Wednesday , 16 September 2026

Rapport sur l’organisation du Hadj 2026 : Maulana Khodadin expose les failles et réclame une refonte

Le rapport sur l’organisation du Hadj 2026 de Maulana Mohammad Shamim Khodadin – membre de la Hajj Mission – dresse un constat sévère du dispositif mauricien. Au-delà des incidents ponctuels, il met en cause un système marqué, selon lui, par une gouvernance déficiente, un manque de coordination au sein de la Hajj Mission, une sélection insuffisamment transparente des opérateurs et un contrôle limité des prestations. Hébergement, restauration, billets d’avion, itinéraire par Aziziyah, assistance médicale, gestion des plaintes et traçabilité des paiements figurent parmi les principaux sujets de préoccupation. Le document préconise une réforme profonde de l’Islamic Cultural Centre, une professionnalisation de la mission et un encadrement beaucoup plus strict des opérateurs.

Les principales observations du rapport

1. Une organisation jugée trop politisée

Maulana Khodadin commence par replacer les problèmes du Hadj dans un contexte historique. Il estime que la centralisation de son administration et l’intervention croissante du politique ont progressivement affecté la réputation de l’ICC.

Selon lui :

  • l’administration du Hadj aurait fait l’objet d’ingérences politiques  ;
  • des soupçons récurrents de favoritisme et de mauvaise gestion auraient miné la confiance ;
  • certaines questions soulevées à l’Assemblée nationale n’auraient pas obtenu de réponses suffisamment précises ;
  • le rapport sur le Hadj 2025 aurait déjà fait état de manquements et d’activités frauduleuses présumées ;
  • malgré la transmission de ce précédent rapport au commissaire de police, l’auteur ne constate pas d’avancées tangibles, hormis le remplacement du président de l’ICC de l’époque.

Le rapport conclut que l’organisation du Hadj reste largement dépendante de personnes et de rapports d’influence, plutôt que d’un système institutionnel stable, documenté et contrôlable.

2. Une Hajj Mission constituée tardivement et sans critères suffisamment clairs

La Hajj Mission 2026 comprenait 15 membres, principalement issus du conseil d’administration de l’ICC.
Le rapport relève :

  • l’absence apparente de critères publics et objectifs pour choisir les membres ;
  • la présence de personnes qui, selon l’auteur, auraient une expérience ou des compétences limitées en matière de Hadj, d’administration ou de questions religieuses ;
  • la nomination tardive de certains membres, dont l’auteur lui-même, à la veille du départ des pèlerins ;
  • l’absence d’un mandat écrit définissant les responsabilités individuelles ;
  • un manque de préparation collective avant le départ ;
  • une cohésion insuffisante au sein de la mission ;
  • des initiatives prises par certains membres de l’ICC sans consultation de l’ensemble de la mission ;
  • une mauvaise circulation de l’information ;
  • le fait que certains membres aient dû réclamer des explications sur leur rôle alors qu’ils se trouvaient déjà à La Mecque.

Le rapport reconnaît cependant comme un point positif la présence d’oulémas, de médecins et de personnel infirmier dans la mission.

3. Une confusion entre gouvernance et opérations

Le conseil d’administration de l’ICC semble, selon le rapport, intervenir directement dans l’exécution quotidienne de la mission, sans séparation nette entre :

  • la supervision institutionnelle ;
  • la prise de décision ;
  • la gestion opérationnelle ;
  • les fonctions religieuses ;
  • les services médicaux ;
  • la communication ;
  • la relation avec les opérateurs.

Cette confusion aurait contribué aux rivalités internes, aux décisions non communiquées et à l’absence de responsabilité clairement attribuée.

Le rapport souligne également la contribution de l’ambassadeur de Maurice en Arabie saoudite, tout en estimant que celui-ci ne peut assumer à lui seul toutes les responsabilités de l’organisation.

4. Un système de licence des opérateurs insuffisamment transparent

Onze opérateurs ont encadré les pèlerins mauriciens en 2026. Leurs groupes allaient de 83 à 263 pèlerins.
Maulana Khodadin observe que :

  • les mêmes personnes ou organisations opèrent depuis une vingtaine d’années  ;
  • les critères d’octroi et de renouvellement des licences ne seraient pas suffisamment publics ;
  • certains opérateurs auraient continué à exercer malgré les critiques formulées contre eux ;
  • les licences provisoires dépendent notamment de la constitution d’un groupe minimal de 50 pèlerins ;
  • aucun plafond n’est imposé au nombre de pèlerins qu’un opérateur peut prendre en charge ;
  • un assistant est attribué par tranche de 50 pèlerins, sans garantie suffisante quant à sa compétence religieuse ou opérationnelle ;
  • la concurrence entre opérateurs serait déséquilibrée ;
  • certains opérateurs auraient obtenu un accès privilégié à la liste des futurs pèlerins ;
  • la gestion des données et des formalités de visa présenterait des risques de conflit d’intérêts.

5. Des contrats incomplets et peu contrôlés

L’ICC impose théoriquement la signature d’un contrat entre chaque opérateur et chaque pèlerin. Toutefois, selon le rapport :

  • l’ICC ne vérifierait pas systématiquement que tous les contrats ont effectivement été signés ;
  • les modèles utilisés varieraient d’un opérateur à l’autre ;
  • certains contrats seraient trop sommaires ;
  • les prestations promises ne seraient pas décrites avec assez de précision ;
  • l’alimentation, les hôtels, le transport, les ziarats, les frais de service, les remboursements et les recours ne seraient pas toujours clairement encadrés ;
  • l’ICC ne serait pas partie au contrat et disposerait donc de moyens limités pour imposer son exécution.

6. Des billets d’avion réservés trop tardivement

Les pèlerins ont voyagé notamment sur Saudia (Saudi Airlines) et Emirates, à des prix différents.

Le rapport constate :

  • des tarifs nettement plus élevés durant la période du Hadj ;
  • l’absence de justification suffisamment transparente de ces tarifs ;
  • une réservation des sièges seulement deux ou trois mois avant les départs ;
  • une négociation tardive, alors que le calendrier et le nombre approximatif de pèlerins sont connus longtemps à l’avance ;
  • une incertitude sur la possibilité réellement offerte aux pèlerins de choisir leur compagnie aérienne ;
  • une dépendance excessive à l’égard des opérateurs pour transmettre les options disponibles.

Maulana Khodadin cite une estimation selon laquelle une réservation suffisamment anticipée pour 2027 pourrait ramener le billet autour de Rs 35 000. Le rapport lui-même indique toutefois que cette estimation devrait être vérifiée par une consultation concurrentielle documentée.

7. Un contrôle insuffisant des hôtels

Le choix des hôtels est essentiellement laissé aux opérateurs. Le rapport soutient que :

  • les opérateurs négocient individuellement et confidentiellement avec les hôtels ;
  • l’ICC ne connaît pas nécessairement les prix négociés ;
  • les marges réalisées sur l’hébergement ne sont pas transparentes ;
  • la recherche de profit pourrait l’emporter sur le confort et la proximité ;
  • les pèlerins mauriciens sont dispersés entre plusieurs hôtels et plusieurs zones ;
  • cette dispersion complique l’encadrement médical, religieux et administratif ;
  • la mission ne dispose pas toujours d’un accès suffisamment organisé aux hôtels ;
  • les prestations annoncées ne sont pas systématiquement comparées aux conditions réellement fournies.

Le rapport rappelle qu’un ancien système regroupait les Mauriciens dans un même hôtel. Il considère que ce modèle avait des avantages, même s’il aurait nécessité des ajustements.

8. Une restauration coûteuse, opaque et parfois insatisfaisante

La restauration constitue l’un des griefs les plus importants du rapport et des plaintes annexées. Les observations portent sur :

  • l’absence de contrôle des tarifs facturés ;
  • des marges qualifiées d’excessives ;
  • le recours présumé à des prestataires non enregistrés ;
  • des repas répétitifs ;
  • une alimentation parfois trop épicée ou mal adaptée aux habitudes et à la santé des pèlerins mauriciens ;
  • des horaires et quantités jugés inadéquats ;
  • des différences de traitement entre pèlerins ;
  • l’utilisation de l’argument religieux de la patience — « sabr » — pour répondre à certaines critiques ;
  • des conditions d’hygiène contestées dans une plainte annexée ;
  • l’obligation faite à certains pèlerins de payer une restauration incluse dans leur forfait, tout en devant acheter des repas supplémentaires.

9. L’option Aziziyah fortement contestée

L’auteur porte une critique particulièrement sévère contre les séjours à Aziziyah.

Il relève :

  • l’éloignement du Haram Shareef et la difficulté pour les pèlerins d’y accomplir régulièrement leurs prières ;
  • un coût de transport additionnel pouvant atteindre, selon lui, 200 à 240 riyals par trajet durant certaines périodes ;
  • une perte de temps et une fatigue accrue ;
  • des hébergements de type résidence ou guest house d’un niveau inférieur aux hôtels de La Mecque ;
  • une rupture dans le parcours traditionnel Maurice–La Mecque–Hadj–Médine ;
  • une présentation des forfaits difficilement compréhensible pour les nouveaux pèlerins ;
  • le contraste entre quelques nuits dans un hôtel haut de gamme, puis un transfert vers un logement nettement inférieur à Aziziyah ;
  • le soupçon que cet itinéraire soit dicté davantage par les marges commerciales que par l’intérêt spirituel et matériel du pèlerin.

Le rapport pose aussi des questions sur les relations éventuelles entre des membres de l’ICC, certains opérateurs et les responsables d’hébergements à Aziziyah. Il évoque un possible conflit d’intérêts et réclame une enquête. Il ne fournit toutefois pas, à lui seul, une démonstration définitive de ce conflit.

10. Des médecins et des oulémas insuffisamment intégrés

La mission comptait deux médecins et deux oulémas. Selon l’auteur :

  • les médecins n’ont pas reçu tout le soutien nécessaire ;
  • l’un d’eux aurait dû assurer plus de douze heures continues de service à Mina ;
  • il n’existait pas de véritable coordination entre les médecins de la mission et ceux présents dans les groupes ;
  • aucun responsable médical unique ne semble avoir dirigé le dispositif ;
  • il n’y avait pas de planning général de permanence ;
  • les espaces de consultation confidentiels n’étaient pas systématiquement disponibles ;
  • les cas médicaux n’étaient pas centralisés dans un registre complet;
  • les deux oulémas auraient été tenus à l’écart d’une partie des activités de la mission ;
  • leurs interventions auprès des groupes n’auraient pas été planifiées ;
  • médecins et oulémas auraient parfois été sollicités pour des fonctions administratives sans rapport direct avec leur spécialité.

11. Des soupçons de favoritisme dans l’allocation des espaces

Plusieurs opérateurs auraient dénoncé une répartition inéquitable des espaces à Mina, Arafat et Muzdalifah.

Le rapport indique notamment :

  • que certains opérateurs auraient été privilégiés ;
  • que l’allocation aurait été présentée comme ayant été effectuée par intelligence artificielle ;
  • que plusieurs membres de la mission n’auraient pas été associés au processus ;
  • que les tentes avaient déjà été attribuées avant une visite censée permettre de résoudre les contestations;
  • que la méthode, les données utilisées et les critères d’allocation n’ont pas été clairement expliqués.

12. Plusieurs incidents opérationnels

Le rapport recense notamment :

  • l’hébergement temporaire de pèlerins du groupe NK Taher dans une guest house avant leur transfert vers un hôtel approprié ;
  • des sommes jugées excessives réclamées pour des excédents de bagages au sein d’un groupe ;
  • des difficultés initiales pour obtenir l’accréditation du journaliste de la MBC ;
  • une supervision insuffisamment préparée du qurbani ;
  • l’utilisation contestée d’un espace de prière pour d’autres activités ;
  • l’acheminement de pèlerins de La Mecque vers l’aéroport de Médine sans séjour religieux à Médine ;
  • des systèmes de sonorisation perturbant les prières et les dévotions d’autres groupes ;
  • le recours aux réseaux sociaux et aux retransmissions en direct à des fins promotionnelles ;
  • une absence de membres de la mission à Médine lors de l’arrivée d’un premier groupe ;
  • une communication publique très centralisée autour du président de l’ICC ;
  • plusieurs démissions intervenues après les controverses.

13. Une incohérence dans l’application de la règle du mahram

Le rapport cite le cas d’une pèlerine qui aurait voyagé sans son mahram après que celui-ci est tombé malade.
Maulana Khodadin observe que :

  • l’ICC imposait aux autres pèlerines un formulaire et une certification relatifs au mahram ;
  • les autorités saoudiennes ne l’exigeraient plus dans les mêmes conditions ;
  • une exception aurait été accordée sans procédure transparente ;
  • l’ICC aurait donc appliqué ses propres règles de manière inégale.

14. Un système de plaintes embryonnaire

Le rapport considère comme une avancée le fait que les pèlerins aient pu soumettre des plaintes écrites.
Il annexe :

  • cinq plaintes visant NK Taher ;
  • une plainte visant Madani Kaarawaan/Polar Star ;
  • deux plaintes visant Kaafila Travel.

15. Une conclusion malgré tout nuancée

Le rapport ne prétend pas que tout aurait échoué. Il reconnaît, à la page 30, que le Hadj 2026 a connu « des améliorations significatives » dans l’organisation générale.

Néanmoins, ces améliorations seraient fragilisées par un système qui demeure :

  • fragmenté ;
  • dépendant des personnes ;
  • insuffisamment documenté ;
  • peu transparent financièrement ;
  • réactif plutôt que planifié ;
  • dépourvu de mécanismes permanents d’évaluation et d’apprentissage.

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