Tuesday , 21 July 2026

Rassool Bibi Mamoojee : une centenaire au grand cœur

À 100 ans, Rassool Bibi Mamoojee reste une figure incontournable pour toute sa famille et aussi à Mahébourg.
Entourée des siens, Rassool Bibi Mamoojee, née le 12 juillet 1926 à Port-Louis, a célébré dimanche dimanche, son siècle d’existence lors d’une grande réception qui a réuni entre 500 et 600 invités dans une salle du collège Doha. Un anniversaire à son image : chaleureux, généreux et placé sous le signe du partage.

Bien que son audition ait légèrement diminué avec l’âge, Dadi Rassool Bibi conserve toute sa lucidité. Elle comprend tout ce qui se passe autour d’elle, discute volontiers avec ses proches et affiche toujours ce sourire qui a marqué plusieurs générations. Si un ancien accident a affaibli l’une de ses jambes, elle continue néanmoins à marcher avec l’aide d’un guide et reste étonnamment autonome pour son âge.

« Tifi le port »

Née à Port-Louis, elle aime rappeler avec fierté ses origines. Une phrase revient souvent lorsqu’elle évoque sa jeunesse : « Mwa, mo tifi le Port, mwa ! »

Son père était capitaine de bateau et elle a grandi dans une fratrie de cinq enfants, composée de deux filles et trois garçons.

Dans sa famille, on la surnommait affectueusement « la princesse ». Son père veillait tellement sur elle qu’il ne lui a jamais permis de travailler. Après son mariage, son époux ainsi que ses beaux-frères ont poursuivi cette tradition en lui demandant de rester à la maison pour s’occuper exclusivement de sa famille.

Au fil des années, elle a donné naissance à cinq enfants, trois garçons et deux filles. Aujourd’hui, la famille s’est considérablement agrandie avec onze petits-enfants et onze arrière-petits-enfants. Même si elle a eu la douleur de perdre l’un de ses fils, elle demeure le pilier d’une famille qui compte désormais près d’une cinquantaine de membres.

Sa petite-fille, Shafika Mamoojee Mohamed, âgée de 32 ans, raconte que toute la famille s’organise autour de la matriarche. Elle vit chez son fils et sa belle-fille à Mahébourg, qui veillent quotidiennement sur son bien-être. Ses deux filles participent également aux soins quotidiens, l’aident à prendre son bain, lui préparent ses repas et l’accompagnent lors de ses rendez-vous médicaux. « Personne ne la laisse seule. Nous sommes tous présents pour elle », confie-t-elle.

Cuisinière exceptionnelle

Mais si Dadi Rassool Bibi est autant admirée, c’est surtout pour sa réputation de cuisinière hors pair. Pendant des décennies, la cuisine a été son royaume. Impossible, racontent ses proches, de lui rendre visite sans repartir le ventre plein.

Son plat signature ? Le curry et le khichri, qu’elle préparait avec un savoir-faire transmis par les anciennes générations. Tous les épices étaient écrasés à la main sur la traditionnelle « ros kari ». Pour elle, rien ne pouvait remplacer des ingrédients fraîchement achetés. Chaque matin, après Fajr, elle prenait le chemin du bazar afin de choisir elle-même ses légumes, ses épices et sa viande. Les produits surgelés ne trouvaient jamais grâce à ses yeux.

Chaque vendredi, une autre tradition réunissait la famille autour d’elle. Pendant des années, elle préparait différentes variétés de halwa. Ce rituel n’a pris fin qu’il y a une dizaine d’années, lorsque son âge ne lui a plus permis de rester aussi longtemps derrière les fourneaux.

Très pieuse, Dadi Rassool Bibi accomplit toujours ses prières quotidiennes. Même si son âge ne lui permet plus de jeûner durant Ramadan, elle participe pleinement aux moments familiaux.

Une battante

Son quotidien est désormais paisible. Elle se lève chaque matin, prend son petit-déjeuner, échange avec ses proches puis passe de longs moments près de sa fenêtre, observant la vie qui s’anime à l’extérieur. Contrairement à beaucoup, Dadi Rassool Bibi n’a jamais été attirée par la télévision. Elle préférait toujours rester occupée, cuisiner ou simplement regarder le monde passer.

Sa vie n’a pourtant pas été épargnée par les épreuves. Pendant la pandémie de Covid-19, elle a contracté le virus à trois reprises. À chaque fois, son état de santé avait suscité une vive inquiétude parmi ses proches. Mais contre toute attente, elle a réussi à surmonter la maladie. « Nou ti perdi lespwar mé Allah gran. Dadi enn veritab battante », affirme Shafika.

Si autrefois, Dadi Rassool Bibi se rendait quotidiennement au bazar ou dans les commerces, aujourd’hui, ce sont plutôt les marchands et les voisins qui s’arrêtent devant sa maison lorsqu’ils la voient assise devant sa porte pour venir lui demander de ses nouvelles. Une preuve de l’affection et du respect qu’elle inspire encore.

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