendre le blocage, mais de trouver une solution opérationnelle pour assurer le retour du couple à Maurice.
Riad Hullemuth s’est alors tourné vers Saudi Airlines. Parallèlement, le déplacement du couple de Madinah vers Djeddah a été organisé. Cette option permettait d’éviter Dubaï et de construire un nouvel itinéraire de retour.
Finalement, Nawfal Bahemia Ariff et son épouse ont pu embarquer jeudi soir et regagner Maurice vendredi. Une issue favorable, après près de deux jours d’incertitude, de démarches et de stress.
Un pèlerin épuisé, une famille soulagée
Lors de son sermon vendredi, Bakar Bahemia Ariff a tenu à remercier publiquement l’ambassadeur mauricien en Arabie saoudite pour son aide. Il a souligné que Riad Hullemuth était resté en contact permanent avec son fils, qui était très stressé après l’épuisement du Hadj.
Cette précision n’est pas anodine. Le Hadj n’est pas un voyage ordinaire. C’est un pèlerinage intense, avec des rites accomplis dans des conditions parfois difficiles, une forte densité humaine, de longs déplacements et une fatigue physique accumulée. Pour un pèlerin, le retour au pays représente souvent le moment du relâchement, de l’apaisement et des retrouvailles. Être bloqué à cette étape peut devenir particulièrement éprouvant.
Dans cette affaire, l’intervention diplomatique a donc eu une double portée : administrative d’abord, puisqu’il fallait trouver une solution de voyage ; humaine ensuite, puisqu’il fallait accompagner un couple en détresse, loin de son pays, dans un contexte de grande vulnérabilité.
La question qui demeure
Reste maintenant une interrogation centrale : pourquoi Nawfal Bahemia Ariff a-t-il pu transiter par Dubaï à l’aller, mais pas au retour ? C’est le point soulevé par Bakar Bahemia. Si le système indiquait réellement qu’il n’était pas le bienvenu à Dubaï, comment son embarquement initial sur Emirates a-t-il été possible ?
Cette question touche à un aspect fondamental du voyage international : la cohérence des contrôles. Les passagers, surtout lorsqu’ils voyagent dans le cadre d’un pèlerinage organisé, s’attendent à ce que leur itinéraire soit sécurisé avant le départ. Lorsqu’un blocage surgit au retour, sans explication apparente, il crée non seulement une détresse individuelle, mais aussi une inquiétude plus large sur la fiabilité des vérifications effectuées en amont.
Pour l’heure, l’essentiel est que Nawfal Bahemia Ariff et son épouse aient pu rentrer à Maurice. Mais cet incident rappelle aussi une réalité : dans les voyages liés au Hadj, la logistique ne se limite pas aux hôtels, aux transports internes et aux rites. Elle inclut également la maîtrise des règles de transit, des autorisations électroniques, des systèmes des compagnies aériennes et des restrictions propres à chaque pays.
Dans le cas présent, c’est l’activation rapide du réseau diplomatique mauricien qui a permis d’éviter une situation plus longue et plus pénible. Une affaire de voyage, certes. Mais aussi une affaire de réactivité consulaire, où chaque heure compte.
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