Wednesday , 19 June 2024

Rescapé du naufrage au large de Pointe-des-Lascars – Naseeruddin Mudhoo : «Pena doute ki c’est Allah ki finn sap mo la vie»

Une semaine après la terrible tragédie en mer au large de Pointe-des-Lascars qui a fait deux disparus, Naseeruddin Mudhoo, un policier de 39 ans, père de trois enfants, l’un des deux rescapés miraculeux, est sorti de l’hôpital, en fin de semaine.

Naseeruddin Mudhoo nous a reçus chez lui à Amaury, plus précisément à Morcellement Bon-Climat, pour raconter sa mésaventure qui, dit-il, restera gravée dans sa mémoire. Le constable Mudhoo, qui a vu la mort de près, peine à retenir ses émotions. Les images de cette tragédie défilent devant ses yeux et il nous relate en détails sa mésaventure. « Mo ti fini aksepte la mort, mé pena doute ki c’est Allah ki finn sap mo la vie », avance-t-il d’emblée.

Naseeruddin raconte que le lundi 27 mai 2024, il avait terminé son ‘shift’ le matin et quatre collègues avaient décidé de faire une partie de pêche dans le lagon de Pointe-des-Lascars dans la soirée. Ils sont arrivés sur place vers 18h et la mer était calme. Ils ont embarqué sur une pirogue appartenant à un ami policier. « Mo finn lir mo du’as dan bato ek mo finn deman Allah protez nou ek fer nou retourn bien », dit-il. Il faisait noir et le temps était frisquet avec une brise légère. Ils ont mis l’embarcation en position près de l’entrée de ‘la passe’ pour commencer leur pêche.

En haute mer

Naseeruddin relate qu’un des amis s’est mis sur la proue du bateau pour uriner en mer. Soudain, il a glissé et est tombé à l’eau. « Nou finn tann li pe kriyer ‘sap moi, sap moi’ », se rappelle-t-il. Sans perdre de temps, Naseeruddin a mis ses palmes pour se jeter à l’eau dans le courant et a lutté pour tenter de sauver son ami. En une fraction de seconde, il s’est retrouvé en haute mer, luttant contre le courant. Ses deux amis à bord de la pirogue se sont également retrouvés en haute mer sans s’en rendre compte. « Zot finn reussi tir nou depi delo avek boukou difikilte », relate-t-il.

Il raconte que ses amis et lui étaient accablés et que la panique s’était installée. Il faisait très noir et la mer était démontée avec des vagues de plusieurs mètres de hauteur. À 100 mètres de la sortie de la passe, une grosse vague s’est écrasée sur la pirogue et a projeté les quatre occupants en mer. Naseeruddin raconte qu’il s’est retrouvé en haute mer, où l’eau était très profonde. Mais grâce à son expérience de nageur, il a lutté pour garder la tête hors de l’eau pendant une heure.

Il indique qu’il avait peur que des requins et autres prédateurs en mer le dévorent. « Mo koner mo pe ale mor ek mo nepli ena la force, mo lev mo ledoi ver le ciel ek mo dire Allah sap mo la vie. » Soudain, il a ressenti une énergie dans son corps comme une force spirituelle qui lui a donné le courage de lutter contre les grosses vagues. Il a coulé à pic et savait qu’il allait mourir. Mais il a repris ses esprits et « une main invisible » l’a fait remonter à la surface. « Sa lerr la, mo pe fer vision mo mama, mo madam, mo zenfan ek mo koz avek mo mem pou mo gagn kouraz. Mo dir ki mo bizin sorti depi la », raconte-t-il avec émotion.

Quatre heures de lutte

Ne voyant aucun de ses amis à ses côtés, Naseeruddin pense au pire et nous dit qu’il est resté pendant quatre heures à lutter contre les vagues déferlantes. « Mo finn kontinier fer Zikrullah ek mo finn lire Kalimah ek pe atan la mort. Mé etan mo pe kouler, enn la main remonte moi a la surface », dit-il encore. Exténué, il lutte contre les vagues pour retrouver la passe. Le rescapé raconte qu’il a entendu une grosse vague s’abattre et il savait que le brisant n’était pas loin. « Kouma dir enn la force invisib finn saryer moi ek amen moi lor banc corail ek zet moi dan lagon. »

À cet instant, le policier pleure à chaudes larmes et remercie le Tout-Puissant pour ce miracle. Après 45 minutes dans le lagon sur le banc de corail, il entend une voix demander de l’aide et retrouve son ami Steeve Fortuno. Il lui dit qu’ils ont fait le plus difficile et qu’il fallait redoubler d’effort pour pouvoir s’en sortir. « Mo finn vomi, gagne diaré ek mo lekor finn freeze », laisse-t-il entendre. Les deux rescapés ont nagé pendant une heure avant de voir une lumière venir vers eux. « Coast Gard finn vin sov nou ek amen nou lopital. »

Une croix sur la pêche

Naseeruddin est marqué par cette tragédie et nous dit qu’il n’y a pas de doute que c’est Allah qui l’a sauvé d’une mort certaine. « Mo pou tou le temps dir ki c’est enn lamé invisib ki finn saryer moi depi haute mer ek amen moi dan lagon », insiste-t-il. Il dit que ce fut une expérience traumatisante et le soir, il n’arrive pas à trouver le sommeil. « A soir, mo trouve moi pe noyer ek pe kouler. » Il se dit triste pour ses deux amis Vimal Sunassy et Parkiyaren Moorghen qui sont introuvables à ce jour. Il laisse entendre qu’il venait d’accomplir l’Umrah, il y a quelques semaines, accompagné de sa mère et de sa sœur. « Allah finn avoy So ban Anges pou vey lor moi», en est-il convaincu.

Désormais, Naseeruddin affirme qu’il ne remettra plus les pieds dans l’eau et que les sorties en mer sont choses du passé. Il a passé trois jours à l’hôpital avec des petites blessures aux pieds. Il remercie tous ceux qui l’ont soutenu dans ce moment difficile, surtout ses parents.

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