mardi , 20 août 2019
Accueil / Actualités / Selon son entourage – Nazoolbee (Meemah) Bolaki : une main de fée en affaires
Nazoolbee (Meemah) Bolaki
Leurs résidences à la rue Paul et Virginie

Selon son entourage – Nazoolbee (Meemah) Bolaki : une main de fée en affaires

La saisie de presque Rs 50 millions dans un bâtiment à Plaine-Verte a propulsé ses propriétaires, les membres de la famille Bolaki, sur le devant de la scène. Avec à sa tête la matriarche, Nazoolbee Bolaki, cette famille a fait fortune dans le textile. Son époux, Iqbal Utteemun, qui a ouvert les portes de l’entreprise familiale à STAR, raconte l’ascension fulgurante de celle que tout le monde connaît sous le sobriquet de « Meemah » et qui est considérée comme la tête pensante de la famille.

Nazoolbee Bolaki aurait acquis, et ce dès son plus jeune âge, un flair aiguisé pour les affaires. « Li cone cott bizin rentrer. Cott li trappé vine l’or. Bann prodwi ki ena dan magasin, ce li qui soiziré amené. Sans compter que nous nous adaptons avec les exigences du marché et les dernières tendances de la mode», avance Iqbal Utteemun. Autre facteur qui pourrait expliquer le succès de Nazoolbee: la politique des prix bas qu’elle pratique. En effet, sa stratégie consiste à importer les matières premières qui ne sont pas taxables. « Forcément, le prix à la vente, après la fabrication et même en ajoutant la taxe, est très bon marché. C’est pour cette raison d’ailleurs que les autres peuvent difficilement rivaliser avec elle car ceux qui importent du ‘ready made’ sont taxables dès l’importation », insiste notre interlocuteur.

Nazoolbee Bolaki, selon les dires d’Iqbal Utteemun, son époux actuel, n’a pas eu une enfance facile. Ses parents se sont séparés alors qu’elle était encore très jeune. « à l’époque, la famille était tellement pauvre que Meemah devait se rendre parfois dans un temple hindou pour avoir de quoi manger. Sa mère, par la suite, a refait sa vie et Meemah habitait avec sa mère et son beau-père », raconte Iqbal Utteemun.

Selon son fils, Reaz, c’est auprès d’une femme russe que « Meemah » a appris à coudre. « Cette femme avait épousé un médecin mauricien et s’était installée à Maurice. Ma mère s’est liée d’amitié avec elle car elle ne connaissait personne. C’est avec elle que ma mère a appris à coudre », dit-il.

C’est avec son premier époux, décédé en 2008, que Nazoolbee Bolaki s’est lancé dans les affaires, notamment dans le textile. Celui-ci était alors serveur au restaurant « Cari Poulé ». On était en plein boom économique des années 80. Les débuts de Nazoolbee Bolaki sont toutefois modestes.

Au départ, Nazoolbee Bolaki commence par confectionner des draps qu’elle plaçait ensuite dans le magasin que gérait sa mère. Elle achetait alors des tissus à crédit auprès des magasins sis à la rue La Corderie. Elle livrait aussi, en petites quantités, aux magasins gérés par des sino-mauriciens. « Ensuite, elle se lance dans le prêt-à-porter. Ayant besoin de plus de capital, Meemah  hypothèque une maison qu’elle avait obtenue en héritage de sa mère. Elle contracte un emprunt auprès de la Banque Coopérative pour s’acheter une machine à broder ‘12 latet’ », indique Iqbal Utteemun.

Meemah Fashion : vers l’exportation

Nazoolbee (Meemah) Bolaki
À l’intérieur de l’usine

C’est dans les rues de la capitale que Meemah écoule ses produits, plus précisément à la rue ‘ti-pamplemousses’. « Mon père avait un van. Il s’y rendait  les lundis et les jeudis. Les produits de ma mère connaissaient un tel succès qu’à midi, tout le stock était vendu », poursuit Reaz. C’est d’ailleurs là-bas que les vêtements prêt-à-porter et les draps de Nazoolbee Bolaki se feront remarquer par des Mahorais. « Ils fréquentaient l’Hôtel Le Grand Carnot qui se trouvait dans ladite rue. Zott finn conten so bann prodwi et zott comans aste avec li », soutient le directeur.

Ses produits sont appréciés et les commandes affluent. En 1995, le couple décide d’acheter une usine tournée vers l’exportation. De Max Garment, l’usine est rebaptisée Meemah Fashion. C’est là qu’ils ont commencé à exporter vers Mayotte et ensuite vers l’île de la Réunion. Durant cette même période, afin de pouvoir honorer les commandes grandissantes, l’entreprise a recours à la main d’œuvre étrangère. « La main d’œuvre mauricienne se faisait rare. C’est pourquoi nous avons fait venir des Sri Lankais, des Bangladais et des Indiens », soutient Iqbal Utteemun.

Mais Meemah, en femme d’affaires, ne néglige pas pour autant le marché local. Le couple ouvre son premier magasin au début des années 90, qu’il achète pour Rs 250 000 des Kinoo. Une dizaine d’années plus tard, le couple achète un deuxième magasin aux arcades  Sunnee Surtee, un troisième dans l’Arcade Bahemia, un quatrième à la rue Farquhar et tout récemment, deux autres magasins à la rue La Corderie.

Tout le monde s’y met

De sa première union, naquirent quatre enfants ; un fils (Reza) et trois filles (Sameerah, Dilshad et Aniisah) qui ont eux aussi intégré l’entreprise familiale. « Lorsque le besoin se fait sentir, chacun met la main à la pâte. Des fois, son gendre et moi-même faisons office de chauffeurs. Meemah, bien que directrice, n’a aucun complexe à se mettre à la machine pour donner un coup de main de temps en temps ou à découper les tissus. Li vinn deblok travay la », dit-il. Il n’est pas rare, poursuit notre interlocuteur, de voir Nazoolbee gambader dans l’usine tôt le matin « avec so rob desam » pour donner à ses employés des instructions sur les travaux à accomplir pour la journée. Si durant la journée elle fait la tournée des magasins, Iqbal indique que sa femme est souvent scotchée sur son portable le soir pour prendre des commandes et « classe bann louvraz ».

En effet, outre la trentaine d’employés à l’usine à Plaine-Verte, l’entreprise emploie une dizaine de personnes dans les magasins mais aussi une dizaine d’autres qui travaillent de chez eux. « Nou donn zott machine, nou montré zott travay, nou alle kit louvraz devan zott laport ek re alle pren kan zott fini. Nou fer dimoune viv », affirme Iqbal Utteemun.

Rs 40 millions d’investissement à l’étranger

Les quatre entreprises que possèdent Nazoolbee Bolaki (Meemah Internationl Fabrics Ltd, Meemah Fashion Industries Ltd, Meemah Fancies Ltd et Zoolbee Fashions Ltd) brassent un chiffre d’affaires annuel qui avoisinerait les Rs 120 – 125 millions. C’est du moins ce qu’indique Iqbal Utteemun, l’actuel époux et directeur du groupe. De cette somme, le groupe s’acquitte de la taxe pour un montant variant entre Rs 1 million et Rs 2 millions annuellement. De plus, Nazoolbee aurait investi massivement auprès des banques locales, dont le montant avoisinerait les Rs 40 millions.

« Li investi ek labanq ki investi dehors, dans la Chine par exemple et bann investissement dans labourse », souligne-t-il. Ce serait avec cet argent, dit-il, que Nazoolbee aurait fait construire une maison pour son fils. « Une autre maison est actuellement en construction pour sa fille. Puis une autre maison sera construite pour une autre de ses filles. Toucala avek cass travay », insite-t-il.  Sans compter que  Meemah avait investi quelque Rs 22 millions dans les plans d’investissement de l’ex-BAI, montant qu’elle a retiré quelques mois avant l’écroulement de la BAI. « Tou dimounn in perdi cass dans BAI. Zis Meemah capav dirr finn sorti gagnan. Mem moi ek so ban zenfan ti ena cass laba. Mai zanvier Meemah dirr tirr so cass. Avril BAI crash. Ca mem mo dire, li ena extra la chance », indique Iqbal.

« Victime de son succès »

Nazoolbee Bolaki
Nazoolbee Bolaki (Meemah) entourée de ses trois filles : Sameerah, Dilshad et Aniisah et de son fils Reaz

Si Nazoolbee Bolaki se retrouve aujourd’hui dans cette situation, c’est parce qu’elle serait « victime de son succès ». C’est du moins l’avis de son partenaire en affaires et dans la vie. « Cot li sorti cot linn vini. Li pas ti bizin pe pass par ceki li pe passer là zordi. Ceki finn arrive, so ban liquidités inn vini, linn ramasse. Toultan mo dire li : ‘Meemah, gard li labank. Parski nou pay tax, nou pay tou zafer, mett li labank, nou fini ar li. Pas bizin personn vinn donn nou oken tit’. Kan dimounn dirr ou enn kitsoz et ou pas ladan, ça li vraiment chagrinan. Nous l’argent prop. Nou travay a la sueur de nou fron », soutient Iqbal Utteemun.

Celui-ci considère que la famille est victime de la « jalousie » de certaines personnes. « Kan ou mizer ou dimande, ena dimounn pas conten. Si ou ena et ou fer progrès, ca aussi ena pas conten », déplore-t-il. D’ailleurs, il indique qu’il a déjà fait l’objet de dénonciations au ministère du Travail. « Les dénonciateurs alléguaient qu’on ne traitait pas nos employés convenablement. Mais je vous pose une question. Est-ce qu’un travailleur ‘maltraité’ refusera de s’en aller à la fin de son contrat ? C’est le cas ici pour plusieurs de nos employés. D’ailleurs, un de nos employés, un Sri lankais, s’est marié à Maurice et possède aujourd’hui son propre business », indique Iqbal Utteemun.

Celui-ci ajoute que l’entreprise accorde aussi souvent des avances aux employés. « Les montants avoisinent parfois les Rs 60 000, voire Rs 80 000. Somme que nous déduisons ensuite sur leur salaire. Et souvent, lorsque nous leur demandons ce qu’ils comptent faire avec cet argent, ils nous répondent que c’est pour construire une maison. Ou cone ki kalite sa fer ou plaisir kan ou ed enn dimoun aranz enn lacaz pou so fami ? » soutient le Managing Director.

De plus, Iqbal Utteemun déclare qu’il ne compte plus le nombre de fois que les conteneurs de l’entreprise aient été sujets à des vérifications par les membres de la Mauritius Revenue Authority.  « Toultan ti lor laliss rouz mem. Certainement ti ena dimoune ti pe denonce ek l’autorite biensur bizin fer zot travay. Dayer, zame monn conteste verification. Tou derniermen fine mett nou lor green. Tou conteneur, pou tou nou compagnie zot fine ‘hold’ me zamé finn gagne enn trace la drogue », souligne-t-il.

Pourquoi garder Rs 50 millions chez soi?

Rs 50 millionsD’où proviennent ces Rs 50 millions et pourquoi garder autant d’argent chez soi? Selon l’entourage de « Meemah », il y a de nombreuses raisons pour justifier la présence d’autant d’argent. « Il y a deux périodes de pointe pour l’entreprise, dont l’une est quelques semaines avant le début du Ramadan. Les Mahorais viennent faire leurs achats et on jongle parfois jusqu’à Rs 5 à 6 millions de chiffres d’affaire par jour », explique-t-on. D’ailleurs, en mai 2018 uniquement, soit juste avant le début du Ramadan, l’entreprise a exporté 14 conteneurs vers Mayotte pour une somme d’un peu plus de Rs 14 millions. Somme qui ferait partie des Rs 50 millions saisies à la rue Paul & Virginie. Dans son entourage, on indique que les Mahorais viennent payer cash les produits qu’ils achètent avec Meemah. « D’ailleurs, ces Rs 14 millions ont été déclarées à la MRA, il suffit de consulter le VAT Return. Il s’agit de l’argent propre », indique-t-on.

L’on soutient aussi que durant le Ramadan, Bibi Nazoolbee Bolaki n’a pas pu mettre tout l’argent recueilli à la banque. « Après le Ramadan, elle a déposé une partie de l’argent recueilli. Cependant, il faut aussi savoir que cette entreprise a besoin de beaucoup de liquidités pour fonctionner. Avec une trentaine de personnes à sa charge uniquement dans l’usine, l’entreprise a besoin d’argent pour les salaires, les dépenses courantes, entre autres. Ceux qui sont dans le business comprendront », explique-t-on.

L’entourage de « Meemah »  soutient qu’il n’est pas illégal d’avoir des millions chez soi. « Il faut cependant pouvoir justifier la provenance de cet argent et nous sommes confiants de pouvoir justifier la provenance de la quasi-totalité des Rs 49 millions saisies », ajoute-t-on.

Nazoolbee souffrante

La santé de Nazoolbee Bolaki se serait détériorée dans la soirée de vendredi. C’est ce que nous a confié un membre de son entourage. Alors qu’elle était incarcérée au poste de police de Camp Diable depuis lundi, « Meemah » a été transférée au Moka Detention Centre après son interrogatoire, vendredi. Souffrant de thyroïde et d’asthme, Nazoolbee Bolaki éprouvait des difficultés à respirer. « La police l’a conduite à l’hôpital où elle a été vue par un médecin. Elle a ensuite pu regagner sa cellule. Toutefois, elle est tombée malade encore une fois dans la journée de samedi », affirme ce proche de la famille. Quant à ses deux autres filles, Dilshad et Aniisah, elle étaient incarcérées au poste de police de Midlands et de Curepipe respectivement. Sameer Nobeeboccus était, lui, au poste de police de Roche-Bois.

«Drogue» et «Hawala» : inexistants dans les dépositions

Au niveau des Casernes centrales, l’on soupçonne que cet argent serait « derived from a crime » et que la famille Bolaki s’adonnerait au blanchiment d’argent. Cependant, la nature du crime n’aurait pas été communiquée aux membres de la famille. « Des 8 statements qui ont été donnés par les 7 membres de la famille qui ont été interpellés et/ou arrêtés, à aucun moment les mots ‘drogue’ ou ‘hawala’ ne figurent que ce soit dans les questions ou dans les réponses. C’est uniquement le fruit de l’imagination débordante de certaines presses », confie-t-on de sources proches du panel d’avocats de la famille.

Commentaires

A propos de Rizwaan Khodabux

Ceci peut vous intéresser

eleves

À l’approche des examens : comment bien planifier le troisième trimestre

Le troisième trimestre scolaire est considéré comme le plus important. Néanmoins, de nombreux étudiants ne …