Après plusieurs années de restrictions, Maurice prépare le retour des travailleurs bangladais dans son circuit officiel de recrutement. Le signal politique a été donné par le Conseil des ministres du 12 juin, qui a pris note du projet de signature d’un accord entre Maurice et le Bangladesh. Mais cette reprise ne se fera pas selon les anciennes méthodes. Le gouvernement veut désormais passer par un mécanisme gouvernement-à-gouvernement, avec une agence centrale de recrutement côté bangladais, afin de mieux encadrer les arrivées, lutter contre les pratiques illégales et répondre aux besoins de main-d’œuvre dans les secteurs en tension.
Le signal du Conseil des ministres
Le Conseil des ministres du vendredi 12 juin a ouvert une nouvelle séquence dans le dossier sensible de la main-d’œuvre étrangère. Le gouvernement a pris note du travail engagé par le ministère du Travail et des Relations industrielles en vue de revoir le mécanisme de recrutement des travailleurs étrangers à Maurice.
Cette révision vise notamment à s’attaquer au recrutement illégal. Dans ce cadre, Maurice prévoit de signer un Memorandum of Understanding avec le Bangladesh. L’accord devra permettre de relancer le recrutement de travailleurs bangladais dans les secteurs confrontés à une pénurie de main-d’œuvre.
Le Cabinet a aussi donné une indication importante sur le poids actuel de cette communauté dans l’économie mauricienne. Selon les chiffres communiqués, 8 975 travailleurs d’origine bangladaise sont actuellement employés à Maurice. Ils figurent parmi les principales communautés de travailleurs étrangers, aux côtés des Indiens, des Népalais et des Malgaches.
La décision du Cabinet ne constitue donc pas une simple annonce administrative. Elle marque la volonté du gouvernement de rouvrir une filière longtemps restreinte, mais dans un cadre beaucoup plus contrôlé.
Une filière longtemps freinée
Le recrutement de travailleurs bangladais vers Maurice a connu plusieurs années de ralentissement. Dans les faits, cette filière était fortement restreinte, voire gelée, sur fond de préoccupations liées au suivi des travailleurs migrants et aux failles du système de recrutement.
Des sources bangladaises ont évoqué une fermeture du marché mauricien aux travailleurs du Bangladesh pendant plusieurs années. Le flux de travailleurs aurait fortement diminué depuis 2023, notamment après des inquiétudes concernant des travailleurs qui quittaient leur employeur initial ou se retrouvaient en dehors du circuit officiel.
Ces difficultés avaient alimenté une méfiance croissante autour de la filière. Pour les autorités mauriciennes, le problème ne portait pas seulement sur l’arrivée des travailleurs. Il concernait aussi leur suivi après leur entrée sur le territoire, les changements d’employeur, les conditions de recrutement, le rôle des intermédiaires et les risques de situation irrégulière.
Le retour annoncé des travailleurs bangladais doit donc être compris dans ce contexte. Il ne s’agit pas d’un simple retour à la situation d’avant. Il s’agit plutôt d’une tentative de réouverture sous contrôle.
Le travail mené par Reza Uteem
Cette évolution est aussi le résultat du travail engagé par le ministre du Travail et des Relations industrielles, Reza Uteem. Le dossier a connu une avancée significative en marge de la 114e Conférence internationale du Travail à Genève, où le ministre mauricien a rencontré son homologue bangladais, Ariful Haque Choudhury.
Cette rencontre a permis de replacer le dossier dans un cadre bilatéral. Les discussions ont porté sur la situation des travailleurs bangladais déjà présents à Maurice, sur la possibilité de rouvrir le marché mauricien et sur les garanties nécessaires pour encadrer les recrutements à venir.
La démarche de Reza Uteem consiste à concilier deux impératifs. D’un côté, plusieurs secteurs économiques ont besoin de main-d’œuvre étrangère pour maintenir leurs activités. De l’autre, Maurice ne peut pas relancer une filière sensible sans mettre en place des garde-fous.
Le ministre a ainsi défendu une approche plus structurée. Le retour des travailleurs bangladais doit répondre aux besoins réels de l’économie, notamment dans le textile, mais il doit aussi éviter les pratiques qui avaient fragilisé le système dans le passé : recrutement opaque, frais abusifs, contrats mal encadrés, mobilité non suivie et dépendance excessive envers les intermédiaires.
Le textile en première ligne
Le secteur textile devrait être l’un des principaux bénéficiaires de cette réouverture. Maurice fait face depuis plusieurs années à des difficultés de recrutement dans certaines branches de l’industrie manufacturière. Les entreprises peinent à trouver localement la main-d’œuvre nécessaire pour soutenir leur production.
Le Bangladesh, de son côté, dispose d’une importante expérience dans le textile et l’habillement. Il peut fournir des travailleurs ayant déjà une culture industrielle dans ce secteur. C’est ce qui rend cette filière particulièrement attractive pour les employeurs mauriciens.
Mais le Bangladesh ne veut pas être perçu uniquement comme un réservoir d’ouvriers du textile. Lors des discussions avec Maurice, les autorités bangladaises ont aussi mis en avant la possibilité de fournir des travailleurs qualifiés dans d’autres domaines, notamment la santé, l’ingénierie, la comptabilité ou les soins infirmiers.
Pour Maurice, l’enjeu est d’abord pratique : répondre aux pénuries. Mais à plus long terme, l’accord pourrait ouvrir la voie à une coopération plus large en matière de formation, de mobilité professionnelle et de partenariat économique.
Un accord gouvernement-à-gouvernement
Le cœur du nouveau dispositif repose sur le futur Memorandum of Understanding entre Maurice et le Bangladesh. Cet accord devra prévoir la mise en place, par les autorités bangladaises, d’un organisme gouvernemental agissant comme agence centrale de recrutement.
C’est l’un des points les plus importants du dossier. Les recrutements ne devraient plus dépendre principalement de réseaux privés ou d’intermédiaires multiples. Ils passeraient par un canal officiel, reconnu par les deux États.
L’objectif est de rendre le processus plus transparent. Une agence centrale permettrait de mieux identifier les travailleurs recrutés, de vérifier les profils, de contrôler les contrats et de s’assurer que les employeurs mauriciens passent par des procédures formelles.
Ce modèle vise aussi à réduire les risques d’abus dans le pays de départ. Dans plusieurs filières migratoires, les travailleurs peuvent être exposés à des frais élevés, à des promesses non tenues ou à des contrats qu’ils comprennent mal. En passant par un mécanisme officiel, Maurice et le Bangladesh veulent limiter ces zones grises.
Le logement aussi encadré
Le Conseil des ministres du 12 juin a également approuvé de nouvelles règles concernant les logements centralisés destinés aux travailleurs migrants. Ce volet est directement lié au recrutement.
Les nouvelles dispositions prévoient un système de permis pour les bâtiments utilisés comme logements collectifs. Elles imposent aussi des exigences en matière de santé, de sécurité incendie et de responsabilité des propriétaires comme des employeurs.
Cette réforme montre que le gouvernement veut encadrer l’ensemble du parcours migratoire. Le recrutement ne commence pas seulement au moment où l’employeur cherche un travailleur. Il ne s’arrête pas non plus à l’arrivée à l’aéroport. Il se poursuit dans les conditions de logement, le transport, l’accès aux services, la sécurité et le respect des droits fondamentaux.
Pour les travailleurs migrants, ces garanties sont essentielles. Pour les autorités mauriciennes, elles permettent aussi de mieux contrôler le système et de réduire les risques de dérives.
Star Journal d'information en ligne