Thursday , 4 June 2026

Corruption, crime, complots : les enquêtes s’enchaînent

Depuis janvier, une vague sans précédent d’enquêtes éclate au grand jour, exposant des affaires aussi sensibles que controversées. La relance de l’enquête sur la mort de Soopramanien Kistnen, les allégations de ‘planting’ dans l’affaire Vimen Sabapati, l’extorsion présumée impliquant l’ex-DCIU Northern, et le scandale financier autour du prêt accordé à Menlo Park Ltd, sans compter les valises de devises étrangères appartenant supposément à l’ancien Premier ministre, Pravind Jugnauth, sont autant de dossiers qui secouent l’opinion publique.

Meurtre de Kistnen : une relance d’enquête sous haute surveillance

La mort de Soopramanien Kistnen, agent du Mouvement socialiste militant (MSM), survenue en octobre 2020, refait surface avec la décision annoncée par le Premier ministre, Navin Ramgoolam, de rouvrir l’enquête. Retrouvé calciné dans un champ de cannes à Telfair, Moka, ce cas avait initialement été classé comme un suicide. Cependant, de nombreuses incohérences relevées dans le rapport judiciaire ont soulevé des doutes quant aux conclusions des premières investigations.

Navin Ramgoolam a publiquement critiqué la gestion initiale du dossier, qualifiant le rapport de la magistrate d’ « accablant » pour la police. Selon lui, l’enquête a été entravée par un manque de volonté politique sous l’ancien gouvernement. Une nouvelle équipe du Central Criminal Investigation Department (CCID) a donc été formée pour réexaminer l’affaire, avec le soutien potentiel d’experts internationaux.

Les conclusions précédentes, qui pointaient un suicide, sont désormais remises en cause. La magistrate ayant supervisé l’exercice judiciaire a évoqué un « examen post-mortem truqué », mettant en cause le médecin légiste. Cette relance de l’enquête pourrait ainsi déboucher sur de nouvelles inculpations et révéler des complicités insoupçonnées.

Prêt controversé de Rs 45 M : les Adam arrêtés

Une autre enquête de grande ampleur concerne le prêt suspect de Rs 45 millions accordé par la Mauritius Investment Corporation (MIC) à Menlo Park Ltd. Les directeurs de la société, Mary-Queenie et Stéphane Adam, ont été arrêtés pour fraude présumée, après la découverte que Rs 10,2 millions de ce prêt avaient été transférées sur leurs comptes personnels.

L’affaire prend une tournure politique puisque d’anciens hauts responsables de la MIC et de la Banque de Maurice sont également sous le coup d’investigations. L’ancien ministre des Finances Renganaden Padayachy est même visé par un ordre d’arrestation. Ce scandale illustre les failles dans la gestion des fonds publics et soulève des doutes sur la transparence des institutions financières.

« La seule chose que j’ai à dire : Bonne chance à Rama Sithanen… ‘nothing else’. » Réaction de Stéphane Adam à sa sortie du tribunal de Port-Louis, mardi après-midi. Quant à Mary-Queenie Adam, elle a qualifié leur arrestation de « vendetta politique ».

L’affaire Vimen Sabapati : des vidéos compromettantes

Le dossier de Vimen Sabapati, interpellé avec 10,35 kg d’héroïne en mai 2023, connaît un nouveau rebondissement après la diffusion des « Vimen Leaks 2 » sur TéléPlus. Ces vidéos montrent des irrégularités lors de l’arrestation de Vimen Sabapati et la manipulation supposée des preuves par la Special Striking Team (SST).

Une ancienne policière ayant participé à l’opération a remis ces enregistrements au CCID, ce qui a conduit à l’ouverture d’une enquête sur l’authenticité des images. Ces vidéos, qui seraient susceptibles d’invalider des preuves, ont suscité une véritable controverse au sein des forces de l’ordre. D’anciens membres de la SST estiment qu’il s’agit d’une tentative de discréditer leur travail, tandis que d’autres pointent du doigt une possible fabrication de pièces à charge. L’ex-policière qui a fourni les vidéos affirme craindre pour sa sécurité et a demandé une protection rapprochée.

De son côté, le surintendant Ashik Jagai a porté plainte contre elle, l’accusant de manipulation et de complot contre la SST. Il s’agit d’une affaire où l’opinion publique se divise entre ceux qui dénoncent des abus policiers et ceux qui craignent une instrumentalisation de la justice.

Extorsion présumée : le scandale de la DCIU Northern

L’affaire d’extorsion visant l’ex-membre de la Divisional Crime Intelligence Unit (DCIU) de la Northern Division, Paramasiven Arnasala, met en évidence de possible graves dérives au sein des forces de l’ordre. Arrêté à sa descente d’avion le 3 mars dernier, il est accusé d’avoir dérobé Rs 1,6 million à un éleveur d’animaux lors d’une perquisition en juillet 2024.

Arnasala et ses coéquipiers auraient mis la main sur Rs 3,3 millions trouvées chez la victime, mais n’auraient déclaré qu’une partie de la somme. Face aux accusations, il nie toute implication et soutient que l’opération a été menée en toute légalité. Cependant, il a été inculpé pour « Public Official Using Office for Gratification ».

Ce dossier met en lumière les dérives potentielles au sein des unités d’enquête et suscite des interrogations sur la probité de certains agents censés faire respecter la loi.

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