« Les preuves montrent que les enfants palestiniens ont été délibérément ciblés et tués. » Cette affirmation ne provient ni d’une organisation militante ni d’un responsable politique, mais de Srinivasan Muralidhar, président de la Commission internationale indépendante d’enquête des Nations unies sur le Territoire palestinien occupé.
Dans un rapport accablant de 88 pages publié cette semaine, l’ONU conclut qu’Israël a commis des actes constitutifs de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre à Gaza, en ciblant notamment les enfants palestiniens.
Depuis le début du génocide, le 7 octobre 2023, jusqu’au 7 octobre 2025, au moins 20 179 enfants ont été tués dans la bande de Gaza et 44 143 autres blessés. Les enfants représentent près d’un tiers des victimes mortelles recensées durant cette période. Des chiffres vertigineux qui donnent la mesure d’une catastrophe humaine sans précédent dans l’histoire récente du conflit israélo-palestinien.
Des blessures qui interrogent
Au-delà des statistiques, c’est la nature même des violences documentées qui interpelle. Selon les enquêteurs de l’ONU, les blessures observées révèlent un schéma récurrent. Dix-sept professionnels de santé ayant travaillé à Gaza ont rapporté avoir reçu des centaines d’enfants présentant des blessures par balle uniques à la tête ou dans la partie supérieure du corps. Les témoignages évoquent des tirs provenant de snipers ou de drones armés.
Le rapport cite plusieurs cas particulièrement troublants. En avril 2024, un nourrisson âgé de seulement dix jours aurait été tué d’une balle à la tête tirée par un drone alors qu’il était allaité dans une tente du camp de Nuseirat. Quelques mois plus tard, en août 2024, une fillette de quatre ans aurait été abattue dans des circonstances similaires alors qu’elle partageait un repas avec sa famille à Khan Younès.
Pour les enquêteurs, ces incidents ne peuvent être considérés comme des dommages collatéraux. L’ONU affirme également avoir identifié plusieurs unités militaires israéliennes impliquées dans ces opérations, notamment la brigade Kfir, la 162e division, les 98e et 99e divisions ainsi qu’une unité spécialisée de drones connue sous le nom de « Refaim » ou « Ghost Unit ».
Une accusation de génocide renforcée
Le rapport va plus loin encore en estimant que le ciblage des enfants constitue l’un des éléments démontrant une intention génocidaire. En se référant à la Convention des Nations unies pour la prévention et la répression du crime de génocide, les enquêteurs considèrent que les actions documentées s’inscrivent dans une volonté de détruire, en tout ou en partie, le groupe palestinien à Gaza.
Cette conclusion renforce les précédentes constatations de la même commission. En septembre dernier déjà, l’organe d’enquête des Nations unies avait estimé qu’Israël était responsable d’actes relevant du génocide. À l’époque, Navi Pillay, alors présidente de la commission, avait qualifié cette conclusion de « constat le plus autorisé émanant jusqu’ici des Nations unies » concernant la situation à Gaza.
Même après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu d’octobre 2025, les violences n’ont pas totalement cessé. Le rapport cite notamment le cas de deux frères âgés de neuf et dix ans, tués par un drone israélien alors qu’ils ramassaient du bois de chauffage près de Bani Souheila. L’armée israélienne les avait présentés comme des « suspects », une version rejetée par la commission d’enquête.
« Destruction de l’enfance palestinienne »
Le nouveau rapport ne se limite pas aux décès et aux blessures. Il s’intéresse également à ce que les enquêteurs décrivent comme « la destruction de l’enfance palestinienne ».
L’éducation figure parmi les secteurs les plus durement touchés. Sur les 564 établissements scolaires recensés à Gaza avant le conflit, 459 avaient été directement frappés à l’automne 2025. Plus de 668 000 enfants d’âge scolaire ont été privés d’accès à l’enseignement formel, entraînant la perte de trois années scolaires complètes.
Les conséquences sur le développement des plus jeunes sont également alarmantes. Plus de 335 000 enfants de moins de cinq ans risquaient, en janvier 2026, de souffrir de retards sévères de développement en raison de l’effondrement des services destinés à la petite enfance.
Le système de santé, lui aussi dévasté, peine à prendre en charge les nouveau-nés. Avant octobre 2023, Gaza disposait de 178 couveuses réparties dans huit unités de soins intensifs néonatals. En novembre 2024, il n’en restait plus que 54 en état de fonctionner. Les fausses couches auraient augmenté jusqu’à 300 %, tandis qu’en mars 2026, sept nouveau-nés sur dix étaient considérés comme prématurés ou souffrant d’insuffisance pondérale.
Détentions, torture et traumatismes
L’ONU s’alarme également du sort réservé aux mineurs palestiniens détenus par les forces israéliennes. Le rapport fait état d’allégations de torture, de violences sexuelles, de privations alimentaires, de refus de soins médicaux et d’humiliations publiques.
Parmi les cas examinés figure celui d’un adolescent de 17 ans originaire de Ramallah, décédé en mars 2025 dans la prison de Megiddo après une période prolongée de malnutrition sévère. Les enquêteurs considèrent ce décès comme un homicide volontaire constituant un crime de guerre.
Face à ces constats, la commission appelle Israël à mettre immédiatement fin à ses opérations militaires, à lever le siège de Gaza, à libérer les enfants détenus et à restituer les corps retenus. Elle exhorte également les États membres des Nations unies à suspendre leurs transferts d’armes vers Israël et à envisager des sanctions ciblées.
Israël, de son côté, n’a pas répondu aux treize demandes d’informations ou d’accès formulées par la commission depuis octobre 2023.
Les chiffres-clés du rapport de l’ONU
20 179 enfants tués entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025
- 44 143 enfants blessés durant la même période
- 30 % des victimes tuées sont des enfants
- 459 écoles touchées sur 564 bâtiments scolaires
- 668 000 enfants privés d’éducation formelle
- 335 000 enfants de moins de cinq ans menacés de retards sévères de développement
- 178 couveuses avant la guerre, contre seulement 54 encore opérationnelles fin 2024
- Jusqu’à 300 % d’augmentation des fausses couches
- 70 % des nouveau-nés considérés comme prématurés ou souffrant d’insuffisance pondérale en mars 2026
Cisjordanie : Sam Fahd Abou Haikal, 7 mois, tué par des soldats israéliens
Les horreurs ne concernent pas uniquement Gaza mais aussi la Cisjordanie occupée. Le vendredi 5 juin 2026, le petit Sam Fahd Abou Haikal, bébé de tout juste sept mois, a été tué par des soldats israéliens qui ont ouvert le feu sur la voiture de ses parents dans la ville de Hébron.
Auprès du quotidien Haaretz, le père a raconté s’être arrêté dès qu’ils ont croisé la route de soldats israéliens et avoir posé les mains sur le volant. L’un des soldats, selon son récit, a pourtant ouvert le feu. La balle a ensuite traversé sa main avant de se loger dans la tête de son fils qui était dans les bras de sa femme. Elle a, elle aussi, été blessée.
Une « enquête israélienne » est désormais en cours.
Star Journal d'information en ligne