Depuis peu, il y a comme un sentiment de désespoir dans le pays. Or, ce n’est pas la fin du monde, ni l’enfer qui nous est tombé sur nous. Dans notre psychologie collective, nous ressentons comme si rien n’est bon, rien ne marche, rien ne peut changer pour le mieux.
Les cas de suicide, surtout parmi les jeunes, semblent se multiplier ; les ravages du fléau de la drogue se voient dans chaque quartier ; les récents meurtres et autres crimes avec violence marquent nos esprits ; les accidents de route n’en finissent pas ; le coût de la vie grimpe tout le temps ; l’eau ne coule pas ; l’électricité est plus chère ; les problèmes n’en finissent pas dans notre quotidien et arrêtons là pour ne pas nous déprimer davantage. Nous savons tous de quoi nous parlons ici.
Le gouvernement
Le coupable est tout trouvé, particulièrement parce celui-ci qui nous avait promis ciel et terre. Dans notre sous-conscience, beaucoup conçoivent que les autres, à commencer par les gouvernants, sont responsables de notre malheur. Nombreux imputent notre sort carrément à l’incapacité de ceux qui sont au pouvoir. Comme si nous serons les plus malheureux ou les plus heureux du monde dépendant uniquement de nos dirigeants politiques. Il est superflu de rappeler que ceux-ci n’ont pas arrangé les choses en commettant erreurs sur erreurs. Et leurs opposants n’ont jamais été autant revigorés tablant sur tout ce qui ne marche pas, accentuant également le climat de désespoir à défaut de nous convaincre qu’ils offrent une alternative crédible.
Il est indéniable que les dysfonctionnements qui ne se comptent plus dans notre pays sont la cause directe de notre situation actuelle. Les autorités ont leur part de blâme dans tout ce qui nous arrive. Mais tout n’est pas obligatoirement politique. En disant cela, nous ne défendons pas le gouvernement tout comme, lorsque nous pointons du doigt ce qui ne marche pas, nous ne cherchons pas à faire le jeu de l’opposition. Comme dit l’anglais, il faut avoir le courage de « call a spade a spade », appeler un chat un chat, sans aucunement tomber dans la politique partisane de bas étage.
« Rahmah »
Ce terme est difficilement traduisible, englobant la miséricorde, la bonté, la tendresse, la compassion, la douceur, la bienfaisance, le pardon, la pitié, la générosité même. Certains qui ne se soucient que de leurs avoirs, leurs pouvoirs, leurs gloires, si ce n’est leurs plaisirs matériels éphémères, crieront « Que vient faire rahmah dans nos problèmes ? ». Les gens n’ont pas assez d’argent, ils sentent de l’injustice, le pays souffre… et on ose leur faire un bon discours sur « rahmah » ? Qu’est-ce que cette « rahmah » peut faire pour nous sauver ?
Tout. Absolument tout, lorsque cette « rahmah » nous vient de Dieu. Ceux qui ne sont pas croyants ont le droit de ne pas être d’accord. Ils peuvent même nous prendre pour bêtes, nous ridiculiser, nous insulter aussi. Est-ce nouveau de voir ceux qui n’ont pas la foi s’en prendre ainsi à ceux qui croient, alors que ces derniers ne leur imposent rien ? Il n’y a pas de contrainte dans la religion. Or, le point est que c’est justement à cause du fait d’avoir oublier Dieu que les hommes, finalement, se perdent. La « rahmah » divine a été enlevée, tout au moins en partie, puisque si elle n’existe plus, c’est la fin totale. Dieu merci, nous n’avons pas à payer comptant, immédiatement et ici-même, pour nos erreurs, nos négligences, nos manques, nos transgressions. Vis-à-vis de nous-mêmes d’abord, ensuite des autres, y compris la nature et, bien sûr, aussi envers Dieu.
Ingrats, nous le sommes mais Sa « Rahmah » est infinie, et nous en bénéficions chaque moment sans faire preuve de re-connaissance, de reconnaissance aussi. Les problèmes du quotidien ? Sans Son ordre, ils auraient pu être pires. N’avons-nous ou nos ainés pas connus pire ? Il faut voir ailleurs aussi comment certains sont plus misérables encore. L’électricité chère ? En une demi-journée uniquement, toute l’énergie du monde dont la population de la planète entière consomme nous vient du soleil. Pani nahi ba ? Et pourtant il pleut, et il faut espérer qu’il tombera la pluie encore et encore, là où il faudra. Notre foi nous exige d’ajouter, in sha Allah, avec Sa « Rahmah ».
Est-ce donc de nos institutions diverses, celle de la lutte contre la drogue jusqu’à celle de la sécurité routière en passant par les acteurs dans les secteurs politiques et socio-économiques, que nous nous désespérons tant ? Oui, nous avons le droit n’être déçus d’eux, et nous devons l’être, certainement, si nous croyions que ces créatures et créations humaines nous auraient suffi, sans la « rahmah » du Créateur Unique. Dieu donne le pouvoir à qui Il veut ; l’arrache à qui Il veut. Tout peut changer en une seconde, s’Il le décide. Sa « Rahmah » est notre salut. Mais nous sommes éprouvés : Dieu ne change pas notre état tant que nous ne changions pas ce qui est en nous-mêmes.
Conclusion
Voilà notre secret, si c’est cela la clé qui nous fait défaut. Ceux qui ne partagent pas notre foi ont le droit de se détourner de ce que nous témoignons ici. Nous affirmons que nous avons besoin de la « rahmah » divine et qu’il ne faut pas prendre nos moyens et nous-mêmes, les hommes, comme des dieux qui ont le pouvoir de nous sauver. Il nous faut agir de notre mieux avec intelligence, ensemble, mais il faut aussi implorer la « rahmah » de Dieu, sincèrement, « rahmah » qui ne provient que de Lui seulement. Pour y arriver, reconnaissons notre dépendance absolue sur Dieu, retournons vers Lui, faisons amende honorable pour nos déviations et invoquons pleinement Sa Miséricorde, Bonté, Tendresse, Compassion, Douceur, Bienfaisance, Pardon, Pitié, Générosité… « Rahmah ».
Espérer en Dieu uniquement, c’est aussi de ne pas désespérer humainement de tous nos semblables. Sans qu’il y ait contradiction entre les deux niveaux où repose notre confiance, en soi-même et en autrui. Concrètement, terminons par un exemple qui fait l’actualité. Depuis le début de l’année 2025, sur 681 appels reçus par la hotline 188 destinée à la prévention du suicide, symptôme d’une société en désespoir, près de deux tiers concernaient des mineurs de 8 à 16 ans ! C’est peut-être que le tip de l’iceberg. Le suicide est devenu la troisième cause de décès chez les 15-24 ans.
Nous n’avons pas le droit de promouvoir une culture du désespoir par nos pensées, nos paroles et nos actes. Y compris par les réseaux sociaux qui ont un impact explosif de nos jours. Les politiques doivent avoir un discours de confiance positive et un engagement dynamique sur le terrain. Les socioreligieux doivent se réveiller, surtout ne pas faire de la haine communale un fonds de commerce. Notre système éducatif est à réinventer : soyons sereins que nous avons les capacités de surmonter ce défi, par la grâce divine. C’est une priorité. Et les jeunes qui sont maintenant même au bord du suicide doivent être entendus avec toute la « rahmah » que nous devons leur accorder. Il faut leur dire que Dieu est « Al Rahman ». Il ne place sur personne un fardeau qui n’est pas possible de supporter. Il ne faut jamais, jamais, jamais se désespérer de Lui !
Par PROF. KHALIL ELAHEE
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