Ce sont des histoires qui nous émerveillent et nous inspirent. Soixante années de mariage, soixante années d’amour, de partage et de complicité. Une vie entière bâtie à deux, traversant les saisons de l’existence, les joies comme les épreuves.
Le vendredi 3 juillet 2026, Mamode Issa Khodabocus, 86 ans, et son épouse Nessa Khodabocus, 76 ans, célébreront leurs noces de diamant. À l’approche de cet anniversaire exceptionnel, leur fille, Sultana Puttaroo, nous ouvre les portes de leur histoire.
« Mon père est un lecteur fidèle du journal STAR depuis toujours. Le dimanche, c’est sa routine : il lui faut son journal pour commencer sa journée. Et il disait souvent à ma mère : ‘Le jour où nous fêterons nos soixante années de mariage, nous raconterons notre histoire dans le journal.’ », dit-elle d’emblée. C’est avec un sourire et un éclat de rire dans la voix que Sultana, deuxième d’une fratrie de trois enfants, débute son récit.
L’histoire de ses parents commence comme celle de nombreux couples de leur génération. À cette époque, les unions se nouaient souvent avec l’aide des familles. Une demande en mariage est arrangée, les fiançailles suivent le 10 octobre 1965, puis les sentiments prennent racine. « Mo papa so ser ti dan Porlwi, ek kan li ale kot so ser, li ti pe ale get mo mama », raconte-t-elle avec tendresse.
En 1966, Mamode Issa et Nessa unissent officiellement leurs destinées devant leurs proches à Masjid Ghawsiya dans la capitale. Les jeunes mariés célèbrent ensuite leur mariage dans la cour familiale, l’un à Port-Louis et l’autre à Vacoas. « En ces temps, le mariage était célébré différemment. Mo papa ti pe rakonté ki dimounn avan ti pe met latent ek fer decoration avek led zot tou mé ek zot prop lamé. Zot ti pe recevwar fami lakaz, ensam avek bokou lazwa », explique Sultana. Cette union marque également un nouveau départ pour Nessa, qui quitte alors la capitale pour s’installer à Vacoas auprès de son époux.
Une vie construite dans le respect
Au fil des années, leur foyer s’agrandit avec la naissance de trois enfants, deux garçons et une fille : Sayyad, Sultana et Shakeel. Lorsque Sultana évoque son enfance, ce sont avant tout des souvenirs d’unité et de respect qui lui reviennent. Employé à la CEB, Mamode Issa travaille pour assurer l’avenir de sa famille. À ses côtés, Nessa exerce comme couturière tout en veillant sur le foyer. Ensemble, ils avancent avec la même détermination. « Zot inn travay ensam pou fer nou grandi ek donn nou ledikation ek zot inn fer zot sakrifis », confie-t-elle avec gratitude.
Les sacrifices consentis par ses parents n’ont jamais été vécus comme des contraintes, mais comme une évidence. Ils avaient un objectif commun qui était d’offrir le meilleur à leurs enfants. Sultana garde également le souvenir d’une mère qui a toujours vécu en harmonie avec sa belle-famille. Dans cette famille nombreuse, où sa belle-mère a vécu jusqu’à l’âge de 99 ans, Nessa s’est distinguée par sa patience et sa bienveillance. « Mon père, lui-même, a toujours aimé la famille de ma mère. Il n’a jamais fait de différence. Il nous a appris que la famille reste la famille et que nous ne devons jamais faire de favoritisme. Aujourd’hui encore, je les vois toujours présents pour chaque membre de notre famille », souligne-t-elle.
Les joies d’être grands-parents
Avec le temps sont arrivés les petits-enfants, puis les arrière-petits-enfants. Aujourd’hui, le couple est entouré de six petits-enfants et de deux arrière-petits-enfants. Lorsque Sultana évoque cette nouvelle génération, son visage s’illumine. « Quand ma fille, Saazia, est née, elle était la première des petits-enfants. La joie de mes parents était immense. Nou ankor rakonter kouma nana ti pe pran li lor motocyclette pou amenn li Jumbo a lepok et aste tou seki li rode », raconte-t-elle en riant. Dans cette famille, chaque enfant a grandi avec la certitude d’être le préféré de ses grands-parents.
Mais une vie de soixante années ne se construit pas uniquement à travers les moments heureux. Il y a une dizaine d’années, la famille traverse une période particulièrement difficile lorsque Mamode Issa doit subir une opération délicate. Les semaines qui suivent sont éprouvantes et l’inquiétude s’installe.
Pour la vie…
Pourtant, au milieu des incertitudes, Nessa demeure inébranlable. « Alor ki zot tou ti pe dir le kontrer, mo mama pann perdi konfians dan Allah ek linn gard li-mem fort. Li ti pe dir ki mo papa pou relever et li pou retourn lakaz bien », se souvient sa fille, encore émue.
Ce jour-là, Sultana découvre une autre facette de sa mère ; une force silencieuse, nourrie par la foi et la confiance. Contre toute attente, Mamode Issa se rétablit progressivement et retrouve les siens. Depuis, la famille veille davantage sur lui, sa santé étant devenue plus fragile mais elle est aussi témoin du dévouement constant de Nessa, qui continue de prendre soin de celui avec qui elle partage sa vie depuis plus de six décennies.
Des moments privilégiés
Aujourd’hui, Sultana mesure la chance d’avoir encore ses deux parents auprès d’elle. Elle remercie Allah de leur avoir accordé une vie paisible, entourée de leurs enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Mais derrière cette gratitude se cache aussi une émotion plus profonde. « C’est dur de voir ses parents vieillir ; on les a connus forts et débrouillards ! Mais nous remercions Allah pour Sa miséricorde sur eux et sur nous. »
Malgré les années qui passent, certaines traditions demeurent intactes. Chaque dimanche, Nessa tient à réunir sa famille autour de sa table et enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants savent que cette invitation dominicale est presque sacrée. Et malgré son âge, elle refuse de déléguer la préparation du repas. « Mama fer kari, dal puri, briani ek so fameux mawa samoussa. Li assure li ki zot tou manzer ek seki pann resi vini, so part garder ek li pou gagn so manzer », raconte sa fille avec affection.
Au fond, c’est peut-être là que réside le secret de ces soixante années de mariage : dans ces attentions quotidiennes, ces gestes simples répétés jour après jour, cette volonté de prendre soin des autres sans rien attendre en retour…
Une foi qui guide toute une vie
La foi occupe une place centrale dans le quotidien de Mamode Issa et Nessa. « Malgre so bann ti problem la sante, mo papa ankor fer so cinq fwa namaz ek lir so Quran. Li touzour veyer ki nou tou nou fer nou namaz ; li ti pe vinn lev nou pou fer fajr kan nou ti tipti », relate Sultana.
Cette discipline spirituelle a toujours rythmé la vie familiale. Nessa, elle aussi, demeure profondément attachée à ses obligations religieuses et elle rappelle régulièrement à ses enfants et à ses petits-enfants l’importance de rester connectés au Deen et de cultiver leur relation avec Allah. D’ailleurs, soucieux d’accomplir leurs responsabilités religieuses, le couple a visité la Terre sainte, pour le Hadj, en l’an 2000 et y sont retournés pour l’Umrah en 2011.
Respect, compréhension et patience
Pour Mamode Issa et Nessa Khodabocus, il n’existe pas de recette miracle pour faire durer un mariage, car pour eux, une vie à deux se construit avec beaucoup de respect, de compréhension et de patience. « Il faut savoir écouter l’autre, accepter que chacun ait sa personnalité, apprendre à faire des compromis et ne pas laisser les petites difficultés prendre le dessus. Un couple ne grandit pas parce qu’il ne rencontre jamais d’obstacles, mais parce qu’il choisit de les affronter ensemble », fait ressortir bhai Mamode Issa.
Sultana Puttaroo partage avec les paroles de sa mère : « Mo mama touzour dir ki avan, kan enn kitsoz ti kase, dimounn ti repare li, parski li ti ena valer. Zordi, dimounn mank pasians; enn zafer kase, zot zet li ek rod enn lot. Li dir relasyon ant madam ek misie osi parey ; kan ena enn fissure, bizin travay lor la. Nou repare, nou soutenir, non pa nou leve nou zet li. »
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