Après treize années de service au sein de la Tourism Authority, Shabnaaz (prénom fictif), une employée de 35 ans, affirme avoir vécu un épisode qu’elle n’aurait jamais imaginé connaître au cours de sa carrière.
Lundi 9 mars, la fonctionnaire s’est rendue au ministère du Travail, en compagnie de Me Lovena Sowkhee, afin de consigner officiellement une plainte visant José Arunasalom, président suspendu de l’organisme. « Le chemin de la vérité n’a jamais été facile, mais c’est celui que j’ai choisi », confie-t-elle. Selon la plaignante, les faits remontent au 12 février 2026. Ce jour-là, elle affirme avoir été confrontée à des accusations graves et à des propos menaçants dans l’exercice de ses fonctions.
Elle explique avoir été accusée d’avoir commis un faux en délivrant des dossiers au nom du président. Pourtant, assure-t-elle, ces documents auraient été préparés à la demande de la secrétaire de ce dernier. « J’avais simplement exécuté une demande administrative. Le président a ensuite déclaré qu’il était absent du pays à ce moment-là », explique-t-elle.
Selon notre interlocutrice, la discussion aurait ensuite pris une tournure particulièrement intimidante. « Il m’a menacée de me dénoncer à la police judiciaire et de me faire emprisonner. Il a également affirmé que certains employés allaient perdre leur travail », raconte-t-elle.
Treize ans de service sans incident
Pour cette employée, titulaire d’un degré universitaire, cet épisode reste profondément marquant, d’autant plus qu’elle affirme n’avoir jamais fait l’objet d’une quelconque accusation durant toute sa carrière. « En treize ans de service, c’était la première fois que je subissais une agression verbale sur mon lieu de travail », dit-elle.
Selon elle, cette expérience a été particulièrement difficile à vivre : « J’ai ressenti un mélange de colère, de stress et d’humiliation. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi on me parlait de cette manière alors que j’ai toujours fait mon travail avec honnêteté. »
La trentenaire explique avoir longuement hésité avant de saisir les autorités : « Saisir la justice a été une décision incroyablement difficile, surtout en tant que fonctionnaire. Mais à un moment, il faut trouver le courage de dire stop. »
Une inspiration puisée dans la foi
La plaignante affirme que sa détermination s’est également renforcée à travers ses convictions personnelles et spirituelles, particulièrement en ce mois béni de Ramadan. « En tant que femme et mère, j’ai trouvé le courage de me dresser contre l’injustice. Le récit de la première bataille de Badr m’a inspirée à franchir le pas et à m’opposer fermement à l’injustice », explique-t-elle.
Consciente que ce combat pourrait être long, elle dit néanmoins se sentir soutenue par ses proches. « Je sais que ce chemin sera semé d’embûches et que le voyage sera peut-être long. Mais grâce à Allah, avec le soutien indéfectible de mon époux, de ma famille et de mes amis proches, ainsi que ma confiance en Allah, j’ai trouvé la force et la détermination d’aller de l’avant », affirme-t-elle.
Un signalement resté sans suite
Avant de se tourner vers les autorités, la fonctionnaire affirme avoir tenté de signaler l’incident à sa hiérarchie. Selon ses dires, la direction aurait été informée de la situation, mais la réaction obtenue l’aurait profondément déçue. « On ne m’a pas conseillé de signaler l’incident à la police ni au bureau du travail. Zot finn dir mwa blier ek les tomber », précise-t-elle.
Elle affirme qu’on lui aurait également laissé entendre que le président était simplement en colère ce jour-là. Pour la plaignante, ce manque de soutien a été particulièrement difficile à accepter : « J’ai été profondément blessée de ne pas recevoir l’appui de mes supérieurs dans cette situation. »
Pour rappel, cette plainte intervient alors que la Tourism Authority traverse une période mouvementée sur le plan administratif. Ces derniers mois, José Arunasalom a fait l’objet de plusieurs décisions concernant sa fonction à la tête de l’organisme. Il avait d’abord été révoqué avant d’être réinstallé dans ses fonctions. Cependant, le Conseil des ministres a finalement décidé de le suspendre avec effet immédiat vendredi dernier.
Pour Shabnaaz, ce combat est avant tout une question de dignité. « Je veux simplement que justice soit faite », conclut-elle.
Violence en milieu professionnel
Selon sa représentante légale, Me Lovena Sowkhee, la plaignante affirme avoir été confrontée à des humiliations répétées, des propos menaçants et une attitude jugée agressive dans le cadre de ses fonctions. Des situations qui auraient progressivement détérioré son climat de travail et affecté son bien-être.
Me Lovena Sowkhee rappelle que la législation mauricienne encadre strictement la question de la violence en milieu professionnel, qu’elle soit physique, psychologique ou verbale. Les sanctions prévues peuvent inclure une amende pouvant atteindre Rs 100 000 ainsi qu’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à cinq ans.
Pour l’avocate, il est essentiel que la lumière soit faite sur ces accusations. Elle appelle à une enquête approfondie menée dans un esprit de transparence et d’impartialité afin d’établir les faits.
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