Tuesday , 27 October 2026

À bord du vol BA2065 de British Airways : Monaf Rosin vole au secours d’une passagère en plein ciel

Il embarquait pour Maurice, le cœur en deuil après la disparition de son beau-frère et ami, Safraz Soobraty. Mais à 35 000 pieds d’altitude, une urgence médicale bouleverse ce voyage douloureux. Lorsqu’une passagère s’effondre, Monaf Hussain Rosin, praticien en anesthésie installé en Angleterre, répond sans hésiter à l’appel de l’équipage. Oubliant pour un instant sa propre peine, il mobilise ses compétences pour secourir cette inconnue. Un remarquable geste d’humanité et d’abnégation qui lui vaut aujourd’hui les honneurs de la presse internationale.

Un voyage sous le signe du deuil

Certains retours au pays ressemblent à des fêtes ; d’autres se font dans les larmes. Le 6 octobre 2026, lorsque Monaf Rosin prend place à bord du vol BA2065 de British Airways, il ne pense ni aux vacances ni aux retrouvailles heureuses. Safraz Soobraty, son beau-frère et ami proche, est mort dans des circonstances tragiques. Il laisse une épouse, des enfants et une famille confrontés à son absence. Monaf rentre pour eux, parce que certaines douleurs exigent une présence.

« Je venais de perdre quelqu’un qui comptait énormément pour moi. Mon objectif était d’être présent pour son épouse et ses enfants, de les soutenir et de les aider à traverser l’une des périodes les plus douloureuses de leur vie », confie notre compatriote. Depuis vingt ans, sa vie se déroule en Grande-Bretagne, mais les liens familiaux n’ont pas perdu leur force. Ce voyage le ramène vers ses racines dans la douleur. Il ignore qu’au milieu du ciel, une autre détresse l’appellera.

Quand l’urgence fait taire la douleur

À environ cinq heures de l’atterrissage, une annonce retentit dans la cabine. L’équipage demande si des professionnels de santé se trouvent parmi les passagers. Une femme d’une cinquantaine d’années vient de s’effondrer. Monaf se porte volontaire, avec d’autres voyageurs possédant une formation médicale. Il ignore tout de cette inconnue et des proches qui l’attendent. Son état réclame une intervention immédiate. « À ce moment-là, je ne pensais pas à mon propre chagrin. Il y avait une personne devant nous qui avait besoin de soins. »

Lorsqu’il la rejoint, la passagère a repris connaissance, mais reste très faible et répond difficilement. Sa saturation en oxygène est basse, sa tension artérielle préoccupante. Loin des hôpitaux, les moyens limités rendent l’intervention délicate. L’hypothèse d’un déroutement d’urgence est évoquée. Monaf, dont le métier lui impose rigueur et sang-froid, procède méthodiquement : évaluation des fonctions vitales, administration d’oxygène, surveillance continue. L’équipage, le commandant de bord et le service médical au sol sont associés à la prise en charge.

Après concertation et obtention de l’autorisation nécessaire, il met en place une voie intraveineuse et administre un traitement contrôlé. Qu’elle ait rouvert les yeux ne suffit pas : son état doit véritablement s’améliorer. Dans ce moment de tension, Monaf ne voit pas seulement une patiente. Il pense à ce qu’elle représente pour d’autres. «  Elle était la mère de quelqu’un, la sœur de quelqu’un, une personne aimée par sa famille. » Ces mots résonnent pour cet homme dont la famille vient de perdre un proche.

Vingt minutes, puis le soulagement

Au bout de vingt à trente minutes, les signes deviennent plus rassurants. La tension artérielle se stabilise peu à peu, le teint de la passagère s’améliore et ses réactions gagnent en netteté. Le déroutement d’urgence peut être écarté. L’appareil poursuit sa route vers Maurice. Monaf refuse pourtant de s’approprier seul cette issue heureuse. Il évoque le travail collectif, les autres intervenants, l’équipage et les conseils médicaux reçus depuis le sol. « Je n’étais pas là pour être considéré comme un héros  », insiste-t-il. Sa satisfaction tient à une chose : avoir pu aider lorsque cela comptait.

C’est le contraste entre les deux événements qui donne à son geste une portée singulière. Il voyageait vers une famille endeuillée et vient de contribuer à éviter qu’une autre vive, peut-être, une tragédie. Il avait embarqué avec une perte irréparable ; il débarquera avec le souvenir d’une vie secourue. Monaf l’exprime sans emphase : « Je voyageais pour faire mes adieux à une personne que j’aimais et que je respectais. Et, pendant le même trajet, j’ai eu la possibilité d’aider à éviter qu’une autre famille ne soit confrontée à une perte similaire. »

L’héritage qui ne l’a jamais quitté

Ce sens de la solidarité plonge ses racines à Port-Louis, où Monaf a grandi entouré de sept sœurs. Son père, aujourd’hui disparu, était journaliste au Rassembleur ; sa mère, elle aussi décédée, soutenait des familles en difficulté. Il se souvient encore de leur enseignement  : « Mes parents nous ont appris des valeurs qui m’accompagnent encore aujourd’hui  : la compassion, le respect, l’humilité et l’importance de prendre soin des autres. » Parti pour Londres en 2006, à 23 ans, il a construit sa vie au Royaume-Uni sans laisser derrière lui les principes reçus dans son enfance.

Aujourd’hui, il habite le Surrey avec son épouse et leurs trois enfants. Praticien en anesthésie au sein du National Health Service et dans le secteur privé, il aime aussi partager son expérience et former les autres. Pour lui, la technique ne dispense jamais d’écouter et de rassurer le patient. Son intervention en vol l’a même amené à réfléchir à l’utilité de tensiomètres numériques adaptés aux cabines bruyantes. Mais la leçon la plus forte demeure humaine  : tandis qu’il allait entourer les siens dans le deuil, Monaf a trouvé la force de se rendre utile à une inconnue. C’est peut-être cela, au fond, l’abnégation.

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