Monday , 27 April 2026

Riad Hullemuth, ambassadeur de Maurice en Arabie saoudite : «Nous avons dû agir vite pour retrouver et aider les Mauriciens»

Face à la crise provoquée par les perturbations aériennes au Moyen-Orient, l’ambassadeur de Maurice en Arabie saoudite, Riad Hullemuth, raconte les coulisses d’une mobilisation intense pour venir en aide aux compatriotes bloqués. Coordination d’urgence, solidarité de la diaspora, appui des autorités et leçons à tirer : il revient sur une opération menée sous pression pour organiser le rapatriement des Mauriciens.

Quand avez-vous réalisé l’ampleur de la situation ?
Le samedi 28 février, le ministre des Affaires étrangères, M. Ramful, ainsi que M. Bisoondoyal, secrétaire aux Affaires étrangères, m’ont contacté pour faire le point sur la situation au Moyen-Orient. À ce moment-là, le ministère des Affaires étrangères de Maurice avait déjà mis en place une cellule de crise.

À l’ambassade, avec le premier secrétaire, Yasseen Hansrode, et notre équipe locale, nous avons immédiatement commencé à élaborer une stratégie afin de retracer et de contacter tous les Mauriciens présents en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe.

Heureusement, j’avais déjà établi un réseau au sein de la diaspora mauricienne. Nous avons commencé à communiquer via le groupe WhatsApp Saudi Mauritian Network. Par ailleurs, M. Faizal Hossenbocus, membre de la diaspora, a créé le groupe Stranded Mauritians in Saudi Arabia, qui a rapidement réuni plus de 800 membres.
Cette nuit-là, nous sommes restés à l’ambassade jusqu’à très tard afin d’organiser la coordination et de transmettre les communications officielles provenant des autorités mauriciennes et saoudiennes.

Quelles ont été les principales demandes des Mauriciens ?
Les demandes concernaient surtout les annulations de voyage, la modification ou le reroutage des billets d’avion, ainsi que l’hébergement et l’assistance financière pour certains pèlerins.

Nous avons travaillé activement avec plusieurs partenaires. J’ai notamment contacté le responsable commercial de Saudi Airlines, M. Mamdouh Al-Moulohu, qui nous a accordé plus d’une cinquantaine de places sur des vols quittant Djeddah pour Nairobi.

Ensuite, M. Megh Pillay a facilité l’organisation de la deuxième étape entre Nairobi et Maurice, tandis qu’Air Mauritius a mis en place une hotline pour aider au reroutage des passagers.

Nous devons également remercier le Premier ministre, qui est intervenu auprès des autorités de Dubaï afin que les avions d’Emirates puissent quitter le territoire mauricien. M. Oumar Ramtoulla et Emirates ont accompli un travail remarquable dans ce processus.

Notre priorité était d’organiser le rapatriement des Mauriciens ayant raté leurs vols, en suivant un ordre de priorité fondé sur l’urgence des situations.

Certains Mauriciens ont-ils rencontré des difficultés particulières ?
Oui, certains compatriotes se sont retrouvés sans moyens financiers ou sans hébergement. Dans certains cas, des hôtels ont demandé aux pèlerins de quitter les lieux.

Nous leur avons conseillé de louer des appartements dans le quartier d’Aziziyah. La diaspora mauricienne s’est montrée extrêmement solidaire : plusieurs volontaires ont apporté un soutien financier et logistique aux personnes en difficulté.

Il faut un enregistrement obligatoire des pèlerins avant leur départ»

Comment avez-vous réussi à recenser tous les Mauriciens concernés ?
Nous avons mis en place une hotline dédiée ainsi que l’adresse e-mail de l’ambassade pour recueillir les informations.

Les Mauriciens étaient invités à fournir : leur nom et prénom ; leur numéro de passeport ; leur localisation (Riyad, Djeddah, Makkah ou Madinah) et ; leurs documents de voyage.

Nous avons également identifié des Mauriciens dans d’autres pays du Golfe  : environ une centaine au Qatar, une dizaine à Bahreïn, ainsi que quelques personnes à Oman et au Koweït.

Quels moyens de communication avez-vous utilisés ?
Pour éviter la désinformation, nous avons eu recours à plusieurs canaux  : une hotline téléphonique ; des groupes WhatsApp ; des SMS d’information ; des e-mails officiels et ; la collaboration avec les agences de voyage et les organisateurs de groupes.

Cette communication rapide a permis de diffuser des informations fiables et de coordonner l’assistance.

Quels ont été les principaux obstacles ?
L’un des principaux défis a été la fermeture de l’espace aérien dans plusieurs pays du Golfe, ce qui nous a obligés à trouver des itinéraires alternatifs.

Nous avons également dû gérer les questions de visas de transit pour certains passagers. Grâce à la coopération entre le ministère des Affaires étrangères de Maurice et celui de l’Arabie saoudite, plusieurs procédures ont pu être facilitées.

Je tiens aussi à remercier M. Megh Pillay, M. Omar Ramtoolah et M. Ramjan de Saudi Airlines pour leur engagement durant cette période.

Quelles leçons tirez-vous de cette crise ?
La principale leçon est la nécessité d’un enregistrement obligatoire des pèlerins avant leur départ. Cela permettrait aux autorités de disposer d’une base de données complète afin de localiser rapidement les Mauriciens et d’organiser leur rapatriement en cas de crise.

Il est également important de : renforcer la réglementation des agences de voyage ; améliorer la communication entre les ambassades et les groupes de pèlerins ; prévoir un fonds d’urgence pour les situations de crise et ; renforcer la coordination avec les autorités locales et les organisateurs.

Cette expérience vous a-t-elle aidé personnellement ?
Mon expérience lors de la pandémie de COVID-19, en 2020 et 2021, m’a beaucoup aidé à gérer cette situation. J’ai même quitté Riyad pour me rendre à Djeddah et à Makkah afin de coordonner les opérations sur le terrain.
Nous avons également reçu un soutien important du ministère de l’Intérieur et du ministère des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite.

Je tiens aussi à remercier Le Défi Media Group et STAR, qui ont joué un rôle essentiel en relayant les informations à la population mauricienne.

Dans ce type de situation, il faut avant tout faire preuve de patience, de solidarité et de persévérance. M. Ramful est en contact permanent avec l’ambassade tous les jours.

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