dimanche , 25 juillet 2021

Eid-ul-Adha : Bef dan disab

Parmi les 11 personnes au monde qui meurent de faim chaque minute, il pourrait y en avoir qui sont près de nous. En ce moment, nous comptons, uniquement dans le sud de Madagascar, presque un million de personnes mal nourries et douze mille qui souffrent de sévère malnutrition.

Ils ont subi la pire sècheresse de ces trente dernières années. Des tempêtes de poussière liées à la déforestation, conséquence du changement climatique, font aussi que même les cactus n’y poussent plus pour les sauver de la famine. Nous, leurs voisins, pouvons les aider. Les autorités comme les ONG doivent se mobiliser. Mais, individuellement, nous pouvons aussi faire une différence. Les donations peuvent se faire par internet à travers, entre autres, le Programme Alimentaire Mondial ou Médecins Sans Frontières.

Qurbani

Alors que le monde musulman fêtera l’Eid-ul-Adha, même si la pandémie ne permettra pas de grandes réjouissances, nous ne pouvons oublier nos voisins qui meurent de faim. Selon la tradition musulmane, il n’existe pas d’acte qui soit autant aimé de Dieu comme ceux effectués les jours menant à la commémoration du sacrifice d’Abraham, le qurbani. Autre que cette pratique qui s’inscrit dans le cadre d’un acte d’adoration recommandé pour les familles qui en ont les moyens, nous avons maintes opportunités de faire preuve de solidarité envers nos voisins malgaches par le biais de diverses donations, en ligne ou autrement. Celui qui sauve une vie, c’est comme s’il a sauvé l’humanité entière…

À partir de fonds venant de Maurice, mais aussi de la Réunion et d’ailleurs, le sacrifice d’animaux à Madagascar permet également de nourrir ces nécessiteux qui ont faim. Certes, c’est préférable d’accomplir le qurbani soi-même chez soi. Pour ceux qui ne peuvent se le permettre à cause du coût trop élevé ici, de contraintes multiples ou à cause de la pandémie, le qurbani à Madagascar peut être une solution acceptable, utile et prioritaire même. Particulièrement pour ceux qui font plusieurs qurbanis optionnellement, car ils auront ainsi la possibilité d’aider nos voisins.

COVID-19

À Madagascar cette année, la Covid-19 a amplifié la crise humanitaire avec presque 1 000 décès officiellement. Les tests sont insuffisants, mais des pics de positivité alarmants de plus de 30% à la Covid-19 ont été notés. La malaria fait aussi rage ajoutant à la comorbidité, sans mentionner la pauvreté extrême qui a toujours existé. Une vraie syndémie s’est installée avec notamment le manque d’accès aux soins et à l’eau potable. Sur une population de 25 millions, quelque 75% n’ont pas d’électricité, rendant difficile la préservation des vaccins même dans les rares centres de santé. Lorsque ces vaccins existent…

Les frontières sont fermées à Madagascar, une mesure que les autorités renouvellent chaque quinze jours depuis mars 2021. Toutefois, des ONG comme des bénévoles s’activent sur place pour acheminer l’aide de la capitale jusqu’aux villages éloignés les plus affectés par la menace de famine. Il est de notre devoir de les soutenir. Il faudra faire un maximum avant l’arrivée de la saison ‘maigre’ en octobre, par exemple avec l’installation de systèmes d’irrigation et d’approvisionnent en eau avec des pompes à énergie solaire. Pourquoi ne faisons-nous pas des collectes de vivres et de matériels, et n’organisons-nous pas l’envoi de containers vers Madagascar ?

Changement climatique

La sécheresse dans le sud de Madagascar est l’un des effets du changement climatique. Il y a aussi des tempêtes de sable ou de poussière qu’ils appellent ‘tiomena’ et des nuages de sauterelles qui deviennent plus fréquents s’attaquant aux plantations. Déjà, le Grande Ile était la plus vulnérable aux cyclones extrêmes. Tout indique que ce ne serait qu’un début des impacts du réchauffement de la planète, d’autres pays de l’Afrique sub-saharienne seraient aussi menacés comme l’Angola et le Mozambique. Pourtant, ils n’ont presqu’aucunement contribué aux émissions qui provoquent le changement climatique. Il n’existe rien de telle qu’une justice climatique quand les plus précaires sont abandonnés à eux-mêmes.

À Maurice, au-delà de l’aide à nos voisins malgaches comme à travers le ‘qurbani’ et des donations, il nous faut aussi instaurer une solide coopération régionale avec la Grande Ile. Elle pourrait nous fournir non seulement tant de produits de base mais aussi de la biomasse issue d’une agriculture durable pour notre électricité. C’est un projet gagnant-gagnant pour toutes les parties, même pour l’environnement en limitant la désertification. Nous devons prendre bien soin, ici-même, des expatriés et autres travailleurs malgaches qui rendent service à notre économie. Il est indigne de les laisser ici dans des dortoirs lorsqu’ils sont positifs à la Covid-19, simplement parce qu’ils sont pauvres.

À défaut d’une synergie étroite dans l’intérêt du co-développement durable des deux pays, nous échouerons dans notre quête de résilience face au changement climatique, particulièrement dans le contexte post-Covid. La coopération régionale accrue doit faire partie de la nouvelle normalité : finissons-en avec la mentalité bef dan disab. Sinon nous risquons même un jour voir des migrants du climat arriver chez nous. Mais l’urgence aujourd’hui est ailleurs : il faut sauver des vies à Madagascar et nous pouvons le faire, in sha Allah.

Par DR KHALIL ELAHEE

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