Sunday , 19 July 2026

Un régime de visas très contraignant – Pakistanais : pas les bienvenus à Maurice ?

Classé dans un régime de visas particulièrement restrictif, soumis à des délais de plusieurs mois et à un circuit de décision centralisé, le passeport pakistanais semble ouvrir à Maurice moins une porte qu’un véritable parcours d’obstacles. Le problème n’est pas nouveau. Il traverse les gouvernements successifs. Mais les éléments recueillis par STAR décrivent un système lent, opaque et dissuasif, dont les effets toucheraient un large éventail de profils : touristes, familles, hommes d’affaires, investisseurs, professionnels, imams, artistes et même certaines personnalités publiques.

Des ressortissants pakistanais avec lesquels STAR s’est entretenu disent voir dans ces procédures éreintantes autre chose qu’une simple exigence administrative. Pour eux, la lourdeur du visa mauricien fonctionne comme un mécanisme de dissuasion. En clair : compliquer suffisamment les démarches pour décourager les demandes, freiner les voyages, détourner les touristes vers d’autres destinations et pousser les investisseurs potentiels à regarder ailleurs.

La question qui en découle est directe : les Pakistanais sont-ils indésirables à Maurice ?

Officiellement, la réponse est non. Aucun texte public ne proclame une telle exclusion. Maurice ne ferme pas formellement sa porte aux ressortissants pakistanais. Mais les délais, les refus, les contrôles renforcés, l’absence apparente de flexibilité et la centralisation des décisions donnent une impression difficile à ignorer : pour les détenteurs de passeports pakistanais, l’accès à Maurice demeure particulièrement compliqué. Si tel n’est pas le message voulu, pourquoi le régime de visas donne-t-il aussi fortement l’impression du contraire ?

Une politique qui décourage sans interdire

C’est l’un des aspects les plus importants du dossier. Maurice n’interdit pas officiellement l’entrée aux Pakistanais. Mais le système fonctionne comme une politique de dissuasion.

Il n’y a pas besoin de fermer la porte si l’on rend son ouverture suffisamment compliquée. Il suffit de multiplier les étapes, d’allonger les délais, de centraliser les décisions, de laisser les demandeurs dans l’incertitude et de délivrer les visas trop tard pour que le message soit compris.

Ce message serait déjà compris. Les Pakistanais choisiraient plus facilement d’autres destinations. Des pays où les procédures seraient plus simples, plus prévisibles, plus rapides.

Pour Maurice, la conséquence est directe. Moins de 1 000 visiteurs pakistanais viendraient chaque année et ce chiffre ne progresserait pas. Pour une destination touristique qui cherche à diversifier ses marchés, ce chiffre interroge. Pour une juridiction qui se veut ouverte aux affaires, il interroge encore davantage.

Selon la partie pakistanaise, les Mauriciens bénéficieraient d’un régime beaucoup plus souple pour se rendre au Pakistan. Le traitement prendrait généralement moins de trois jours, avec de nombreuses approbations en 24 heures, et sans frais dans la catégorie mentionnée.

Obstacle 1

Le Pakistan classé dans une catégorie restrictive

L’enquête de STAR révèle un premier élément majeur : le classement du Pakistan dans la catégorie des pays à risque.

Selon nos recoupements, les détenteurs de passeports pakistanais sont soumis à un régime séparé, relevant du Schedule 11. Dans cette catégorie figureraient notamment des pays comme la Libye, l’Afghanistan, le Yémen ou la Corée du Nord. Les visas ne seraient pas délivrés librement par le Haut-commissariat de Maurice à Islamabad, mais soumis à l’approbation du Bureau du Premier ministre de Maurice.

Ce point est central. Il signifie que le problème ne se situe pas seulement au niveau d’un guichet consulaire ou d’un retard ponctuel. Il relèverait d’un dispositif institutionnel, placé au niveau politique le plus sensible de l’appareil d’État.

Cette classification soulève une première série de questions, et elles sont loin d’être secondaires. Depuis quand le Pakistan figure-t-il dans cette catégorie restrictive ? Qui en a décidé ainsi ? Sur la base de quels critères ? S’agit-il d’une appréciation sécuritaire documentée, d’une préoccupation migratoire précise, d’un choix diplomatique assumé ou d’un classement hérité d’une autre époque, jamais sérieusement réexaminé ?

Car une telle catégorisation n’est pas neutre. Placer le Pakistan dans un régime où les demandes de visa seraient soumises à un niveau d’approbation aussi élevé revient, de facto, à traiter tout détenteur de passeport pakistanais comme un profil nécessitant une vigilance exceptionnelle. Cela peut se justifier si les autorités disposent d’éléments solides, récents et vérifiables. Mais en l’absence d’explication publique, cette politique prend l’apparence d’une suspicion généralisée.

La question de la révision est donc centrale. Cette liste fait-elle l’objet d’un réexamen périodique ? Les pays qui y figurent peuvent-ils en sortir ? Existe-t-il des indicateurs objectifs — taux de refus, cas d’overstay, infractions, risques documentés, alertes sécuritaires, coopération consulaire — permettant de justifier le maintien ou le retrait d’un pays ? Ou bien le Pakistan reste-t-il dans cette catégorie par simple inertie administrative, parce qu’il y a été placé un jour et que personne, depuis, n’a voulu rouvrir le dossier ?

À ce stade, les documents consultés ne contiennent aucune réponse officielle mauricienne permettant d’éclairer ces points. C’est précisément ce silence qui alourdit le malaise. Une restriction peut être défendue lorsqu’elle est motivée. Elle devient problématique lorsqu’elle s’installe dans l’opacité. Et plus le régime est sévère, plus l’exigence de justification devient impérative.

Pourquoi le Pakistan est-il classé « à risque » ?

  • Terrorisme : Aucun Pakistanais signalé dans des incidents terroristes à Maurice.
  • Activités illégales : Aucun cas significatif rapporté.
  • Dépassement de séjour : Des cas présentés comme très rares.
  • Trafic de drogue : Aucun cas récent impliquant des ressortissants pakistanais n’aurait été relevé.

Si ces éléments sont exacts, la logique de « pays à risque » devient difficile à défendre sans explication officielle. Sur quelle base Maurice maintient-elle alors le Pakistan dans cette catégorie ? Sécurité nationale ? Risque migratoire ? Fraude documentaire ? Données confidentielles ? Ou simple héritage administratif jamais réévalué ?

Obstacle 2

Des délais hors norme

Deuxième élément choquant de l’enquête de STAR : les délais pour qu’un Pakistanais obtienne le visa mauricien donnent la pleine mesure du problème.

Il ne s’agit pas de quelques jours d’attente supplémentaires, ni de simples lenteurs conjoncturelles. Il devient un filtre dissuasif. Pour un touriste, jusqu’à 2 mois d’attente suffisent à choisir une autre destination. Pour un homme d’affaires, jusqu’à 3 mois peuvent faire manquer une opportunité. Pour un investisseur, un an d’attente peut tuer un projet. Pour un salarié ou un professionnel, jusqu’à 2 ans sur un Occupation Permit peuvent signifier la perte pure et simple d’un emploi. Pour une famille, jusqu’à 9 mois peuvent transformer une visite ordinaire en épreuve émotionnelle. Pour un imam attendu pendant Ramadan, un visa accordé tardivement — ou rejeté — vide la démarche de son sens.

C’est précisément là que se situe le cœur du problème. Le refus n’est pas le seul instrument de fermeture. L’attente peut produire le même effet. Un dossier laissé en suspens pendant des mois décourage autant qu’un rejet formel. Il ne ferme pas la porte brutalement ; il la rend simplement trop lourde à pousser. Le demandeur finit par renoncer, l’employeur se tourne vers un autre pays, l’investisseur choisit une autre juridiction, la famille reporte son voyage, l’artiste reste dans l’incertitude, l’homme d’affaires abandonne son déplacement.

Il faut aussi interroger la cohérence de ces délais. Sont-ils appliqués à toutes les nationalités placées dans le même régime ? Sont-ils fondés sur des vérifications précises ? Existe-t-il des indicateurs permettant d’expliquer pourquoi un visa de visite devrait prendre près de deux mois, pourquoi un visa d’affaires devrait nécessiter un trimestre, ou pourquoi un Occupation Permit pourrait rester bloqué jusqu’à deux ans ? Sans réponse claire, ces délais apparaissent moins comme une procédure de contrôle que comme une méthode d’usure.

Dans un pays qui revendique son ouverture au tourisme, aux affaires, aux investissements et aux talents étrangers, de tels délais posent une contradiction majeure.

Une échelle des délais

  • Jusqu’à 2 mois — Visa de visite
  • Jusqu’a 3 mois — Visa d’affaires
  • Jusqu’à 4 mois — Visa d’imam pour Ramadan
  • Jusqu’à 9 mois — Visa conjoint ou familial
  • Jusqu’à 1 an — Visa investisseur
  • Jusqu’à 2 ans — Occupation Permit

Obstacle 3

Le PMO comme verrou

Le rôle attribué au PMO est l’un des points les plus sensibles du dossier.

Selon nos recoupements, les demandes de visas émanant de détenteurs de passeports pakistanais ne seraient pas traitées comme de simples dossiers consulaires. Elles nécessiteraient une approbation à un niveau beaucoup plus élevé, celui du Prime Minister’s Office. Le Haut-commissariat de Maurice à Islamabad ne disposerait, dans ce schéma, d’aucune marge de décision réelle, y compris pour les détenteurs de passeports officiels, diplomatiques ou les personnalités publiques.

Cette centralisation change la nature du problème. Elle signifie que le dossier pakistanais ne relève pas seulement d’une lenteur administrative ou d’un excès de prudence au niveau consulaire. Il relèverait d’un choix institutionnel. Le visa pakistanais devient ainsi un dossier placé sous surveillance politique, avec un circuit d’approbation plus lourd, plus long et moins lisible.

Un État peut naturellement décider de soumettre certaines nationalités à des contrôles renforcés. Des considérations de sécurité nationale, d’immigration irrégulière, de coopération consulaire ou de risques documentés peuvent justifier un tel dispositif. Mais encore faut-il que cette prudence soit proportionnée, actualisée et fondée sur des éléments vérifiables. Si chaque dossier pakistanais doit remonter jusqu’au PMO, cela revient, dans les faits, à traiter le passeport pakistanais non comme un simple document de voyage, mais comme un signal de risque.

La question de fond est donc celle-ci  : le PMO intervient-il parce qu’il existe un risque réel, documenté et actuel, ou parce qu’un vieux classement administratif continue de produire ses effets sans être réévalué ? Dans le premier cas, Maurice doit assumer et expliquer sa politique. Dans le second, le pays entretient une mécanique de méfiance dont les conséquences diplomatiques, économiques et humaines deviennent difficiles à défendre.

Obstacle 4

Des cas concrets qui dessinent une tendance

STAR est en présence d’une série de cas précis, dans des secteurs différents, qui donnent au dossier une portée plus large. Diplomatie, famille, affaires, emploi, religion, culture : les difficultés alléguées ne semblent pas confinées à une seule catégorie de demandeurs. Elles traversent plusieurs profils, ce qui rend le problème plus difficile à réduire à quelques incidents isolés.

Secteur privé

Le visa d’un cadre bancaire aurait pris plus de sept mois.

  • Un employé régional d’une compagnie pétrolière aurait vu son dossier rester en attente depuis juin 2024, avant d’être rejeté en mai 2026 au motif que les compétences nécessaires seraient disponibles localement.
  • Une compagnie internationale de logistique aurait également attendu environ six mois.
  • Une délégation d’affaires liée à un festival de la mangue aurait connu des retards.

Ces exemples posent une question directe : comment Maurice peut-elle se présenter comme une juridiction ouverte aux affaires si certains profils professionnels doivent attendre des mois, parfois des années, avant d’obtenir une réponse ?

Professionnel

Trois vétérinaires pakistanais auraient attendu plus de six mois avant que leurs visas ne soient finalement rejetés. La compagnie concernée aurait ensuite renoncé à recruter au Pakistan en raison des retards.

C’est précisément le mécanisme d’une politique dissuasive : le refus n’affecte pas seulement les candidats concernés ; il modifie durablement le comportement des entreprises, qui finissent par éviter tout recrutement dans le pays visé.

Les religieux

Les imams pakistanais ne seraient pas épargnés. Selon des témoignages recueillis, des dirigeants des mosquées mauriciennes font état de visas sollicités pour Ramadan, retardés pendant plusieurs mois ou rejetés.

Personnalités publiques

Il a fallu des interventions en haut lieu pour que les artistes Atif Aslam et Rahat Fateh Ali Khan, ainsi qu’un joueur international de snooker, puissent avoir leur visa.

Billet

Dépasser des considérations obscures

Une politique de visa n’est jamais neutre. Elle dit quelque chose d’un pays. Elle révèle ses priorités, ses craintes, ses réflexes administratifs. Dans le cas des détenteurs de passeports pakistanais, le message envoyé par Maurice est difficile à ignorer : l’accès est lourd, lent, incertain, et souvent décourageant.

Maurice a évidemment le droit de contrôler ses frontières. Personne ne conteste cette souveraineté. Mais le contrôle ne doit pas devenir une suspicion permanente. La prudence ne doit pas se transformer en marginalisation. Et la sécurité ne peut pas servir d’explication silencieuse à un régime dont les effets sont aussi lourds.

Selon les documents consultés, le Pakistan reste soumis à une catégorie restrictive, avec des délais qui peuvent atteindre plusieurs mois, voire davantage pour certains permis. Visas de visite, visas d’affaires, visas familiaux, visas religieux, visas d’investisseurs, Occupation Permits : presque tous les profils semblent concernés. À ce niveau, il ne s’agit plus seulement d’administration. Il s’agit d’un système qui dissuade.

Or, la question centrale demeure sans réponse : pourquoi le Pakistan est-il traité ainsi ? Quels faits actuels justifient ce classement ? Les autorités mauriciennes disposent-elles d’éléments sérieux, récents et vérifiables ? Si oui, elles doivent l’expliquer. Si non, ce régime doit être revu.

Les documents pakistanais affirment qu’aucun ressortissant pakistanais n’est signalé dans des incidents terroristes à Maurice, qu’aucun cas significatif d’activités illégales n’est rapporté, que les dépassements de séjour seraient rares et qu’aucun cas récent de trafic de drogue impliquant des Pakistanais n’aurait été relevé. Si ces éléments sont exacts, la logique de « pays à risque » devient difficile à défendre.

La situation actuelle produit un effet clair : elle décourage les touristes, refroidit les investisseurs, complique les visites familiales, freine les professionnels et abîme l’image de Maurice au Pakistan. Un visa accordé trop tard, ou laissé en attente pendant des mois, peut avoir le même effet qu’un refus.

Maurice ne peut pas se présenter comme une plateforme ouverte, accueillante et tournée vers l’Asie tout en maintenant un partenaire comme le Pakistan dans une forme de méfiance administrative. Il faut sortir de l’ambiguïté.

Cesser de marginaliser le Pakistan ne signifie pas ouvrir les portes sans contrôle. Cela signifie appliquer des critères clairs, proportionnés et régulièrement réévalués. Cela signifie traiter les dossiers sur la base des faits, non d’une présomption attachée à une nationalité.

Si Maurice ne veut pas que les Pakistanais se sentent indésirables, elle doit commencer par revoir le système qui leur donne cette impression.

Ibn Hassenjee

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