Ces derniers temps, nous assistons de plus en plus à un rajeunissement de la mendicité à Maurice et plus particulièrement dans la capitale, aux abords des Fast Foods. Mais derrière chaque mendiant se cache une histoire troublante, écœurante.
La mendicité, qui est un délit puni par la loi, a toujours existé à Maurice et ce n’est pas un phénomène nouveau. Mais la mendicité des mineurs est un phénomène relativement nouveau, car depuis la Covid-19, la plupart de ces jeunes ont mis fin à leur scolarité et sont issus de familles vulnérables. De ce fait, nombre d’entre eux se retrouvent à la rue, à la recherche d’argent et de nourriture.
Dans la capitale, à la rue Sir Seewoosagur Ramgoolam (ex-Desforges), il y a une prolifération de mendiants dans la moyenne d’âge de 25 à 30 ans. Nous avons mené une petite enquête pour savoir les raisons qui les poussent à faire la manche au lieu de chercher du travail. La majorité de ces jeunes ont refusé de dévoiler leurs identités et certains ont même été menaçants. Par contre, nous avons croisé la route d’Aftaab (prénom d’emprunt), un jeune homme d’une vingtaine d’années issu de Vallée-des-Prêtres, qui vit dans la rue depuis plus de 5 ans. D’emblée, il précise qu’il n’est pas toxicomane et n’a jamais touché à la drogue. Il raconte qu’il est orphelin depuis l’âge de 7 ans après le décès de son père, et sa mère a quitté le pays deux ans après. Il avait été laissé chez une dame qui l’a élevé dans des conditions particulièrement difficiles.
Aftaab a été scolarisé jusqu’à la primaire et a abandonné l’école pour trouver du travail chez un ferblantier de la capitale. Un an après, il trouve du travail chez un mécanicien qui passe son temps à l’insulter toute la journée. À l’âge de 15 ans, il commence à défier l’autorité de la dame qui l’héberge, et cette dernière lui montre le chemin de la rue. « Mo pa ti koner kot pou aler ek mo pena fami ki pou ramasse moi », dit-il.
Chercher de quoi manger
Aftaab passe sa journée à errer dans la capitale à la recherche de nourriture et le soir, il dort sur un banc, parfois au Jardin de la Compagnie et parfois sous un abribus. « Mo ti perr ki dimounn atak moi ek dan l’hiver mo ti pe ale dormi enba pont dan carton », avance-t-il. D’année en année, Aftaab a pris goût à ce mode de vie de liberté et de vagabondage sans avoir à rendre compte à quiconque. Il raconte qu’il n’a pas d’identité et que personne ne s’intéresse à son cas. « Monn plein ek sa lavi dimann sarite la. Mo pa honté pou dir ki mo finn plein avek gagne maltraite avek dimounn », se désole-t-il.
Le jeune homme raconte qu’il y a des gens qui achètent de la nourriture pour lui, mais par contre d’autres qui l’insultent grossièrement et lui demandent de chercher du travail. « Enn madam dir moi si li ti dan mo plas, li ti pou ale zet so lekor », laisse-t-il entendre, ému. Aftaab est d’accord qu’il a tort de mendier toute la journée et cela durant des années. « Mo pas drogué ek mo pas volerr. Mo ena problem la sante, mo pa kapav fer travay lourd. (…) Parfwa, mo pense pou komet l’irreparab mé c’est enn peché dan l’Islam », lâche-t-il. Il avoue avoir de la peine à accomplir la salât mais de temps à autre, il se faufile dans un coin pour prier. « Mo linz sale ek dimoun kroir mo volerr. »
Aftaab raconte que dans la capitale, il existe une cinquantaine de mendiants qui traînent dans les rues et dorment sur le trottoir. La majorité a cessé de se droguer, mais est accro à l’alcool. « Zot peur si gagne zot avek ladrog, zot pou ale fermer ek pena personn pou dir zot lor caution », fait-il comprendre. Selon lui, toutes ces personnes quémandant sur le chemin sont des hommes et des femmes qui ont perdu leurs repères. « Ena rakonter zot finn separer ar zot madam ek nepli ena plas pou aler. »
Aftaab remercie une organisation qui distribue de la nourriture deux fois par semaine et il souhaite que le gouvernement prenne conscience de leur cas et mette en place des abris pour les accueillir la nuit. « Nou ti pou kapav pren enn bain, manze ek dormi », espère-t-il.
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