- Narmeen : « Papa faisait toujours passer ses enfants avant lui »
À 48 ans, Parwez Bolaky est parti brutalement, laissant derrière lui une épouse, deux enfants et des parents anéantis. Père aimant, attentionné et toujours présent pour les siens, il avait fait de sa famille le centre de sa vie. Sa disparition soudaine, dans un accident à Rivière-du-Rempart samedi dernier, laisse aujourd’hui un vide immense, particulièrement pour sa fille Narmeen, 16 ans, qui garde en mémoire leurs derniers mots échangés quelques instants avant son départ.
À16 ans, Narmeen Bolaky parle de son père au passé. Une réalité encore difficile à accepter pour l’adolescente, tant Parwez Bolaky occupait une place centrale dans la vie de ses enfants. Présent, doux et profondément attaché aux siens, il était de ces pères qui ne comptaient ni leur temps ni leurs efforts lorsqu’il s’agissait de leur famille.
La dernière conversation…
Depuis ce samedi 25 juillet, pourtant, tout a changé. À la maison, il reste désormais ses habitudes, ses souvenirs, ses paroles. Et surtout cette dernière conversation que Narmeen repasse sans cesse dans sa tête. Quelques mots échangés presque machinalement avant que son père ne prenne la route pour Port-Louis.
Narmeen se souvient de chaque mot. De cette conversation ordinaire avec son père, de celles auxquelles on ne prête pas vraiment attention parce qu’on pense qu’il y en aura encore des centaines d’autres. Ce samedi-là, Parwez Bolaky s’apprêtait à sortir. La semaine suivante, la famille devait assister au mariage de l’une de ses cousines à Terre-Rouge. La veille, son épouse et sa fille avaient déjà repéré pour lui un vêtement dans un magasin. Il ne lui restait qu’à aller l’acheter à Port-Louis.
Avant qu’il ne franchisse la porte de la maison, Narmeen, 16 ans, le taquine : « Mo ti dir li : ‘Papa, to pe al aste to linz, to kontan atann dernye moman. »
Son père lui répond qu’il va justement l’acheter. Il envisage un polo avec un paletot sport. Sa fille n’est pas convaincue.
« Mo ti dir li : ‘Non papa, aste enn T-shirt normal, san kol.’ Li ti dir mwa : ‘Ok, mo pou aste li.’ »
Puis Parwez est parti.
Aujourd’hui, ces quelques mots tournent en boucle dans la tête de l’adolescente : « Sa finn vinn nou dernye konversation… »
Quelques instants plus tard, l’homme qui était simplement sorti acheter une tenue pour un mariage familial perdait la vie sur la route à Rivière-du-Rempart. Il avait 48 ans.
Un père attentionné
Pour Narmeen, son petit frère de 11 ans et leur mère, une vie entière venait de basculer. Depuis le drame, Narmeen cherche son père dans ses souvenirs. Pas dans les grandes occasions mais dans les gestes du quotidien.
Elle revoit cet homme qui, malgré son travail à l’hôtel Oberoi, trouvait du temps pour ses enfants. Celui qui venait les récupérer après leurs cours particuliers lorsque son emploi du temps le permettait. Celui qui veillait sur eux, demandait ce dont ils avaient besoin et plaçait leur bien-être avant le sien.
« Papa était très attentionné. Il faisait toujours passer ses enfants avant lui. Il ne nous refusait jamais rien et il trouvait toujours du temps pour nous, malgré son travail. »
Ce père-là, raconte-t-elle, ne criait pas sur ses enfants. Il donnait surtout son temps. « Mon père est irremplaçable. Il ne nous a jamais crié dessus. Il nous a toujours donné son temps et son amour », confie Narmeen, émue.
Pour une adolescente de 16 ans, le mot « irremplaçable » prend désormais tout son sens.
Son père ne viendra plus la chercher après les cours. Il ne sera plus là pour les petites discussions à la maison, les conseils, les plaisanteries ou ces conversations anodines dont on comprend parfois la valeur seulement lorsqu’elles deviennent les dernières.
« Tout le monde l’appréciait »
Aussi, pour Narmeen, Parwez n’était pas seulement un père présent. C’était aussi un homme généreux, tourné vers les autres.
Très attaché à sa foi, il accomplissait ses prières et participait à la vie de la mosquée Khidmat-Ul-Moomenine, à Rivière-du-Rempart. Il assistait aux réunions du Jamaat et s’impliquait également dans les activités sociales de sa communauté.
Narmeen se souvient d’un père qui ne restait pas indifférent lorsque quelqu’un avait besoin d’aide. « Lorsqu’une famille organisait un khatam, il était toujours parmi les premiers à proposer son aide. Il faisait aussi des dons à la mosquée et aidait les personnes dans le besoin, que ce soit financièrement ou autrement. »
Puis elle ajoute : « Tout le monde l’appréciait pour sa gentillesse et son grand cœur. »
Ses funérailles ont eu lieu le jour même. Parents, amis, proches et compagnons de football sont venus lui rendre un dernier hommage. Depuis, les messages se multiplient également sur les réseaux sociaux.
Mais derrière les hommages, il reste surtout une maison où une place demeurera vide.
Une collision frontale fatale
Samedi dernier, le 25 juillet, sur la route de Rivière-du-Rempart, la Honda conduite par Parwez est entrée en collision frontale avec un autre véhicule. Selon les premiers éléments, la voiture venant en sens inverse aurait dévié de sa voie avant de percuter la sienne.
Les secours sont intervenus. Mais pour Parwez, il était déjà trop tard. Le personnel du SAMU n’a pu que constater son décès.
L’autopsie devait par la suite déterminer qu’il avait succombé à une fracture de la colonne cervicale avec lésion de la moelle épinière.
Le conducteur de l’autre véhicule, âgé de 36 ans, a également été blessé et admis dans une clinique sous surveillance policière. Les circonstances exactes de la collision font l’objet d’une enquête.
Mais pour les Bolaky, aucune explication ne pourra combler le vide laissé dans la maison.
Le football, sa passion
Il y avait aussi le ballon rond. Parwez aimait profondément le football, une passion partagée avec son père Rashid, lui-même ancien joueur.
Il jouait encore pour un club de la région, Sporting Boys. Et lorsqu’il ne se trouvait pas sur le terrain, son cœur battait pour Liverpool.
Ce samedi-là, il avait d’ailleurs prévu de suivre dans la soirée un match amical de son équipe favorite face à Sunderland. Un rendez-vous qu’il ne verra jamais.
Ce détail, aussi simple soit-il, raconte peut-être mieux que tout le caractère brutal de sa disparition. Jusqu’à ce matin-là, Parwez avait des projets. Un vêtement à acheter. Un mariage auquel assister. Un match à regarder. Des enfants à accompagner. Des parents auprès desquels rentrer.
Une vie ordinaire, avec ses habitudes et ses petits rendez-vous.
Puis, en quelques secondes, tout s’est arrêté.
Rashid Bolaky perd son deuxième enfant
La douleur de Rashid Bolaky porte aussi le poids d’un autre deuil. Parwez était son seul fils. Quelques années auparavant, Rashid et son épouse avaient déjà perdu leur fille, emportée par la maladie. Ils n’avaient que deux enfants.
« Je n’avais qu’un fils et une fille. Aujourd’hui, ils sont tous les deux partis. »
Une phrase qui résume à elle seule l’immensité de son chagrin. Il y a environ un an et demi, Parwez avait fait venir ses parents vivre avec lui à Morcellement Blue-Print. Il voulait les avoir auprès de lui. Prendre soin d’eux. Veiller sur eux comme il veillait sur ses propres enfants. « Il nous avait fait venir avec lui, sa maman et moi. Il était toujours là pour nous », raconte Rashid.
À 48 ans, Parwez se trouvait ainsi au cœur de plusieurs générations : fils attentionné pour ses parents, époux, père de deux enfants.
Du jour au lendemain, tous ont perdu celui sur lequel ils pouvaient compter.
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