mercredi , 20 novembre 2019
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Lindsay Rivière

Lindsay Rivière, observateur politique : «Il ne faut pas infantiliser le peuple, il faut le faire réfléchir»

La campagne électorale doit être axée sur l’avenir et doit amener à faire réfléchir le peuple au lieu de l’amuser. Tel est l’avis de Lindsay Rivière. Il dénonce et condamne l’hypocrisie des politiciens eu égard aux « money politics » lors de la présente campagne électorale.

On se dirige vraisemblablement vers une lutte à trois pour les élections générales à venir. À qui peut profiter cette situation ?
À personne en particulier ! Puisque nous allons avoir trois partis très forts s’affrontant et chacun peut tirer avantage de cette situation. Le PTr et le PMSD sont deux vieux alliés et représenteront un vote relativement stable. Par contre, le MSM a rarement été aux élections, seul. En 1995, il avait réalisé 21% mais sir Anerood Jugnauth a toujours veillé à ce que le MSM brasse très large avec plusieurs alliés au cours des différentes élections. Cette fois, le MSM a choisi d’aller seul en adoptant une stratégie de rouleau-compresseur. Il pense pouvoir passer de sa force historique de 20% à probablement 40% ou plus. C’est une stratégie risquée qui peut être payante mais qui peut aussi résulter en d’énormes déceptions. Quant au MMM, il a toujours été autour des 25%-30%. Le fait d’aller seul va créer pas mal d’enthousiasme chez ses partisans qui étaient absolument insatisfaits des alliances contractées. Le MMM prend peut-être d’énormes risques mais ça va être difficile pour lui de viser plus de 30% des suffrages et plus d’une quinzaine de sièges.

Le MMM n’arbore donc même pas son statut d’outsider ?
Non. Il peut être considéré ainsi selon les circonscriptions. Dépendant de ses performances dans les villes, le MMM est capable de viser une vingtaine de sièges. Je crois qu’il vise surtout à être en position d’arbitre.

Nous ne pouvons parler de campagne électorale sans évoquer les « money politics »…

Ah ! Money politics ! C’est la grande hypocrisie du débat politique à Maurice. Chaque élection à Maurice coûte entre Rs 500 millions et Rs 1 milliard et la facture augmentera d’élection en élection. Le projet de loi sur le financement des partis politiques a été rejeté et donc, les partis demeurent dépendants des donateurs. Cela a été ainsi pendant longtemps et c’est une grande hypocrisie de faire croire que c’est la première fois qu’il y aura de l’argent en jeu lors des élections. Des centaines de millions de roupies sont en circulation et il ne faut pas se voiler la face.

Des centaines de millions de roupies sont en circulation et il ne faut pas se voiler la face»

En l’absence d’un cadre légal, les partis n’auraient-ils pas dû faire le premier pas et prôner la transparence au niveau des dépenses ?
Là encore c’est une hypocrisie. Je ne crois pas que les partis sont vraiment intéressés à prôner la transparence sur leur financement. Le projet de loi sur le financement des partis politiques était d’ailleurs une supercherie. Cela n’aurait pas stoppé la contribution par centaines de millions de roupies des compagnies privées.

Y-a-t-il une utilisation judicieuse des réseaux sociaux de la part des politiciens lors de cette présente campagne?
Les réseaux sociaux sont à la fois un grand progrès démocratique – parce qu’ils démocratisent l’information – mais aussi le véhicule de palabres, de grossièretés et de banalités qui affectent considérablement notre démocratie. Il faut trouver un juste milieu entre d’une part l’expression de l’opinion et le partage de l’information et de l’autre, le caractère spectacle et palabre de la politique. Là encore, ce sera au peuple de choisir s’il veut une démocratie saine et intelligente ou sombrer dans une politique déroutante et inappropriée.

Sinon, quel est votre avis sur la déclaration ethnique des candidats ?
Je suis avec énormément d’intérêt le combat de Rezistans ek Alternativ (ReA) pour que les Mauriciens aient le droit de poser leur candidature sans avoir besoin de s’enfermer dans une communauté. De nos jours, il y a de plus en plus de métissage à Maurice. Les partis politiques évitent ce choix et j’espère que la Cour suprême tranchera rapidement ce débat, dans un sens ou dans l’autre. En même temps, il faut aussi réfléchir sur les moyens alternatifs afin d’assurer une représentation adéquate de tous les intérêts cohabitant à l’île Maurice.

Quels doivent être les thèmes de campagne ?
La campagne doit être axée sur l’avenir et la modernité. Clairement, Maurice a connu d’énormes changements au cours de ces vingt dernières années sur plusieurs plans : infrastructurel, technologique, éducatif, social etc. Il s’agit maintenant en 2020 de changer de braquet tout en ayant un regard sur le monde qui émerge. Il y a un monde qui meurt et un autre qui se lève. Il faut que Maurice soit une partie de ce nouveau monde sur les plans économique et technologiquepas . Que les partis nous expliquent comment ils comptent nous amener vers cet avenir au lieu de limiter la campagne à des palabres pour amuser le peuple. Il ne faut pas infantiliser le peuple, il faut le faire réfléchir sur notre avenir, celui de nos enfants et notre place dans le monde en 2020. Peut-être suis-je un rêveur mais les Mauriciens sont prêts pour ce type de politique.

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