dimanche , 4 décembre 2022

Petites et moyennes entreprises : l’entrepreneuriat se conjugue de plus en plus au féminin

Malgré les obstacles qui se dressent sur leur chemin, les femmes sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers l’entrepreneuriat en lançant leur « business ». Ces entreprises ont d’ailleurs un rôle majeur dans les pays en développement, étant des sources d’emplois et de revenus. Quelques-unes d’entre elles nous racontent leur cheminement.

Nawsheen Panchoo (Bedouine Art and Crafts) : «Les débuts sont toujours les plus difficiles»

Du haut de ses 28 ans, la jeune femme qui se cache derrière cette petite affaire, a dû faire face à de nombreux défis pour réussir à mener sa barque à bon port. Nawsheen Panchoo propose des « Tote bags » et des pochettes personnalisées qu’elle confectionne et brode de ses propres mains. Elle compte des milliers de followers sur son compte Instagram et sa page Facebook sous le nom de Bedouine Art and Crafts.

Comment en est-elle arrivée là ? La jeune entrepreneure nous raconte qu’elle avait pris de l’emploi dans une firme privée mais suite à une réduction du personnel, elle s’est retrouvée sans travail. « Ayant toujours voulu être indépendante, cela a été un coup dur pour moi. J’ai envoyé ma candidature un peu partout mais en vain. Cette recherche et l’incertitude découragent énormément  », souligne-t-elle. Alors, elle s’est dit pourquoi ne pas lancer son affaire puisqu’elle est passionnée de broderie et de couture, et confectionnait déjà de petits produits qui lui valaient des compliments dans son cercle familial. Ainsi, débutera son aventure…

Gros investissement

Notre interlocutrice précise que lancer son affaire coûte énormément. « J’ai investi, avec l’aide de ma famille, autour de Rs 100 000 pour payer mes cours mais aussi pour l’achat des machines et des produits nécessaires. Par la suite, il faut compter l’investissement de mon temps et les frais du transport aussi », avance-t-elle. Pourtant, ce travail qu’elle aime tant, elle le fait toute seule, de la planification, à la conception au marketing. « Je suis sur tous les fronts », dit-elle. Ainsi, elle doit bien s’organiser pour gérer l’achat des tissus, des fils de qualité sans compter la gestion des plateformes numériques. Elle concède qu’être entrepreneure est difficile. « Les débuts sont toujours les plus difficiles, car ce n’est pas évident de rendre visible son produit dans un monde où la concurrence est si grande », explique-t-elle.

La pandémie n’arrangeant rien à la situation pour ce secteur, Nawsheen Panchoo nous explique que c’est à force de persévérance et de courage qu’elle a pu s’en sortir. « Les confinements successifs depuis 2020 compliquent la tâche des entrepreneurs. Nous ne pouvions pas faire des ventes. En outre, le stock qui avait été préparé ne s’écoulait pas. C’était un vrai cauchemar », se souvient-elle. Pourtant dans l’adversité, l’entrepreneure s’est découvert une vraie force et elle n’a pas baissé les bras. Elle s’est efforcée à se remettre sur pied pour proposer des nouveautés à sa fidèle clientèle. « Quand on est entrepreneure, on se doit d’être à l’écoute de ses clients et des demandes du marché. Ce faisant, mes commandes ont repris et j’ai retrouvé une certaine stabilité », ajoute-t-elle.

Nawsheen Panchoo ne cache pas sa fierté d’être une entrepreneure aujourd’hui, car cela lui permet de gagner sa vie dignement et surtout d’être indépendante malgré le contexte difficile. Ne se limitant pas à une chose, elle est de temps à autre maquilleuse et ‘mehendi artist’. Elle se veut aussi être la preuve qu’être autodidacte peut mener à la réussite. « Finalement, le refus des firmes a fait mon bonheur, car j’ai découvert une voie que je n’aurais probablement pas empruntée si j’étais employée…celle de l’entrepreneuriat », conclut-elle.

Zahrah Khadeejah Hosany (Emirates Chocolates) : «Être entrepreneure veut aussi dire être avant-gardiste»

Elle n’a pas froid aux yeux et malgré la crise sanitaire, Zahrah Khadeejah Hosany, 25 ans, a ouvert sa pâtisserie sise à la rue SSR (ex-Desforges) à Port-Louis. « Emirates Chocolates est mon rêve et la pâtisserie est ma passion », clame-t-elle. En effet, elle a toujours été passionnée par la pâtisserie et la confection des gâteaux et autres desserts depuis son plus jeune âge et d’ailleurs ses études au secondaire ont été dans cette même filière.

Toutefois, la décision de Zahrah Hosany de se lancer dans le monde de l’entrepreneuriat n’a pas été prise sans mure réflexion. « Avant d’établir mon affaire, j’ai suivi de nombreuses formations qui m’ont permis de me perfectionner dans la manipulation de certains ingrédients spécifiques comme le chocolat entre autres  », explique-t-elle. Devenir entrepreneur exige-t-il de grands investissements ? Elle nous répond que pour le domaine qu’elle a choisi, effectivement l’investissement est énorme. « Les cours déjà ne sont pas donnés et j’ai dû débourser autour de Rs 100 000 mais ce sont les équipements et le matériel qui sont les plus chers. J’ai pu compter sur l’aide inestimable de mon père pour me mettre à mon propre compte », laisse-t-elle entendre.

Aujourd’hui, la jeune entrepreneure propose des produits chauds et froids, et d’autres délices qui exigent un bon environnement pour être bien conservés. « Je confectionne aussi bien des gâteaux ‘typiques’ tels que le puits d’amour et ceux plus travaillés comme le bavarois et le cheesecake », ajoute-t-elle. Ce travail, selon elle, est exigeant et l’investissement au quotidien est incommensurable. « Mes coûts englobent le salaire des employés, l’achat des ingrédients et les frais associés au bon roulement des lieux », souligne-t-elle.

Un choix à assumer

Pourtant, elle ne changerait cela pour rien au monde. « J’ai fait de ma passion, mon métier et je suis satisfaite. Je suis consciente que cela me demandera des sacrifices et du travail mais c’est un choix que j’ai fait. Avec l’aide et l’encouragement de mon père Basheer, qui a toujours voulu me voir épanouie et autonome, je suis entrepreneure et maître de mon avenir », dit-elle, toute fière.

Sa boutique offre toute une gamme de gâteaux et de pâtisserie et Zahrah Hosany veut l’ouvrir à tous. « Je confectionne des gâteaux pour toutes les bourses », indique-t-elle. Elle avoue toutefois que le plus gros risque de l’industrie alimentaire reste que les produits sont périssables. « Les gâteaux comme tout autre aliment ne se conservent pas longtemps. Une fois confectionnés, ils doivent être vendus au plus vite. Si cela ne se vend pas, c’est une perte que j’accuse », avance-t-elle.

A-t-elle peur pour l’avenir ? La jeune femme nous rappelle que l’avenir est inconnu et donc, elle s’investit dans le présent. Ce n’est pour autant qu’elle ne se prépare pas pour ce qui suivra. « Être entrepreneure pour moi, veut aussi dire être avant-gardiste et se préparer en amont, alors effectivement, j’ai un plan à long terme », assure la jeune femme. Armée de son indestructible confiance, elle nous dit que chez elle, la satisfaction des clients prime et ainsi son travail c’est d’être à leur écoute. À travers son savoir-faire et ses créations, Zahrah Hosany a bien l’intention de se faire un nom dans le domaine de la pâtisserie et elle expose déjà ses créations sur sa page Facebook « Emirates Chocolates ».

Entre-temps, notre interlocutrice nous explique que son petit business lui permet d’aider autour d’elle. « Pour éviter que la nourriture ne finisse à la poubelle, je distribue, aux heures de fermeture, les invendus à ceux qui en ont besoin », laisse-t-elle entendre.

Maya Sewnath, présidente de SME Chambers : «Le jeune a compris que sa passion peut devenir son métier»

Maya Sewnath explique d’emblée que le secteur des PME peut « devenir un secteur important de l’économie mauricienne » si le bon soutien est offert à ceux qui s’y joignent. Selon elle, il y a eu une émergence des entrepreneurs « à succès » durant les deux dernières décennies et cela « malgré les difficultés et obstacles » auxquels ces derniers font face. Toutefois, la présidente de SME Chambers dit noter avec regret que depuis ces deux dernières années pandémiques, le secteur des PME a été un peu « l’enfant pauvre » en termes de soutien obtenu pour les aider à maintenir leurs entreprises à flot.

En effet, selon elle, pendant la pandémie et les différents confinements, les membres de l’association et les entrepreneurs en général ont subi les effets du coronavirus. « Les WAP ont été obtenus difficilement et évidemment les affaires ont beaucoup souffert. De plus, certains qui ont bénéficié des Wage Assistance Scheme sont contraints à ce jour de tout rembourser même si le travail n’a pour autant pas repris », fait-elle ressortir.

« Risk taker »

Ainsi ceux qui se mettent à leur compte doivent faire face à plusieurs défis. Notre interlocutrice souligne d’ailleurs que ces personnes qui décident d’être des entrepreneurs gèrent tout autour d’eux et elles sont seules à prendre les décisions. « Nous aurions apprécié qu’il y ait un ‘case to case study’ qui aurait permis de voir qui sont ceux qui ont besoin de ‘grants’ et d’exemptions pour leur permettre de survivre. Ce serait dommage de voir des petites et moyennes entreprises mettre la clé sous le paillasson surtout en ce moment », soutient Maya Sewnath qui est aussi la directrice de SSS Furniture.

Toutefois, elle exprime sa satisfaction de voir de plus en plus de femmes et surtout de jeunes qui se lancent dans l’entreprenariat et pour elle, ceci n’est que le résultat d’un plan stratégique qui a été mis en place depuis des années. « L’entrepreneuriat est aujourd’hui présent dans le cursus scolaire et à plusieurs niveaux, et cet engouement découle de cela », précise-t-elle. Pourquoi de nombreux jeunes s’identifient-ils à ce secteur présentement ? Pour elle, le jeune d’aujourd’hui est un « risk taker » et il a compris qu’il peut utiliser son talent et ses compétences acquises pour gagner sa vie. « Au lieu d’attendre qu’on lui offre un emploi, le jeune a compris que sa passion peut être utilisée à bon escient. Il a réalisé, qu’il peut proposer un produit ou un service et en faire son métier », ajoute-t-elle.

Solidarité entre entrepreneurs

Aussi, pour la présidente de l’association des PME, le jeune a saisi qu’il peut faire une percée dans ce secteur et en ressortir gagnant en devenant indépendant. Cependant, elle admet que le parcours est parsemé d’obstacles – financièrement et aussi en termes de support et d’aide – pour ceux qui veulent se lancer mais dit qu’au niveau de l’association quand un jeune enthousiaste et passionné vient vers eux avec une idée en tête, « nous l’encadrons et nous prodiguons un certain soutien pour lui faciliter la tâche et éviter qu’il n’abandonne aux premiers obstacles rencontrés ».

Maya Sewnath met l’accent sur le fait qu’une certaine solidarité est présente entre les entrepreneurs et ils essaient au maximum de s’entre-aider et d’établir un réseau interne. « Par exemple, nous avons mis en place le ‘cross selling’, un concept où si nous avons besoin d’un produit, nous voyons si cela peut être fourni par un membre du collectif d’abord », explique-t-elle. Selon elle, l’entrepreneuriat est un secteur prometteur et à travers un dialogue avec les autorités concernées, ils pourront parer aux lacunes qui subsistent au niveau de la législation et même de la politique à adopter pour redorer le blason ce secteur. « Par exemple, les ‘Start-Ups’ peuvent bénéficier de financement de la part de la DBM pour les aider à débuter et les démarches administratives pour les permis peuvent être revues pour simplifier la tâche de celui qui se lance », recommande-t-elle.

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