Pour son premier Ramadan au Pakistan en tant que haut-commissaire de Maurice, Munsoo Kurrimbaccus découvre un pays où le mois béni imprègne pleinement la vie quotidienne. Entre ferveur religieuse, hospitalité débordante et solidarité visible à chaque coin de rue, le diplomate dit avoir été profondément marqué par l’intensité humaine et spirituelle de cette expérience, qui lui offre aussi un regard plus intime sur l’âme pakistanaise.
Vous vivez votre premier Ramadan au Pakistan en tant que haut-commissaire de Maurice. Quelle a été votre première impression en découvrant l’atmosphère du mois béni dans le pays ?
Ma première impression a été ce profond sentiment de dévotion collective qui imprègne le pays durant Ramadan. Des premières heures du matin jusqu’aux soirées paisibles précédant l’iftar, on ressent dans la vie quotidienne un rythme marqué par la réflexion, la patience et la générosité. Ce qui m’a le plus frappé, c’est que l’atmosphère du mois béni ne se limite pas aux mosquées ou aux foyers, mais s’étend naturellement aux rues, aux lieux de travail et aux espaces publics. On a le sentiment que toute la société évolue ensemble dans l’esprit de Ramadan.
Le Pakistan est un pays où Ramadan semble profondément marquer la vie religieuse, sociale et même institutionnelle. Comment percevez-vous cette place centrale du mois béni ?
Au Pakistan, Ramadan semble constituer un moment de pause nationale et de réflexion. Ce n’est pas seulement une période de culte, mais aussi un temps durant lequel les liens sociaux se renforcent et la compassion devient davantage visible. Les institutions, les entreprises et les communautés adaptent leurs habitudes au rythme du mois béni. Cela montre à quel point la foi et la vie sociale sont étroitement liées au Pakistan, créant une expérience culturelle partagée qui rassemble les gens.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans la manière dont les Pakistanais se préparent à l’iftar, aux prières et aux nuits de Ramadan ?
La préparation de l’iftar est vraiment remarquable. Il existe un fort esprit d’hospitalité et de partage. Les familles préparent généreusement les repas, et il est courant de voir de la nourriture partagée avec les voisins, les amis et même des inconnus. Les mosquées sont pleines au moment des prières, et les nuits de Ramadan dégagent une atmosphère paisible et propice à la réflexion. Ce qui ressort particulièrement, c’est la chaleur avec laquelle les gens invitent les autres à se joindre à eux pour l’iftar. Cela reflète une culture où la communauté et la foi sont étroitement liées.
Au-delà de la dimension spirituelle, l’iftar possède également une richesse culturelle et culinaire ; les pakoras, les samoussas, les dahi chaat, les jus de menthe fraîchement mixés et les sharbats sont tout simplement exceptionnels.
Pendant Ramadan, les villes ne dorment presque pas»
Dans un pays aussi vaste et riche en traditions, qu’avez-vous découvert de particulier ou de distinctif dans la manière pakistanaise de vivre Ramadan ?
L’un des traits distinctifs est l’ampleur et l’énergie avec lesquelles Ramadan est vécu. Les marchés animés avant l’iftar, la variété des plats traditionnels préparés pour le repas du soir, et l’atmosphère vivante autour des mosquées la nuit créent un environnement très particulier. En même temps, il existe un profond respect pour la finalité spirituelle du mois. Pendant Ramadan, les villes ne dorment presque pas.
Votre premier Ramadan au Pakistan vous a-t-il permis de mieux comprendre l’âme du pays, au-delà de votre rôle diplomatique ?
Oui, certainement. Vivre Ramadan ici permet de mieux saisir les valeurs qui façonnent la société pakistanaise : la foi, l’hospitalité, la générosité et l’esprit communautaire. Observer ces valeurs dans la vie quotidienne donne une compréhension plus profonde du pays, au-delà des interactions diplomatiques officielles.
En tant que diplomates, nous sommes invités presque chaque jour à des iftars officiels. Ceux-ci sont organisés à grande échelle par de nombreuses institutions et organisations à travers le Pakistan. Chaque rencontre réunit des personnes issues d’horizons différents. Les conversations, la chaleur des hôtes et les moments partagés autour de la table laissent une impression profonde. À bien des égards, ces rencontres touchent le cœur et offrent un magnifique aperçu de la richesse culturelle et de l’hospitalité du Pakistan.
Je remarque également chaque jour comment de la nourriture est préparée aux coins des rues et dans des espaces ouverts à travers la ville, puis offerte gratuitement à toute personne de passage. Pour les Pakistanais, cela fait partie du quotidien, mais pour moi, c’est une scène puissante et pleine de sens.
Depuis le début de Ramadan, y a-t-il eu une rencontre, un moment ou une scène qui vous a particulièrement ému ou marqué ?
L’un des moments les plus marquants a été de voir les gens se rassembler pour l’iftar dans les espaces publics, à chaque coin de rue, là où la nourriture est préparée et où tous s’assoient pour partager le repas ensemble, sans distinction de milieu social. Ces scènes reflètent un fort sentiment d’égalité et d’humanité partagée, qui constitue l’un des plus beaux aspects du Ramadan. La nourriture est préparée et distribuée partout dans la ville.
Une chose est certaine : personne ne va se coucher le ventre vide pendant Ramadan, quelle que soit sa religion. Les gens s’arrêtent, partagent un repas, puis reprennent leur chemin avec une gratitude silencieuse. Cela reflète le véritable esprit de Ramadan. Au Pakistan, cet esprit de générosité et de bienveillance envers autrui est vécu d’une manière très belle et très sincère.
En observant le Ramadan au Pakistan, quels parallèles faites-vous avec l’expérience mauricienne du mois béni ?
Maurice est également une société multiculturelle et multireligieuse où Ramadan est vécu avec beaucoup de respect et de chaleur. Même si l’ampleur peut être très différente, l’esprit reste assez semblable. À Maurice, les familles musulmanes se réunissent en privé pour l’iftar, mais partagent aussi des repas avec leurs voisins et leurs amis issus d’autres communautés. Je viens d’un village, et c’est ainsi que nous avions l’habitude de vivre Ramadan. Les valeurs de générosité, de patience et de solidarité sont centrales dans les deux sociétés.
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