Monday , 27 July 2026

Shabnaam entre la vie et la mort : femme battue, mère courage

Pendant des années, Shabnaam Bibi Annoowar aurait vécu sous les coups, les insultes et les humiliations. Cette mère de 33 ans est pourtant restée, portée par l’espoir de préserver ses deux enfants et de sauver son foyer.

Aujourd’hui, après avoir été sauvagement agressée, selon l’enquête, par son époux Faizal Mirzane, elle lutte entre la vie et la mort à l’hôpital. Sa fille de 10 ans et son fils de cinq ans attendent son retour.

Elle avait déjà essayé de partir. Après un épisode de violence, Shabnaam avait quitté le domicile conjugal avec ses enfants pour trouver refuge chez sa mère, Waheda Annoowar. Pendant cinq mois, elle avait vécu loin de cette maison où, selon sa mère, les coups et les humiliations étaient devenus une habitude. Elle aurait pu ne jamais revenir. Mais Shabnaam voulait encore croire que son foyer pouvait être sauvé. « Finalman, li finn resi konvink li pou retourn kot li », raconte Waheda. Aujourd’hui, ce retour la hante.

Une vie sous les coups

Selon Waheda, le mariage de sa fille avec Faizal Mirzane, arrangé par les familles, aurait très vite basculé dans la violence. « Li bwar, li soule ek li bat mo tifi », affirme-t-elle.

Elle décrit une fille régulièrement insultée, battue, humiliée et parfois chassée de chez elle. « Li bat li, desir so linz, filmer li, met li deor. Li ti bizin al rod delo kot bann vwazin. Kan mo tifi ti krwar pou al rod led, li ti gagn pouse. » Shabnaam ne disait pas toujours tout. « En tant que mère, j’avais toujours cette mauvaise intuition. J’avais peur qu’un jour il lui arrive quelque chose de grave. Mais elle voulait sauver son mariage », confie Waheda.

Un incident survenu plusieurs années auparavant aurait déjà dû constituer un point de rupture. Sa petite-fille n’avait que deux ans. « Kan mo ti-zenfan ti ena 2 ans, so papa ti sou bat li. Enn fwa li ti pous li depi lor enn latab ek li ti tonbe. Depi sa zour-la, mo pa finn kapav pardonn li. »

Après cet épisode, Shabnaam avait pris ses enfants et était partie. Mais elle avait fini par revenir, convaincue qu’elle devait tenir pour eux.

Un séjour chez sa mère

Deux mois avant le drame, Shabnaam avait obtenu un emploi comme employée de voirie à la municipalité de Port-Louis.

Le jeudi 16 juillet, vers 15 heures, elle arrive chez sa mère, à Caro-Lalo, Vallée-des-Prêtres, avec ses deux enfants. Lorsque Waheda rentre du travail vers 17 heures, elle remarque le scooter de sa fille devant la maison.

Quelque chose ne va pas. « Mo demann mo ti zenfan si mama in gagn problem, li dir mwa oui. » Shabnaam reste chez sa mère jusqu’au dimanche matin. Waheda tente de la retenir. « Mo ti dir li rester pran dezener avan to ale. » Mais elle décide de rentrer chez elle.

Le dimanche soir, Waheda l’appelle. Dès les premiers mots, son instinct de mère l’alerte. « Kan mo tann so lavwa, mo finn fini koner kitsoz pa normal. So lavwa pa ti bon. Mo koner li ti fini gagn bate. »

Le lendemain, tout bascule.

« Mamie, papa finn pik mama »

Vers 16h30, le téléphone de Waheda sonne. Au bout du fil, sa petite-fille de 10 ans est paniquée. « Mamie, papa finn pik mama. » Waheda abandonne tout et se précipite vers l’hôpital Dr A.G. Jeetoo. À son arrivée, elle découvre sa fille grièvement blessée.

Shabnaam parvient encore à lui parler. Elle lui raconte avoir reçu des coups à la tête et avoir été blessée à la jambe, à la main et au ventre. Les médecins expliquent à Waheda que ses intestins ont été touchés. « C’était insupportable de la voir dans cet état », dit-elle.

Waheda sait que la première inquiétude de Shabnaam concerne ses enfants. Elle se penche alors vers elle et lui murmure : « To bann zenfan en sekirite avek mwa. »

Des enfants traumatisés

Depuis l’agression, la fillette et son petit frère vivent auprès de leur grand-mère. Le garçon de 5 ans réclame sa maman. « Il est très attaché à sa maman. Depuis ce qui s’est passé, les deux enfants sont traumatisés », explique Waheda.

La famille attend qu’un accompagnement psychologique soit organisé avec le soutien du ministère de l’Égalité des genres et du Bien-être de la famille.

Waheda, elle, doit continuer à travailler comme marchande ambulante au Victoria Urban Terminal de Port-Louis, soutenir ses petits-enfants et se rendre au chevet de sa fille. « Mo tifi pe lite ant lavi ek lamor. Lazistis bizin intranzizan. Li pa merite seki finn ariv li », lance-t-elle.

Faizal maintenu en cellule

Faizal Mirzane, 49 ans, chauffeur à la municipalité de Port-Louis, a été arrêté puis traduit devant la Cour de Port-Louis Nord Division II sous une accusation provisoire de tentative de meurtre. Il a exercé son droit au silence. La police s’est opposée à sa remise en liberté sous caution, estimant que l’enquête se trouve encore à un stade crucial.

Le témoignage de Shabnaam n’a pas encore pu être recueilli en raison de son état. Faizal bénéficie de la présomption d’innocence et il est assisté dans cette affaire par Me Roubina Jadoo-Jaunbocus, qui a déposé une demande de remise en liberté sous caution. Cette requête sera entendue le 28 juillet, tandis que la prochaine comparution du suspect est prévue le 30 juillet.

Pendant des années, Shabnaam aurait tenu pour ses enfants. Aujourd’hui, ce sont eux qui attendent qu’elle revienne. « Mo demann tou Morisien fer enn lapriyer pou mo tifi. Mo ena konfians ki Allah kapav fer enn mirak. Mo koné mo tifi pou sorti dan sa batay-la », conclut Waheda.

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