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Hassen Oderuth : le destin d’un bâtisseur précoce

  • À 10 ans, il construisait déjà une maison pour sa famille

À 47 ans, Hassen Oderuth est maçon. Il sillonne l’île au gré des chantiers, façonnant les maisons des autres sous le soleil, dans la poussière ou sous la pluie. Mais l’ouvrage le plus marquant de son existence, il l’a entrepris dès l’enfance : bâtir un toit en dur pour protéger sa famille. En ce mois de Ramadan, il revient sur un parcours jalonné de sacrifices, de foi et de persévérance.

Né en 1979, Hassen Oderuth, deuxième d’une fratrie de six enfants dont trois frères et une sœur, grandit dans un foyer modeste. Sa mère, Gowri, est femme au foyer. Son père est marchand de légumes. Une vie simple, rythmée par le travail et les fins de mois difficiles. « On n’avait pas beaucoup, mais on avait l’amour. Ma maman faisait tout pour nous. Mon père travaillait dur au marché. »

La maison familiale, en tôle, était fragile. Lors des cyclones et des grosses pluies, la peur s’installait. Le vent s’infiltrait, l’eau coulait, et la chaleur devenait insupportable en été. « Je n’oublierai jamais les nuits de cyclone. On avait peur que le toit s’envole. Ma maman pleurait parfois. Moi, je me disais : un jour, je vais construire une maison en béton pour elle. »

Le choix d’abandonner l’école

Ce rêve, il l’a fait sien à l’âge de 8 ans. À 9 ans – en 1988 – il prend une décision qui changera sa vie : arrêter l’école primaire pour travailler comme manœuvre maçon. Son père refuse d’abord. « Il voulait que j’étudie. Il me disait : ‘lekol pli importan’. Mais j’insistais. Je voulais aider. Je voulais construire cette maison. »

Face à la détermination de son fils, son père finit par accepter. Le petit garçon entre alors dans le monde du travail. Il transporte des briques, prépare le ciment, nettoie les chantiers. Les journées sont longues, le corps fatigue, mais la volonté est plus forte. « Je n’avais que 9 ans, mais dans ma tête, j’étais déjà responsable. »

Le sourire d’une mère

Un an plus tard, à seulement 10 ans, il commence la construction d’une maison en briques à Plaine-des-Papayes. Chaque week-end, chaque roupie économisée est consacrée au projet. « Ce n’était pas facile. J’économisais tout. Je ne dépensais presque rien pour moi. Je pensais à ma maman, à mes frères et sœurs. »

Un an plus tard, la maison de deux pièces est terminée. Deux petites pièces, mais un immense bonheur. « Le jour où on est entrés dans la maison, j’ai vu le sourire de ma maman. C’était ma plus grande récompense. »

Au fil des années, Hassen ajoute quatre autres pièces. La maison grandit, tout comme la fierté du jeune maçon. « Un enfant de 10 ans qui construit une maison pour ses parents… c’est un miracle. Mais Allah est grand. Quand l’intention est pure, Il ouvre les portes. »

Son père est décédé en 2022. Mais il a eu le temps de voir l’œuvre de son fils. « C’était son plus grand bonheur. Il était fier de moi. Aujourd’hui, ma mère remercie Allah chaque jour pour cette maison. »

La foi comme socle

En ce mois de Ramadan, Hassen parle avec émotion de sa foi. Depuis l’âge de 7 ans, il n’a jamais manqué un seul jeûne. « Même quand j’étais petit, je voulais jeûner. Pour moi, le mois de Ramadan, ce n’est pas seulement ne pas manger. C’est purifier son cœur. »

Travailler comme maçon en période de jeûne n’est pas évident, surtout en été. « Sous le soleil, porter des briques, préparer le ciment, monter les murs… le corps fatigue. La gorge est sèche. Mais la foi est plus forte. »

Il commence tôt le matin pour pouvoir terminer un peu plus tôt et être à l’heure pour l’iftar. « Je ne rate jamais la prière. Même sur un chantier, je trouve un coin propre. La prière, c’est ma force. »

Pour lui, Ramadan est une source de prospérité et de bienfaits. « Depuis l’âge de 7 ans, je n’ai jamais raté un jeûne. Allah m’a toujours protégé. Il m’a donné la force de travailler, de construire, d’élever mes enfants. »

Une famille, une continuité

Le 4 juin 2001, Hassen célèbre son nikah avec Reezma. Une union solide, bâtie sur le respect et la foi. « Ma femme a toujours été à mes côtés. Elle connaît mon parcours. Elle sait d’où je viens. »

De leur union sont nés trois enfants. L’aîné, Ryad, 22 ans, travaille comme coiffeur. Rameez, 18 ans, est en HSC. Hameez, 15 ans, est en Form 4. Hassen parle d’eux avec une immense fierté. « Allah m’a donné des enfants respectueux et travailleurs. C’est ma richesse. »

Contrairement à lui, il tient à ce qu’ils poursuivent leurs études. « Je leur dis toujours : ‘Moi, j’ai arrêté l’école pour une raison. Mais vous, étudiez. Ayez un diplôme. Construisez votre avenir.’ »

Grâce à des années de travail acharné, il a pu acheter un lopin de terre dans un morcellement à Plaine-des-Papayes. Là encore, il a construit sa propre maison pour sa famille. « Quand je pose une brique, je sais ce que ça représente. Ce n’est pas juste un mur. C’est la sécurité, la dignité, l’espoir. »

Malgré son emploi du temps chargé, il rend visite à sa mère aussi souvent que possible. « Ma maman, c’est ma bénédiction. Tant qu’elle est là, je me sens protégé. »

Une réussite à sa mesure

Sur les chantiers, tout le monde connaît Hassen pour son sérieux. « Je travaille partout où on m’appelle. Nord, Sud, Est, Ouest… peu importe la distance. Quand quelqu’un me fait confiance pour construire sa maison, je donne le meilleur de moi-même. »

Il ne compte plus les maisons qu’il a bâties. « Chaque maison a une histoire. Je me dis toujours : peut-être qu’un enfant dormira en sécurité grâce à ces murs. »

Son parcours n’a pas été sans difficultés. Les périodes creuses, les blessures, la fatigue… « Il y a des jours où c’est dur. Mais je me rappelle d’où je viens. La maison en tôle, les cyclones, les larmes de ma maman… et je continue. »

Pour lui, la réussite ne se mesure pas en richesse matérielle. « La vraie richesse, c’est la paix dans le cœur. C’est voir sa famille à l’abri. »

Aucun regret

Aujourd’hui, à 47 ans, Hassen ne regrette rien. « Si c’était à refaire, je le referais. Parce que j’ai vu le bonheur dans les yeux de mes parents. » Il espère que son histoire inspirera d’autres jeunes. « On peut commencer petit. Même très petit. L’important, c’est d’avoir un rêve et de travailler pour le réaliser. »

En ce mois de Ramadan, lorsqu’il rompt le jeûne entouré de sa famille, il mesure le chemin parcouru. « Je remercie Allah pour chaque brique posée, chaque goutte de sueur, chaque prière exaucée. »

Son histoire n’est pas celle d’un homme célèbre. C’est celle d’un homme debout. Un bâtisseur au sens propre comme au figuré. « Je suis maçon. Je construis des maisons. Mais Allah m’a appris à construire aussi ma vie. »

Une maison, une histoire

Dans le silence du soir, après l’iftar, lorsqu’il lève les mains en prière, Hassen pense à l’enfant qu’il était. Un enfant de 8 ans qui rêvait d’un toit en béton. Un enfant de 10 ans qui transformait ce rêve en réalité. « Tout est possible quand on a la foi et le courage. »

À Plaine-des-Papayes, la maison en briques se dresse toujours, témoin d’un amour filial hors du commun. Et chaque jour, quelque part à Maurice, Hassen Oderuth continue de poser des briques, fidèle à sa mission.

Bâtir pour protéger. Travailler pour aimer. Jeûner pour se purifier. Et remercier, toujours, pour les miracles que seule la foi peut accomplir.

Azeem Khodabux

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