Saturday , 2 May 2026

Observation du croissant de l’Eid et témoignages : comprendre le rôle du Hilaal Committee de la Jummah Masjid

Composé de plusieurs érudits issus de diverses écoles de pensée, le Hilaal Committee de la Jummah Masjid de Port-Louis est chargé de l’observation du croissant chaque mois mais aussi pour valider ou rejeter les témoignages dans le cadre de l’Eid-ul-Fitr. Explications.

L’année dernière, le rejet d’un témoignage sur l’observation du croissant lunaire de Shawwal, marquant la fin de Ramadan et annonçant l’Eid-ul-Fitr, avait provoqué la colère de nombreux fidèles, qui s’étaient rassemblés devant la Jummah Masjid, à la rue Royale, Port-Louis, pour exprimer leur mécontentement.

Akbar Ally Hossenally, membre du Hilaal Committee de la Jummah Masjid, responsable de la mosquée Hafswah Bint Umar à Pailles et secrétaire général d’Al Huda Wan Noor, explique que ce comité accorde une attention méticuleuse aux critères d’acceptation du témoignage relatif à l’observation du croissant lunaire. « Quel que soit l’école juridique à laquelle ses membres adhèrent, le Hilaal Committee s’accorde unanimement sur certaines conditions essentielles », dit-il d’emblée.

Mufti Ayoob Mackoojee, qui siège aussi sur ce comité, abonde dans le même sens et laisse entendre que la validation des témoignages liés au croissant de l’Eid répond à des critères stricts et précis. « L’acceptation des témoignages pour le croissant de l’Eid-ul-Fitr est soumise à des exigences plus strictes que pour les autres mois lunaires  », précise-t-il.

Aspect technique

De ce fait, le Hilaal Committee procède à une évaluation rigoureuse des conditions entourant l’observation de la lune. Selon les membres, il faut tenir compte de la clarté du ciel au moment précis du témoignage, ainsi que de la localisation géographique du témoin, car la visibilité du croissant peut varier considérablement d’une région à l’autre. « Le témoin est invité à fournir une description détaillée du croissant lunaire, tant en ce qui concerne son orientation, sa taille que sa position exacte. Ces informations sont croisées avec des données astronomiques fiables », indique Akbar Ally Hossenally.

Mufti Ayoob Mackoojee soutient que selon les conditions météorologiques, le nombre de témoins requis varie :

  • Si le ciel est nuageux, au minimum deux hommes ou un homme et deux femmes doivent témoigner.
  • Si le ciel est dégagé, la présence d’une cinquantaine de témoins est nécessaire.

« Cette rigueur vise à garantir l’exactitude du témoignage et à éviter toute confusion concernant la date de l’Eid », dit-il.

L’importance du ‘Adalah des témoins

Outre le nombre de témoins, leur qualité morale et religieuse est un facteur déterminant dans l’acceptation de leur témoignage. « Il se peut que nous recevions une dizaine de témoins pour le croissant de l’Eid-ul-Fitr, mais s’ils ne remplissent pas les critères du ‘Adalah, leurs témoignages ne seront pas acceptés », fait ressortir Mufti Mackoojee qui explique que le ‘Adalah désigne une personne véridique et fiable ; observant la prière et le jeûne avec assiduité ainsi que le respect des autres piliers de l’Islam ; engagée dans la religion au quotidien ; éloignée des futilités et des interdits/Haram, entre autres.

Selon lui, il est essentiel que le témoin ne soit pas simplement un fidèle occasionnel, mais qu’il ait une connexion forte avec la mosquée. « Nous devons savoir si cette personne fréquente la mosquée régulièrement, une fois par semaine ou seulement de temps en temps. »

Akbar Ally Hossenally souligne, de son côté, que le témoin doit impérativement être de confession musulmane, sain d’esprit, pubère et doté de ses pleines capacités visuelles. Son intégrité morale et sa probité doivent être irréprochables. « Il est requis qu’il soit une personne reconnue pour sa piété et sa droiture (‘Adl). Cette exigence garantit la fiabilité du témoignage, élément fondamental dans la détermination du début des mois lunaires », précise-t-il et d’ajouter qu’ « une personne considérée comme étant ‘Adl (Juste) agit également de manière juste envers la société, en manifestant des qualités vertueuses et un comportement exemplaire envers ses proches, amis et l’ensemble de son entourage ».

L’entourage du/des témoin/s joue aussi un rôle crucial. Les imams et les responsables de la mosquée où le/s témoin/s prie/nt sont appelés à attester de son/leur intégrité et de son/leur engagement religieux. Par ailleurs, le Hilaal Committee tient également compte des témoignages passés. « Nous analysons les antécédents des témoins : ont-ils déjà porté témoignage auparavant ? Si oui, était-il fiable ou rejeté ? » avance Mufti Mackoojee.

La prise de décision au sein du comité

Comment les membres du Hilaal Committee parviennent-ils à un consensus sur la visibilité lunaire ? Akbar Ally Hossenally précise que la prise de décision repose sur un processus délibératif rigoureux, basé sur les critères mentionnés précédemment. « La Jummah Masjid, en sa qualité d’autorité officiellement reconnue par l’État mauricien, assume la présidence du comité par l’entremise de ses représentants. Chaque membre exprime son avis sur les témoignages reçus et partage ses analyses. Les discussions sont menées dans un esprit de concertation et, lorsque cela s’avère nécessaire, nous sollicitons l’avis d’autres collaborateurs. Notre objectif est d’atteindre un consensus éclairé, en dissipant toute ambiguïté, même si cela nécessite du temps », explique-t-il, soulignant qu’au-delà des aspects techniques, cette responsabilité revêt également une dimension spirituelle.
« Une telle vigilance s’explique par le fait qu’une erreur dans l’annonce du croissant lunaire pourrait semer la confusion et provoquer des divisions au sein de la communauté », conclut Mufti Ayoob Mackoojee.

L’importance de l’éducation pour éviter les incidents

Selon Akbar Ally Hossenally, l’incident regrettable de l’année dernière devant la Jummah Masjid découle d’une méconnaissance manifeste des principes islamiques. L’absence d’érudits parmi les protestataires démontrait que l’ignorance était à l’origine de cette agitation.

« L’éducation est essentielle pour éviter que ces incidents ne se répètent. Mais de plus en plus de gens se contentent de recherches superficielles en ligne, ce qui les expose à des informations fausses ou incomplètes », avertit Akbar Ally Hossenally.

Pour prévenir de tels dérapages à l’avenir, il est impératif, selon lui, de renforcer l’enseignement religieux, d’encourager une quête sérieuse du savoir et de rappeler l’importance de se référer aux autorités religieuses compétentes, dans un esprit de réflexion et de sagesse.

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