Wednesday , 19 June 2024

Siddick Chady : «J’avais peur de mourir en prison…»

Siddick Chady, ancien président de la Mauritius Ports Authority (MPA) et ancien ministre qui avait été condamné à 15 mois de prisons dans l’affaire Boskalis, a retrouvé la liberté après avoir purgé une sentence de 9 mois, après déduction des ‘statutory remissions’. Entretien.

Vous avez retrouvé la liberté après 9 mois d’incarcération. Comment vivez-vous cette liberté ?
Vous savez, en prison, mon esprit est resté libre. Le secret de la liberté est le courage. Après ma libération, je m’efforce de retrouver la joie entouré de mes proches qui m’ont soutenu pendant mon incarcération. Être libre, c’est bien, mais savoir quoi en faire, c’est encore mieux.

Comment s’est passée votre incarcération ?
(Après une profonde respiration) C’était pénible ! Ce fut une expérience inédite dans ma vie. C’était traumatisant. Cela m’a appris à maîtriser la patience, et Allah m’a donné le courage et m’a accompagné pour surmonter ma peine pendant ces 9 mois. La prison n’est pas un monde facile, mais je dois souligner que j’ai eu le soutien des officiers de prison et des détenus. Ils m’ont fait comprendre que la prison n’était pas faite pour moi. Zot dir moi ki ici, pa mo plas.

J’ai accompli trois Khatam Quran en 9 mois»

Comment avez-vous occupé votre temps pendant ces 9 mois ?
En prison, c’est la routine tous les jours. Il y a une heure précise pour se réveiller, pour manger, pour dormir. J’ai eu l’opportunité de travailler dans la cuisine comme aide-cuisinier et, durant le mois de Ramadan, j’avais préparé le Halwa pour les détenus musulmans afin qu’ils puissent jeûner. J’ai moi-même accompli les 30 jours de jeûne, les 6 Nafil après Eid, et a pu jeûner pendant le mois de Shabaan. J’ai aussi accompli trois Khatam Quran en 9 mois. Chaque jour dans ma cellule, j’ai accompli le Tahajjud et le namaz Tasbih. Ces actions m’ont donné le courage pour supporter cette privation de liberté loin de mes enfants et petits-enfants. J’ai aussi eu l’occasion de lire le khutbah pour le Jummah. En prison, j’ai appris davantage sur l’Islam et j’ai lu les traductions du Quran en français et en anglais.

On présume que vous avez eu un traitement spécial en prison…
Non, ce n’est pas vrai. Je n’ai eu aucun traitement VIP, et même si on m’avait offert un traitement spécial, j’aurais refusé pour une question de principe. Mo pa finn oulé ki ena diskrimination kont lezot detenus. J’ai été ancien député, ministre, médecin, homme d’affaires. Ma santé est fragile et l’administration pénitentiaire m’a donné une protection médicale. Mais je n’ai à aucun moment eu de faveur. Mo finn manz mem manzé ki tou detenu ek mo finn servi mem toilette ki tou detenu servi. La majorité des détenus m’ont traité avec respect et m’ont aidé à passer ces 9 mois de prison.

Vous étiez un homme toujours entouré par la famille. Comment avez-vous vécu cette subite solitude ?
Cette douleur de se retrouver seul en prison, loin de sa famille, du confort de la vie et de l’amour de ses enfants et petits-enfants, n’est pas facile. C’est à ce moment qu’on réalise que la liberté vaut tout l’or du monde. J’ai pensé à ma maman, mon papa, mes grands-parents. Mo finn deman Allah dua pou ki mo ban proches pa mort pendan ki mo endan. Je dois dire qu’à aucun moment je n’ai eu de pensée négative. Mais j’avais peur de mourir en prison, car je ne suis pas une personne en bonne santé. Je dois souligner que pendant ces 9 mois en prison, chaque minute, Allah était dans ma pensée et je ressentais sa présence dans ma tête. Grâce au Tout-Puissant, une force invisible m’a protégé.

Quelles sont les leçons que vous avez tirées ?
Leçons peut-être non. Mais mon incarcération m’a fait réfléchir que cette douleur que je ressentais loin de ma famille ne peut être comparée à ce que vivent les enfants palestiniens sans un toit, sans manger, sans boire, qui doivent chaque minute courir pour se mettre à l’abri des bombes. Par contre, en prison, nous sommes bien protégés malgré les manquements au niveau d’hygiène. Dan prison, mo gagn dipain, dité, diri, poule, ena enn plas pou dormi ek fami kav vin rann visit.

Je n’ai eu aucun traitement VIP en prison»

Quelle différence y a-t-il avant votre procès, durant votre procès et après votre incarcération ?
Avant mon procès, je vivais une vie stressante, car je ne savais pas ce qu’il allait m’arriver. C’était traumatisant de 2008 à 2010 et de 2011 à 2023. Durant mon incarcération, ce fut un changement radical comme si j’étais en retraite spirituelle et seul mon Créateur comptait pour moi. Après ma libération, je suis un homme désorienté et j’essaie de mettre de l’ordre dans ma tête. C’est pénible, vous savez, que pendant 9 mois je n’ai pas goûté à un morceau de viande de bœuf et je me rattrape.

Que fait Siddick Chady depuis sa libération ?
Comme mentionné, je mets de l’ordre dans ma vie. Mo koné lamor proche ek mo pe rapproche moi plis avek mo Createur. J’ai 12 petits-enfants et je veux les voir grandir. Je souhaite vivre pour ma famille, visiter les malades et rendre visite aux familles qui ont perdu leurs proches durant mon incarcération. Le plus important pour moi sera un voyage en Terre sainte pour accomplir l’Umrah.

Eprouvez-vous de l’amertume contre ceux qui vous ont envoyé en prison ?
Non. Mais quand j’avais été condamné avec Prakash Mantoorah à 9 mois de prison, on avait fait appel et seul le cas de Prakash Mantoorah a été rayé. Par contre, dans mon cas, quand mon appel a été rejeté, le DPP a demandé à augmenter ma sentence à 15 mois de prison pour donner l’exemple. Je suis d’avis que ma sentence de 9 mois aurait dû être rayée. Je trouve que c’est injuste.

Doit-on s’attendre à vous voir sur une estrade politique bientôt ?
Je n’ai aucune ambition politique. Mais je serai présent pour aider ceux et celles qui souhaiteraient bénéficier de mes connaissances et de mes contacts sur le terrain. Monter sur une estrade politique est chose du passé. Par contre, j’irai déposer devant l’ex-juge Hamuth pour expliquer comment la mafia finance les politiciens. Hors de la politique, je serai libre de m’impliquer dans le social et j’ai un projet pour écrire un livre. J’ai aussi en tête un projet islamique gigantesque qui demande beaucoup de ressources.

Le mot de la fin…
Je ne souhaite même pas à mon pire ennemi de vivre ce que j’ai vécu, non seulement en prison, mais durant ces années de 2008 à 2023. Je n’ai aucune rancune contre quiconque et je prends ma condamnation comme un test du Créateur. En tan ki croyan, mo bizin aksepte tou seki ariv moi ek Allah finn fer enn enn test avek moi pou geter si mo rapros moi plis de so enseignma.

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