jeudi , 30 juin 2022

Rashid Hossen, président du Redundancy Board : «Les relations industrielles sont aujourd’hui beaucoup plus cordiales»

Rashid Hossen, ancien magistrat et actuel président du Redundancy Board, a publié, en janvier, un ouvrage intitulé « Arbitration of Industrial Disputes in Mauritius » qui est basé sur ses longues années d’expérience dans le domaine de l’arbitrage et des relations industrielles. Entretien.

Vous venez de publier « Arbitration of Industrial Disputes in Mauritius ». Parlez-nous de cet ouvrage ?
Il s’agit d’un livre de droit composé de 10 chapitres et élaboré pour aider les personnes impliquées dans l’administration quotidienne des relations employeur/employé dans les secteurs public et privé. Ce livre se veut être un ouvrage de référence pour les juristes, les responsables des ressources humaines, les responsables syndicaux, les praticiens des relations industrielles, les étudiants universitaires et même pour les responsables d’entreprises qui ont besoin de développer un système pour la mise en application de l’éthique des affaires pour des relations saines et harmonieuses.

Quels sont les thèmes principaux abordés ?
Le premier chapitre est plus historique. Le chapitre 2 parle des relations industrielles, la naissance des relations entre l’employeur et le salarié, l’accord de procédure, la convention collective, l’accès à l’information, l’accès au lieu de travail, les facilités de repos. Tout cela est abordé en détail. Le 3e chapitre est consacré à l’explication des conflits et le suivant a trait aux principes devant être appliqués par le Tribunal et des affaires soumises par la Commission de conciliation et de médiation. Les avocats et les étudiants en droit se sont toujours interrogés sur la procédure et les preuves traitées au niveau du Tribunal. Celles-ci sont expliquées aux chapitres 5 et 6. Les pouvoirs et les limites du Tribunal ainsi que le contrôle judiciaire et les modifications apportées à la loi sur les relations de travail sont analysés en détail dans les chapitres restants. La fin est consacrée à une série de ‘Awards’ sélectionnés du Tribunal, classés dans divers secteurs, public et privé.

L’arbitrage des relations industrielles a apporté la paix sociale»

Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire cet ouvrage ?
L’arbitrage et la relation industrielle, ce sont aussi l’histoire des différents combats menés par le syndicat afin d’atteindre un certain équilibre dans le rapport de force avec le patronat. Le Code noir, une loi très mal inspirée par les Français, avait créé un déséquilibre insupportable entre ceux qui dominent et ceux qui souffrent. Avant d’être des travailleurs, ils étaient des esclaves. Au fils des années, les syndicats n’ont jamais jeté l’éponge et cette bataille a perduré pour apporter la dignité aux travailleurs. Après l’Indépendance, on a assisté à la tristement grève générale et ce n’est qu’en 1974 que le Tribunal d’arbitrage des relations industrielles est mis sur pied par l’Industrial Relations Act de 1973. Cette institution est le salut des travailleurs frustrés et joua un rôle prépondérant dans l’apaisement de crises sociales.

Dans quelle mesure « Arbitration of Industrial Disputes in Mauritius » aidera-t-il les acteurs du domaine ?
Ce livre est un texte de référence qui va aider des jeunes à mieux comprendre la loi sur ce sujet. Il faut noter qu’il y a un manque d’ouvrages sur les lois des relations industrielles au cours de ces 25 dernières années. Cet ouvrage sera d’une grande aide aux hommes de loi, surtout les jeunes, lors des plaidoiries devant le tribunal ou la Cour suprême. Les professionnels des ressources humaines trouveront, eux, dans cet ouvrage un outil nécessaire pour leur travail. Ce même principe s’applique aux étudiants en droit. J’ai eu l’occasion d’enseigner à l’université de Maurice et j’ai réalisé à quel point les étudiants en droit se perdent dans la recherche. Comment faire des recherches sans les éléments indispensables?

Les grèves demeurent un outil pour les travailleurs»

Vous évoquez les relations syndicat/patronat dans votre livre. Comment les jugez-vous présentement ?
Le monde a beaucoup évolué tout comme le comportement de l’être humain. Les relations industrielles sont moins tendues et beaucoup plus cordiales de nos jours. Il faut avoir de la patience pour écouter les gens et comprendre leurs doléances.

Vous mettez beaucoup d’emphase sur le tribunal d’arbitrage. Quelle est son importance pour notre société ?
En effet, le livre met l’accent sur l’importance de cette haute institution judiciaire. Vous savez, l’arbitrage des relations industrielles a apporté la paix sociale et a aussi rendu les relations entre le patronat et le syndicat beaucoup plus cordiales. L’emphase a aussi été mise sur l’écoute et la compréhension.

Estimez-vous que la grève demeure l’ultime recours lors des conflits?
Les grèves ne sont pas illégales à Maurice. Elles demeurent un outil pour les travailleurs. Mais il y a des lois qui apportent une certaine règlementation lorsque les grèves sont organisées. Il faut faire ressortir que nous n’avons pas eu de grève générale depuis 40 ans. Le Tribunal d’arbitrage a aidé énormément à trouver des solutions aux relations tendues.

La Covid-19 a chamboulé le monde du travail. Faut-il ainsi apporter des changements aux lois des relations industrielles ?
C’est à l’Assemblée nationale de décider quelles sont les lois les plus appropriées pour le monde du travail. Mais je constate déjà que s’absenter pour aller se faire vacciner ne fait plus l’objet d’une quelconque controverse.

À quand votre prochain ouvrage ?
Pas dans l’immédiat ! Je suis en ce moment très pris par les affaires du Redundancy Board. Mais ce serait bien qu’on ait un jour un ouvrage dédié aux lois qui gouvernent les licenciements économiques !

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