Son épouse et son fils ne sont jamais montés dans l’avion. Mais les visas délivrés à leurs noms ont suffi à placer Shamad Ayoob Saab, le chairman de l’Islamic Cultural Centre, et ses proches au cœur d’une dénonciation adressée à la Financial Crimes Commission.
Ils ne sont pas partis. Shabana Ayoob Saab et Mohummad Sajjad Ayoob Saab, l’épouse et le fils du Chairman de l’Islamic Cultural Centre (ICC), ne se sont finalement pas rendus en Arabie saoudite dans le cadre de la mission mauricienne du Hadj.
Mais leurs visas, eux, avaient déjà été délivrés. Et c’est précisément ce qui place aujourd’hui toute la famille au centre d’un dossier transmis à la Financial Crimes Commission (FCC).
Deux documents portent leurs noms. Le premier visa a été accordé à Shabana Ayoob Saab. Il porte le numéro 6166204455 et était valide à partir du 20 avril 2026.Le second a été délivré à Mohummad Sajjad Ayoob Saab. Il porte le numéro 6166280606 et était valide à partir du 24 avril 2026.
Ils n’ont pas été utilisés. Pourtant, leur seule délivrance suffit désormais à soulever une série de questions sur le rôle du Chairman, sur la place de ses proches dans la mission et sur la manière dont ces deux visas ont été obtenus.
Le Chairman, son épouse et son fils
Shamad Ayoob Saab dirige l’ICC, organisme chargé de l’organisation du Hadj. C’est lui qui avait écrit, le 17 avril 2026, à l’ambassadeur du Royaume d’Arabie saoudite à Maurice pour réclamer cinq visas supplémentaires. La demande était officielle. Le Chairman expliquait que ces visas devaient servir à renforcer l’équipe chargée d’encadrer les pèlerins mauriciens en Arabie saoudite.
Quelques jours plus tard, deux visas étaient délivrés au nom de son épouse et de son fils. C’est cette proximité entre la fonction du Chairman, la demande officielle et l’identité des bénéficiaires qui alimente aujourd’hui la dénonciation.
Les auteurs de la lettre adressée à la FCC veulent savoir si les deux proches auraient obtenu ces visas sans la position de Shamad Ayoob Saab à la tête de l’ICC. Ils demandent également si le Chairman avait lui-même proposé ou approuvé leurs noms.
Une affaire de famille devenue affaire publique
Au départ, il s’agissait d’une demande de visas supplémentaires pour renforcer une mission administrative. Mais à partir du moment où l’épouse et le fils du signataire figurent parmi les bénéficiaires, l’affaire change de dimension. Le soupçon s’installe. L’affaire ne concerne plus seulement l’organisation du Hadj. Elle touche directement à l’exercice de l’autorité, à la sélection des bénéficiaires et à la frontière entre responsabilité publique et intérêt familial.
Les dénonciateurs parlent d’un possible « alleged use of official position », soit l’utilisation alléguée d’une fonction officielle. Ils demandent à la FCC de vérifier si l’autorité du Chairman a pu servir à faire obtenir un avantage à deux membres de sa famille immédiate.
La question est d’autant plus sensible que les visas n’étaient pas présentés comme de simples autorisations accordées à des pèlerins ordinaires. Ils devaient, selon la demande officielle, être utilisés pour renforcer l’équipe administrative de la mission mauricienne.
Quel rôle pour les deux proches ?
L’épouse et le fils du Chairman devaient-ils réellement faire partie de cette équipe ? Avaient-ils été officiellement nommés ? Quelles fonctions leur avaient été attribuées ? Possédaient-ils l’expérience et la formation nécessaires pour encadrer les pèlerins ?
Les dénonciateurs demandent à la FCC d’examiner ces points. Ils veulent aussi savoir si d’autres personnes qualifiées avaient été écartées au profit des deux proches. L’enjeu dépasse donc les visas eux-mêmes. Il porte sur la raison pour laquelle Shabana Ayoob Saab et Mohummad Sajjad Ayoob Saab avaient été retenus parmi les bénéficiaires d’une demande faite au nom de la mission.
Une intervention avant le départ
Le voyage n’a finalement pas eu lieu. Selon les éléments soumis à la FCC, une intervention en haut lieu aurait mis fin au projet. L’objectif aurait été d’éviter une polémique qui aurait pu entrer en contradiction avec les promesses de changement dans le style de gestion annoncées après l’installation du nouveau gouvernement.
Shamad Ayoob Saab aurait alors été sommé de renoncer à la participation de son épouse et de son fils. Ils ne sont donc pas montés dans l’avion. Mais le coup d’arrêt est intervenu après la délivrance des visas. C’est là que se trouve le point le plus délicat du dossier.
Le voyage annulé, pas l’affaire
Pour les dénonciateurs, le non-départ ne suffit pas à refermer le dossier. Le projet de voyage a été abandonné. Mais les visas avaient déjà été demandés, traités et délivrés.
La question ne porte donc pas seulement sur leur utilisation. Elle porte sur leur obtention. Comment l’épouse et le fils du Chairman ont-ils été intégrés parmi les bénéficiaires ? Qui a soutenu leurs dossiers ? Le lien familial avait-il été déclaré ? Et auraient-ils reçu ces visas sans la demande officielle signée par Shamad Ayoob Saab ?
Les dénonciateurs veulent que la FCC tranche ces questions.
Deux visas devenus un lourd héritage
Shabana Ayoob Saab et Mohummad Sajjad Ayoob Saab ne sont finalement pas partis pour le Hadj. Ils n’ont pas pris place dans la mission. Ils n’ont pas utilisé les visas délivrés à leurs noms. Mais ces deux documents ont déjà produit leurs effets. Ils ont exposé le Chairman à une dénonciation. Ils ont placé son épouse et son fils au centre d’une controverse. Ils ont transformé une demande administrative en affaire publique. La FCC est désormais appelée à déterminer si ces deux visas étaient une simple facilité accordée dans le cadre de la mission ou le résultat d’un avantage obtenu grâce à la position du Chairman.
Le voyage n’a jamais commencé. Mais pour la famille du Chairman, l’affaire, elle, a déjà décollé.
Farouk Barahim réclame une refonte complète de l’ICC
Farouk Barahim, ancien membre de l’Islamic Cultural Centre, va adresser une lettre au Premier ministre, Navin Ramgoolam, lundi, pour lui faire « un appel solennel » d’un changement complet dans la gestion de l’organisme et du Hadj. Il demandera la révocation du Chairman Shamad Ayoob Saab, le remplacement de l’ensemble du board et le retrait du dossier du Hadj au ministre Shakeel Mohamed.
« C’est inacceptable que l’épouse et le fils du Chairman aient obtenu des visas », affirme-t-il. Selon lui, peu importe la nature de ces visas. « S’ils découlent du poste occupé par Shamad Ayoob Saab, il s’agit d’un abus de fonction. S’ils constituent un cadeau d’une ambassade, comme certains veulent le faire croire, il s’agit alors d’une gratification. » Farouk Barahim estime que le fait que les deux bénéficiaires aient voyagé ou non ne change rien. « L’essentiel, c’est qu’ils ont obtenu des visas. »
L’ancien membre de l’ICC affirme qu’une telle situation ne se serait pas produite si Feizal Dilhossain et lui siégeaient encore au board. Il dit qu’ils jouaient alors un rôle de « chiens de garde » et qu’ils avaient déjà signalé des irrégularités en 2025.
Farouk Barahim demandera également que le dossier du Hadj ne soit plus confié au ministre Shakeel Mohamed. Il souligne que Shamad Ayoob Saab est un proche collaborateur du ministre et occupe le poste de Senior Chief Executive au ministère du Logement.
Pour redonner à l’ICC et à l’organisation du Hadj leur crédibilité, il estime qu’il faut repartir de zéro avec une nouvelle équipe. « Pas une équipe de béni-oui-oui, mais des professionnels constructifs, capables de servir de remparts contre tout abus. »
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