Pendant plusieurs semaines, un groupe Facebook a diffusé des publications insultantes contre l’islam, le prophète Muhammad (saw), son épouse Aïcha et les musulmans. Après plusieurs signalements, Meta (Facebook) a finalement supprimé le groupe, estimant qu’il violait ses règles. Cette décision prouve que les contenus étaient graves. Elle rend encore plus difficile à comprendre le silence des autorités mauriciennes. Mais les musulmans ne doivent pas tomber dans le piège de la provocation.
Il aura fallu que des citoyens signalent (« report ») massivement le groupe pour que Facebook réagisse. La plateforme a examiné les publications et a pris une décision claire : le groupe a été supprimé parce qu’il ne respectait pas les « Community Standards de Facebook ». Une des personnes ayant « report » la page a reçu un message officiel confirmant cette suppression. En d’autres mots, Facebook a reconnu que ce qui se publiait dans ce groupe dépassait les limites acceptables. Voilà donc une plateforme internationale qui examine les faits, constate la gravité des contenus et agit.
Pendant ce temps, à Maurice, le sentiment qui domine est celui d’un grand silence des autorités et des politiciens.
Ce n’était pas une simple plaisanterie
Les publications en question ne relevaient pas d’un simple débat religieux. Elles représentaient le prophète Muhammad (saw) sous les traits d’un animal. Elles se moquaient de son épouse Aïcha à travers des images choquantes. Elles associaient les musulmans au terrorisme, au vol, à l’ignorance et à la violence. Certaines étaient écrites en créole mauricien. L’une d’elles affirmait qu’un musulman entrant dans le métro avec un sac et prononçant « Allahu Akbar » a fait fuir tout le monde.
Ce type de message n’est pas innocent. Il cherche à faire croire qu’un musulman est naturellement suspect. Il présente une simple expression religieuse comme un signe de danger. Il installe la peur et la méfiance dans l’esprit des gens.
Facebook a reconnu la gravité
La suppression du groupe est un élément important. Facebook n’a pas simplement retiré une image. La plateforme a déclaré avoir examiné le groupe et constaté qu’il allait à l’encontre de ses règles.
Le message adressé à la personne ayant signalé le groupe est sans ambiguïté : « We’ve removed the group that you reported. We’ve reviewed the group and found that it goes against our Community Standards. »
Cela veut dire que les publications n’étaient pas seulement « gênantes » ou « offensantes » aux yeux de quelques personnes. Elles étaient suffisamment graves pour provoquer la disparition du groupe entier.
Si Facebook, qui traite chaque jour des millions de contenus dans le monde, a estimé qu’il fallait supprimer ce groupe, comment expliquer que les institutions mauriciennes semblent rester silencieuses devant des publications visant directement l’harmonie sociale du pays ?
Où sont ceux qui doivent protéger la paix sociale ?
Il faut poser la question simplement : où sont les autorités ? Ont-elles pris connaissance de ces publications ? Ont-elles ouvert une vérification ? Ont-elles cherché à identifier les auteurs ? Ont-elles contacté les administrateurs ? Ont-elles demandé des explications à Facebook ? Ont-elles évalué les risques pour l’ordre public ?
Personne ne le sait. Et ce manque de communication donne l’impression que rien n’est fait. Pourtant, nos politiciens parlent souvent d’unité nationale, de paix sociale et de respect entre les communautés. Mais ces mots ne doivent pas être réservés aux discours officiels, aux fêtes nationales ou aux cérémonies religieuses. L’harmonie sociale se protège surtout quand elle est attaquée.
Le rôle de l’État n’est pas d’interdire toute critique d’une religion. Chacun doit pouvoir poser des questions, exprimer un désaccord ou discuter d’un texte religieux.
Mais il existe une différence entre critiquer une idée et insulter toute une communauté. Il existe une différence entre discuter d’un verset et présenter tous les musulmans comme des terroristes. Il existe une différence entre poser une question historique et utiliser un animal pour humilier le Prophète d’une religion.
Le silence encourage les provocateurs
Quand les auteurs de tels contenus ne voient aucune réaction des autorités mauriciennes, ils deviennent plus audacieux.
Ils commencent par une image. Puis ils publient une caricature plus choquante. Ensuite viennent les insultes, les mensonges et les attaques contre toute une communauté.
Chaque silence leur donne le sentiment qu’ils peuvent continuer. Mais le silence produit aussi un autre effet : il provoque un sentiment d’abandon chez ceux qui sont visés.
Les musulmans peuvent alors se demander si leur douleur compte moins, si leur religion peut être insultée sans conséquence et si les institutions les protègent réellement comme les autres citoyens. Ce sentiment est dangereux. Lorsque les gens ne font plus confiance aux institutions, ils peuvent être tentés de répondre eux-mêmes. C’est exactement ce qu’il faut éviter.
Aux musulmans : ne tombez pas dans le piège
La colère est compréhensible. Pour un musulman, voir le prophète Muhammad (saw), son épouse et sa religion ainsi insultés est extrêmement douloureux. Mais les auteurs de ces publications recherchent précisément cette colère.
Ils veulent provoquer une réaction excessive. Ils attendent les insultes, les menaces, les débordements ou la violence. Puis ils pourront se présenter comme des victimes et affirmer que leurs préjugés étaient justifiés.
Il ne faut pas leur donner ce qu’ils cherchent. Les musulmans de Maurice doivent rester calmes, dignes et fermes. Il faut signaler les publications. Il faut conserver les captures d’écran. Il faut noter les dates, les noms des groupes, les pseudonymes et les liens. Il faut saisir les institutions compétentes. Il faut demander des comptes.
Mais il ne faut pas répondre à la haine par la haine. Il ne faut surtout pas accuser toute une communauté à cause des actes de quelques personnes. Le nom d’un groupe Facebook ne représente pas tous les membres d’une communauté de Maurice. D’ailleurs, des internautes de toutes confessions ont condamné publiquement ces publications.
Ne transformons pas Facebook en guerre communautaire
Maurice est un petit pays. Nous vivons dans les mêmes quartiers. Nos enfants fréquentent les mêmes écoles. Nous travaillons dans les mêmes bureaux. Nous allons dans les mêmes hôpitaux. Nous empruntons les mêmes routes et le même métro.
Une guerre religieuse sur Facebook ne reste jamais uniquement sur Facebook. Les mots finissent par sortir des écrans. Ils créent des tensions dans les écoles, les lieux de travail, les quartiers et les familles. Une plaisanterie haineuse peut devenir une insulte réelle. Une insulte peut devenir une dispute. Une dispute peut devenir un incident beaucoup plus grave. C’est pourquoi il faut agir avant qu’il ne soit trop tard.
C’est maintenant aux autorités de montrer qu’elles ont compris la gravité de la situation.
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