Tuesday , 7 July 2026

Amendements à la Waqf Act : hypocrisie de la classe politique ?

Les récents amendements annoncés à la Waqf Act dans le Budget marquent un tournant significatif dans la manière dont l’État mauricien entend encadrer les institutions religieuses.

Désormais, les waqfs — et même certaines mosquées — se retrouvent sous un contrôle accru, soumis à des exigences de transparence, de déclaration et de supervision renforcée. Officiellement, ces mesures s’inscrivent dans le cadre des obligations internationales en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (AML/CFT/CPF).

Sur le papier, l’objectif est louable. Il s’agit de protéger l’intégrité du système financier, d’éviter toute dérive et de préserver la réputation de Maurice sur la scène internationale. Mais derrière cette volonté affichée de bonne gouvernance, une question fondamentale se pose : pourquoi cette rigueur s’applique-t-elle avec autant de zèle à certaines institutions, et pas à d’autres ?

Une transparence à géométrie variable

Les waqfs doivent désormais tenir des registres détaillés, identifier leurs bénéficiaires effectifs, se soumettre à des audits et accepter une surveillance étroite de leurs activités. Les mosquées, lieux de culte et de rassemblement communautaire, se retrouvent elles aussi dans le viseur de cette nouvelle architecture réglementaire.

Mais pendant que ces institutions sont placées sous microscope, les partis politiques continuent d’évoluer dans une zone grise. Aucune obligation stricte de transparence financière ne leur est imposée. Aucun registre public des donateurs. Aucun plafond clair des contributions. Aucun mécanisme indépendant de contrôle.

Pourquoi cette différence de traitement ?

Les partis politiques  : sanctuaires de l’opacité

À Maurice, les campagnes électorales mobilisent des ressources considérables. Affiches, meetings, logistique, communication, transport, mobilisation de terrain : tout cela a un coût élevé. Pourtant, l’origine de ces financements reste largement inconnue du public.

Les partis politiques, qui devraient être les premiers à incarner les principes de transparence et de responsabilité, échappent à toute véritable régulation en matière de financement. Ils deviennent ainsi les principaux sanctuaires de l’opacité financière dans le pays.

Et ce sont ces mêmes acteurs qui imposent aujourd’hui des règles strictes aux waqfs et aux institutions religieuses.

Une hypocrisie institutionnelle

La contradiction est flagrante. D’un côté, l’État exige des waqfs qu’ils justifient chaque transaction, qu’ils se conforment à des normes strictes. De l’autre, il tolère que les partis politiques fonctionnent sans obligation équivalente.

Cette asymétrie crée une forme d’hypocrisie institutionnelle. La bonne gouvernance devient une exigence imposée aux autres, mais jamais appliquée à soi-même.

On veut savoir qui finance les waqfs, mais pas qui finance les campagnes électorales. On exige la transparence des institutions religieuses, mais on protège l’opacité des structures politiques.

Une lutte contre le blanchiment à deux vitesses

La lutte contre le blanchiment d’argent est essentielle. Elle est nécessaire pour préserver la crédibilité du pays et éviter toute dérive. Mais elle perd de sa légitimité lorsqu’elle est appliquée de manière sélective.

Une transparence qui épargne les partis politiques n’est pas une véritable transparence. C’est une mise en scène.

Car l’argent sale ne cherche pas seulement à infiltrer les institutions religieuses ou les structures économiques. Il cherche aussi à influencer les décisions politiques, à obtenir des faveurs, à orienter les politiques publiques.
Et quelle meilleure porte d’entrée que le financement des partis ?

Le cœur du problème démocratique

Le financement politique est au cœur de toute démocratie. Lorsqu’un parti reçoit des fonds sans transparence, le citoyen ne sait plus qui parle réellement. Est-ce le programme du parti ? Ou les intérêts de ses donateurs ?

Sans transparence, le vote devient un acte aveugle. Les électeurs ne disposent pas de toutes les informations nécessaires pour faire un choix éclairé.

Dans une démocratie saine, il ne suffit pas de connaître les idées d’un parti. Il faut aussi connaître les intérêts qui le soutiennent.

Des promesses sans suite

Depuis des années, des promesses ont été faites pour encadrer le financement des partis politiques. Des projets de loi ont été évoqués, des engagements pris. Mais dans les faits, rien de concret n’a été mis en place.

Le Political Financing Bill a été annoncé, discuté, puis relégué. Le programme gouvernemental évoque une réforme, mais sans calendrier précis ni mécanisme clair.

Pendant ce temps, les waqfs sont déjà soumis à des obligations strictes.

Ce qu’il faudrait vraiment

Si Maurice veut réellement instaurer une bonne gouvernance, elle doit aller au bout de la logique. Cela implique :

  • Une loi contraignante sur le financement des partis politiques
  • La publication des donateurs au-delà d’un certain seuil
  • Des plafonds de contributions clairs et réalistes
  • L’interdiction des dons anonymes importants
  • Un contrôle indépendant des comptes de campagne
  • Des sanctions dissuasives en cas de violation
  • Sans ces mesures, toute réforme restera incomplète.

La méfiance

Aujourd’hui, Maurice pratique une gouvernance à deux vitesses. Les institutions religieuses et civiles et les compagnies sont soumises à des règles strictes, tandis que les partis politiques bénéficient d’une indulgence inexplicable.

Cette situation fragilise la crédibilité de l’État et alimente la méfiance des citoyens.

Car comment croire à la sincérité d’une réforme qui ne s’applique pas à ceux qui la portent ?

Au-delà des waqfs

Les amendements à la Waqf Act ne sont pas en soi problématiques. Ils répondent à des exigences légitimes de transparence et de conformité. Mais ils révèlent une incohérence plus profonde dans la manière dont la gouvernance est pensée et appliquée à Maurice.

On ne peut pas exiger la transparence des waqfs et des mosquées tout en tolérant l’opacité des partis politiques.

La bonne gouvernance ne peut pas être sélective. Elle doit être universelle.

Sinon, elle cesse d’être un principe. Elle devient une façade. Et derrière cette façade, une réalité persiste : celle d’une République où la vertu est exigée des autres, mais jamais de soi-même.

Par Ibn Hassenjee

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