Saturday , 18 April 2026

Ramadan en plein été : un défi quotidien

Sous la chaleur accablante, ils poursuivent inlassablement leur labeur. Avec le jeûne de Ramadan, l’effort devient double : travailler sans boire ni manger jusqu’au coucher du soleil, tout en restant endurants et patients.

Yaseen Maudarbocus, commerçant au VUT : «La chaleur nous met à l’épreuve»

Yaseen Maudarbocus, commerçant au Victoria Urban Terminal (VUT) à Port-Louis, et créateur de contenu sur TikTok, ne cache pas les défis qu’il affronte en cette période. « Nous sommes en plein été. Chaque Ramadan est différent et nous met face à une épreuve particulière. C’est un test, et cette année, c’est la chaleur qui nous met à l’épreuve », confie-t-il.

Plus connu sous le pseudonyme de « Bhai Tempête » sur les réseaux sociaux, il vend des vêtements au VUT, un lieu animé où les commerçants doivent composer avec des conditions parfois difficiles. « Je travaille dans un bâtiment qui n’est ni complètement fermé ni totalement ouvert. Il y a bien des ventilateurs, mais ils sont d’une efficacité limitée face à la chaleur étouffante de la région », explique-t-il. Sous cette chaleur accablante, où l’air semble figé et le béton brûlant, la fatigue s’accumule plus rapidement.

Travailler et jeûner

Comme tout commerçant, Yaseen passe ses journées à discuter avec les clients pour vendre sa marchandise. Cette année encore, l’effort est redoublé, car en plus de ses ventes physiques, il gère aussi son activité en ligne sur TikTok, où il anime des lives et publie des vidéos pour attirer une clientèle plus large. Un travail qui demande de l’énergie, de la constance et surtout…une voix !

Garder le sourire malgré tout

Or, parler en continu sous une forte chaleur, sans pouvoir s’hydrater, devient un véritable défi. « J’avais envisagé de modifier mes horaires cette année, mais j’ai vite compris que le monde continue de tourner avec ou sans moi. C’est à moi de m’adapter aux heures de ma clientèle », explique le trentenaire qui travaille généralement entre 9h et 16h30. Mais sa journée s’étend souvent lorsque la période de fêtes approche. « Les jours précédant l’Eid sont les plus intenses, car les clients se ruent pour faire leurs derniers achats. Il faut donc tenir bon, malgré la fatigue. »

Yaseen est loin d’être un commerçant ordinaire. Son humour et sa joie de vivre sont sa marque de fabrique. Connu pour son énergie débordante et ses répliques pleines de bonne humeur, comment fait-il pour garder sa bonne humeur tout au long de ce mois ? « Le jeûne laisse parfois des traces. Ne pas manger ni boire a forcément un impact sur le corps, et je pense que mes abonnés le remarquent. Malgré tout, je continue à afficher ma bonne humeur, car c’est à la fois mon travail et ma personnalité. À travers mes blagues et mes répliques, ils savent que je suis toujours bien vivant », répond-il.

Mais pour Yaseen, Ramadan est avant tout un mois de spiritualité, de générosité et d’endurance. « Le jeûne n’est pas une tâche aisée ; il faut persévérer et renouveler chaque jour son intention d’accomplir ce qui est attendu de nous », souligne-t-il. Malgré les défis physiques du jeûne, la faim, la soif et la fatigue, il considère cette période comme un temps de réflexion et d’élévation spirituelle.

Il insiste sur l’importance de ne pas négliger les prières et les devoirs religieux, même quand le travail est exigeant. « Ramadan est un test. Il faut le traverser avec patience et foi. Nous avons nos obligations professionnelles, mais nous avons aussi notre engagement envers Allah. Malgré la fatigue, il faut tenir bon », conclut-il avec conviction.

Mohammad Ally Beejambee, maçon : «La foi est plus importante…»

Mohammad Ally Beejambee, maçon de profession et directeur de Hamad Reno Construction, nous parle de ses journées où le corps est mis à rude épreuve.

Pour lui, « la foi est plus importante que tout le reste ». Il raconte qu’il se réveille très tôt pour accomplir le Tahajjud avant d’aider son épouse à préparer le Sehri. Il souligne qu’il doit s’alimenter correctement pour faire face à une journée remplie de défis. Ally Beejambee a plusieurs cordes à son arc : il est maçon, poseur de carreaux, électricien, plombier, spécialiste du quartz, installateur de climatiseurs et bien plus encore. Tous ces travaux demandent beaucoup d’énergie, nous confie-t-il. Son repas du matin est composé de gruau, de naan, de dattes et de thé, ce qui l’aide à tenir tout au long de la journée. « Mo bizin lave figir ek zet delo lor latete pendan la zourne akoz saler », dit-il,

Il laisse entendre que, durant la nuit, il consomme au moins un litre d’eau. « Travailler sous le soleil pendant le mois de Ramadan est totalement différent des autres mois », lâche notre interlocuteur. Ally Beejambee ne cache pas que, parfois durant Ramadan, il rentre à la maison après Zohr pour se reposer, car son corps ne peut supporter le poids de la fatigue. Il raconte que, pour rompre le jeûne en début de soirée, il boit un grand verre de sirop, parfois du thé, accompagné de dattes et de gâteaux préparés par son épouse. Malgré la fatigue, il se rend à la mosquée de Glen Park pour accomplir le Taraweeh.

Outre son travail de maçon, Ally Beejambee est également prédicateur. Chaque vendredi, il est invité dans différentes mosquées de l’île pour donner des causeries. De 2005 à 2014, il a exercé comme imam à plein temps dans une mosquée et, durant quatre ans, il a dirigé le Taraweeh à la mosquée de Grand-Bel-Air.

Expérience spirituelle

Pour lui, « jeûner et travailler dans des conditions extrêmes est une expérience spirituelle » qui lui permet de mesurer le degré de sa foi. « C’est un devoir pour tout musulman. Malgré la chaleur, je suis content de jeûner et mon Créateur est satisfait de mon acte », souligne-t-il. Souriant en essuyant la sueur qui perle sur son front, il ne laisse pas transparaître sa fatigue. Il soulève des parpaings avec la force de ses bras et mélange le ciment avec de l’eau pour continuer le crépissage du mur. Au loin, la voix du muezzin se fait entendre pour la prière de Zohr. Ally Beejambee prend congé de nous pour se préparer à accomplir Zohr sur un morceau de carton, à l’étage d’une maison en construction.

Avant de nous quitter, il souhaite faire passer un message « Deman boukou remerciement a Allah pou tou So ban faveur ki Li finn akord nou et profiter pou fer maximum duas pou ki Allah multiplier So ban faveur lor nou. »

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