Il y a des départs qui ressemblent à tous les autres. Un simple « mo pe alé » lancé en quittant la maison, une porte qui se referme doucement, une routine qui semble immuable.
Le samedi 18 avril, Mohammad Ally Muzzafar Pacquet, 27 ans, quitte le domicile familial à Terre-Rouge pour se rendre au travail. Quelques minutes plus tard, à l’intersection de Solitude, tout bascule. Alors qu’il se trouve à moto aux feux de signalisation, un 4×4 surgit. L’impact est d’une violence extrême. Selon les premiers éléments de l’enquête, le véhicule, conduit par le jockey Rye Joorawon, aurait brûlé un feu rouge. En une fraction de seconde, la vie du jeune homme est pulvérisée.
Projeté sur l’asphalte, grièvement blessé, Muzzafar est évacué en urgence vers l’hôpital SSRN, à Pamplemousses. Commence alors une attente insoutenable pour ses proches. Pendant plusieurs jours, la famille espère un miracle. Mais mercredi soir, la terrible nouvelle tombe : il succombe à ses blessures, sans avoir repris connaissance.
Une famille dans le déni et la douleur
Depuis l’annonce de son décès, la maison familiale est plongée dans un silence lourd, presque irréel. Les murs semblent porter l’écho de son absence. Sa chambre est intacte. Ses affaires sont restées à leur place. Comme si, à tout moment, il allait franchir la porte.
« Nou pa krwar li finn aler. Nou enkor krwar li pou rentrer », murmure son frère Muntasir, 29 ans, incapable d’accepter la réalité. Ce dernier, ambulancier, oscille entre effondrement et colère : « Mo demann la zistis pou mo frer… li pa ti merit sa. »
Chaque visite à l’hôpital a été une épreuve. Voir Muzzafar, inconscient, branché à des machines, était insupportable. « Nou pa ti kapav get li koumsa… li ti pe soufer », confie-t-il. Le jeune homme n’a jamais ouvert les yeux. Jamais adressé un dernier regard. Jamais prononcé un dernier mot.
Pour sa mère Bibi Amina Taslimah, le choc est encore plus violent. « Mo mama ti ena lespwar ki Muzzafar pou lever ankor », dit Muntasir.
Une vie simple, rythmée par la famille
Muzzafar était un jeune homme sans histoire. Il vivait pour les siens. À 27 ans, il partageait toujours le toit familial avec ses parents, âgés de 56 et 50 ans. Un choix du cœur, dicté par l’attachement profond qui les unissait. « Li ti res avec mo mama papa… li ti bien atasé ar zot », raconte son frère.
Leur quotidien était fait de gestes simples mais précieux. Chaque matin, il prenait le petit-déjeuner avec sa mère. Le soir, ils se retrouvaient autour de la table pour dîner ensemble. Des habitudes anodines pour certains, mais aujourd’hui devenues des souvenirs déchirants.
Dans cette maison, la famille passait avant tout. Les samedis étaient sacrés. Après le dîner, ils avaient pour habitude de sortir, parfois pour une simple promenade au Caudan. Des moments de bonheur simples, aujourd’hui transformés en blessures ouvertes.
Promesses inachevées et rêves brisés
Très attaché à ses valeurs, Muzzafar était un jeune homme croyant. Il ne manquait pas ses salâts, observait le jeûne, et vivait pleinement les moments spirituels. Le Ramadan et l’Eid étaient des périodes particulièrement importantes pour lui. C’était le temps des retrouvailles, des repas en famille, des visites chez les proches. « Ramzan, Eid, nou ti touzour ensam, ale kot fami, organise diner », poursuit Muntasir.
Une semaine avant l’accident, Muzzafar avait même fait une promesse à sa mère, une promesse simple mais remplie d’amour : « Mama, sa mois la mo pou amenn zot enn gran place… nou tou pou al manzé ensam. »
En outre, Derrière son sourire discret, Muzzafar nourrissait des ambitions. Il rêvait de lancer son propre business dans le domaine de l’aluminium. Un projet qu’il construisait patiemment, étape par étape. Il travaillait par des horaires irréguliers, 7 jour sur 7.
Filou, le chat qui attend encore
Dans cette maison endeuillée, même les animaux semblent ressentir l’absence. Muzzafar avait cinq chats. Parmi eux, Filou, son préféré. Filou dormait à ses côtés chaque nuit. Depuis sa disparition, son comportement a changé. Il erre dans la maison, monte sur l’armoire, reste immobile, comme s’il cherchait encore son maître.
« Filou ti bien ataser ek Muzzafar… aster-la li triste…mo krwar li pe rod li », dit Muntasir, ému. Un soir, la famille a même cru voir des larmes dans les yeux de l’animal. Une scène bouleversante, difficile à expliquer, mais qui traduit l’ampleur du vide laissé derrière.
Une justice attendue, une colère qui grandit
Sur le plan judiciaire, l’affaire suit son cours. Le conducteur, le jockey Rye Joorawon, a expliqué aux enquêteurs que le feu était au jaune pour lui et qu’il avait tenté d’éviter la collision. Mais selon les premières constatations, il aurait franchi l’intersection alors que le feu était rouge.
Suite au décès de Muzzafar, le cavalier de 46 ans, a comparu de nouveau en cour, vendredi, cette fois pour une charge d’homicide involontaire. Il a été libéré contre une caution de Rs 80 000 et une reconnaissance de dette de Rs 250 000.
Mais pour la famille, cela ne suffit pas. Sa mère, Bibi Amina Taslimah, réclame une justice plus sévère. « Mo garson pa pou retourne… me sa dimounn la bizin payer pou seki li fine faire. La loi bizin plus sever, nou pa kapav aksepte ki enn dimounn fer enn erreur grave… ek zis paye caution ek ale. »
Soulignons aussi que la Financial Crimes Commission (FCC) a procédé à la saisie du 4×4 de Rye Joorawon. La commission soupçonne que ce véhicule aurait été utilisé pour commettre un délit, en vertu de la section 61 de la FCC Act, dans une affaire ayant entraîné mort d’homme.
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