Le commerce entre Maurice et le Pakistan reste en deçà de son potentiel. En visite à Maurice, Adeela Younis, Trade and Investment Counsellor du Pakistan, plaide pour une relance concrète des relations économiques entre les deux pays. Entretien.
Quel est l’objectif principal de votre visite à Maurice ?
L’objectif principal de cette visite est de renforcer les liens commerciaux entre le Pakistan et Maurice et d’identifier des pistes concrètes pour développer le commerce bilatéral, l’investissement et les partenariats d’affaires.
Malgré l’existence d’un accord commercial préférentiel depuis 2007, les échanges entre les deux pays sont restés relativement faibles. Pourtant, le Pakistan et Maurice disposent de forces complémentaires qui peuvent ouvrir d’importantes perspectives de croissance.
Le message que je souhaite transmettre à la communauté des affaires mauricienne est simple : le Pakistan est ouvert aux affaires. Notre pays représente un marché dynamique de plus de 240 millions d’habitants, avec une base industrielle diversifiée, des capacités manufacturières compétitives et une position stratégique reliant l’Asie du Sud, l’Asie centrale et le Moyen-Orient.
Nous considérons Maurice non seulement comme un partenaire commercial important, mais aussi comme une porte d’entrée vers les marchés africains et ceux de l’océan Indien. Il ne faut pas oublier que Maurice a déjà figuré parmi les principales sources d’investissement étranger direct vers le Pakistan. Cela montre que notre relation a historiquement dépassé le simple cadre commercial.
Comment décririez-vous l’état actuel des relations commerciales entre le Pakistan et Maurice ?
Le commerce bilatéral entre le Pakistan et Maurice est d’environ 34 millions de dollars en 2025. Les exportations pakistanaises vers Maurice sont principalement dominées par le riz, les textiles et les médicaments conditionnés. Du côté mauricien, les exportations vers le Pakistan concernent surtout la ferraille et le papier récupéré.
Ces chiffres montrent qu’il existe encore une marge importante de progression. Maurice a aussi été, dans le passé, un partenaire d’investissement important pour le Pakistan. À un certain moment, le pays figurait même parmi les six principales sources d’investissement direct étranger vers le Pakistan.
Le potentiel de croissance existe donc non seulement dans le commerce, mais aussi dans l’investissement, les services financiers et les partenariats régionaux.
Dans quels secteurs voyez-vous les plus fortes opportunités de croissance ?
Les plus grandes opportunités se trouvent dans les textiles et l’habillement, les produits pharmaceutiques, y compris les nutraceutiques, les cosmétiques et les médicaments à base de plantes, les produits alimentaires, la viande halal, les instruments chirurgicaux, les matériaux de construction et les services informatiques.
Nous avons également observé des progrès encourageants avec l’introduction de nouveaux produits pakistanais sur le marché mauricien, notamment les peintures, les câbles et les machines d’ingénierie.
Maurice se positionne de plus en plus comme un hub régional d’affaires et de logistique. Cela offre aux entreprises pakistanaises une porte d’entrée précieuse vers les marchés africains et ceux de l’océan Indien.
Quels produits ou services pakistanais ont, selon vous, le plus fort potentiel sur le marché mauricien ?
Le Pakistan représente un partenaire potentiel important pour Maurice dans plusieurs secteurs clés. Parmi les principaux exportateurs mondiaux de riz, il fournit notamment du riz basmati premium, sans restriction sur les exportations, tout en disposant d’une forte capacité dans les produits alimentaires transformés, les fruits et la confiserie.
Dans le domaine de la santé, l’industrie pharmaceutique pakistanaise se distingue par sa compétitivité, ses médicaments, nutraceutiques, produits à base de plantes et instruments chirurgicaux reconnus à l’international.
Le secteur informatique connaît également une croissance rapide, avec des services dans le développement logiciel, l’externalisation et la fintech, offrant aux entreprises mauriciennes des solutions performantes à des coûts compétitifs.
Le Pakistan possède aussi un potentiel dans les viandes halal certifiées, la volaille et les produits frais. Le succès du Pakistan Mango Festival à Maurice l’an dernier témoigne de l’intérêt grandissant pour les produits agricoles pakistanais et a favorisé la poursuite des importations.
Quel type de partenariats souhaitez-vous encourager durant cette visite ?
Mon objectif est de créer des liens commerciaux pratiques et durables entre les entreprises pakistanaises et mauriciennes. Nous voulons faciliter les contacts directs entre exportateurs, importateurs, distributeurs, investisseurs et associations sectorielles des deux pays.
Les secteurs prioritaires sont les produits pharmaceutiques, les fournitures médicales, les produits alimentaires, les textiles, les services informatiques et les matériaux de construction.
La haute-commission du Pakistan à Maurice est également engagée dans une diplomatie institutionnelle pour soutenir ces objectifs. Nous souhaitons relancer les sessions du Joint Working Group, tout en poursuivant les consultations avec des institutions clés, notamment le ministère des Affaires étrangères, le Pharmacy Board, l’Agricultural Marketing Board, la State Trading Corporation, la Mauritius Chamber of Commerce and Industry, Mau-Pak et l’Islamic Chamber of Commerce and Industry.
Ces échanges doivent permettre d’identifier des opportunités pour améliorer l’accès au marché, renforcer la coopération réglementaire et encourager une plus grande participation du secteur privé.
Quels sont les principaux obstacles qui limitent encore le commerce entre les deux pays ?
Le premier obstacle concerne les politiques commerciales et les défis liés à l’accord commercial préférentiel. Même si un PTA existe entre le Pakistan et Maurice, le commerce bilatéral ne s’est pas développé comme prévu. Certains tarifs et droits imposés au fil des années par les deux parties ont affecté la compétitivité de certains produits et limité la croissance des échanges.
Ces questions peuvent être examinées dans le cadre du Joint Working Group, qui offre une plateforme pour revoir les barrières tarifaires et non tarifaires et améliorer l’accès au marché.
La mobilité des hommes d’affaires est un autre défi important. Les procédures de visa mauriciennes pour les voyageurs d’affaires pakistanais peuvent parfois être longues et complexes. Cela limite les possibilités pour les exportateurs, investisseurs et délégations commerciales de développer des partenariats.
Des procédures de visa simplifiées, des visas d’affaires à entrées multiples et un traitement accéléré pour les hommes d’affaires de bonne foi renforceraient considérablement les échanges commerciaux et les investissements.
La logistique et la connectivité restent également des contraintes vu le manque de liaisons maritimes directes et l’absence de vols directs. Enfin, les entreprises des deux pays font souvent face à des difficultés liées aux normes, à la certification et aux exigences réglementaires. Une coopération renforcée entre les organismes concernés permettrait de venir à bout de ces obstacles.
Quelles sont les prochaines étapes concrètes pour bâtir une relation économique plus forte ?
La priorité immédiate est la tenue de la 11e réunion du Joint Working Group, attendue au deuxième trimestre de 2026. Ce mécanisme institutionnel est essentiel pour examiner les barrières tarifaires et non tarifaires, revoir la mise en œuvre du PTA et identifier des mesures pratiques pour faciliter le commerce et l’investissement. Sa réunion est attendue depuis longtemps. Elle offrira une occasion importante de résoudre les questions en suspens qui ont freiné la croissance des échanges bilatéraux.
Les chambres de commerce doivent aussi organiser des délégations d’affaires réciproques, des rencontres sectorielles et des initiatives de partage d’informations. Au cours des deux dernières années seulement, environ une demi-douzaine de délégations commerciales mauriciennes se sont rendues au Pakistan. Cela montre un intérêt croissant des milieux d’affaires des deux pays.
Il faut maintenant bâtir sur cette dynamique à travers des missions commerciales plus fréquentes, des forums d’affaires, des expositions, des roadshows d’investissement et des rencontres ciblées entre entreprises.
À terme, les deux pays doivent se concentrer sur le renforcement des liens entre entreprises, l’amélioration des mesures de facilitation du commerce, l’assouplissement des procédures de voyage d’affaires, la coopération entre autorités réglementaires et une meilleure connaissance des opportunités commerciales.
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