Monday , 27 May 2024

Post-1er-Mai : existe-t-il un électorat musulman ?

Si un électorat musulman existe, il ne vote pas uniquement pour les musulmans. Ce sont des candidats qui ne partagent pas leur foi qui sont choisis par les musulmans dans presque toutes les circonscriptions, sans que cela ne soit un problème.

La guerre électorale est désormais déclarée. Sauf si le pouvoir décide de laisser refroidir l’atmosphère et attendre autant que possible pour un moment plus favorable, après le choc du 1er-Mai. Mais les foules à Vacoas et à Port-Louis, ou ailleurs, nous disent-elles où se penche déjà l’électorat ? Sinon, y aurait-il pas un seul, mais trois électorats musulmans qui se dessinent ?

Urbain

L’électorat d’appartenance musulmane dans les villes, à l’instar des citadins des circonscriptions 2 et 3, est absolument derrière le gouvernement actuel ! Si vous n’en êtes pas convaincu, c’est que vous ne suivez pas la télévision nationale, sinon vous ne faites pas confiance à ses reportages et ses images. Encore moins êtes-vous friands du briani des ‘Eid Parties’ interminables que certains organisent avec l’argent des contribuables, pour ne pas y attribuer une autre source.

Vous êtes persuadés, par contre, par ce que vous entendez parmi vous-mêmes, dans la famille, dans le voisinage, dans les rues, à la sortie des mosquées, dans les mariages comme dans les funérailles. L’électorat musulman urbain, aux nos 2 et 3 particulièrement mais pas exclusivement, est largement acquis à la cause de l’opposition, sinon a une préférence pour le PTr/MMM.

L’attrait dans les villes sera davantage la lutte acharnée pour un ou plusieurs sièges de Best-Loser, car le podium ne risque pas d’être une surprise, dans ces dernières circonscriptions en tous cas. Les foules du 1er-Mai l’ont confirmé. Le nombre de « views » aussi sur les réseaux sociaux de la transmission des meetings en direct montre une popularité d’au moins trois fois supérieure du rendez-vous politique du PTr/MMM, avec le nouveau parti ND, sur celui du MSM et ses partenaires. Les commentaires en ligne qui vont bon train signalent également la soif de changement chez de nombreux internautes, ceux qui habitent dans les villes notamment, et qui se clament de la communauté musulmane si nous pouvons nous fier à l’identité qu’ils assument.

Rural

Or, s’il y avait 20 000 personnes qui regardaient en temps réel sur les sites des groupes de presse les interventions majeures du 1er-Mai, et disons dix fois encore ceux qui écoutaient leurs postes de radio, il demeure qui rien n’est décidé à l’heure actuelle. Qu’il s’agit de l’électorat musulman qui réside dans les villages, sinon des dizaines de milliers de ces votants dans les régions semi-rurales ou semi-urbaines, une adhésion, ou non, à l’alliance au pouvoir au moment opportun du scrutin n’est pas impossible.

Une bonne partie de cet électorat musulman de la campagne n’a pas hésité dans le passé à s’aligner, très souvent en bloc, derrière le MSM, ou le PTr jadis, en accord avec la tendance majoritaire à la dernière heure dans les circonscriptions 4 à 14. Les villages ne suivent pas les villes, sinon il y a 60-0, ou presque. Le report des voix de cet électorat de foi musulmane dans certains quartiers plutôt agricoles du 15, du 16 et même du 17 avec Midlands, par exemple, peut changer la donne lorsque les résultats sont très, très serrés.

Cet électorat musulman rural n’était pas si visible à Vacoas, les services de renseignements ne manqueront pas d’en faire part à qui de droit. La MBC peut bien diffuser en boucle les montages-vidéos de fervents partisans glorifiant le Premier ministre, jusqu’à exhiber un homme se prosternant devant lui, mais les musulmans des villages y étaient les abonnés absents. Ils n’étaient pas présents, non plus, en masse à Port-Louis.

Autres

Un électeur dûment enregistré peut aussi faire le choix de ne pas se rendre aux urnes. Inévitablement, dans le contexte actuel, s’abstenir, même lorsque le vote blanc n’est pas comptabilisé, n’est jamais sans conséquence. Une partie de l’électorat musulman aura, peut-être, cette attitude. Pas seulement selon une stricte interprétation religieuse qui est la leur, mais parce que personne ne semble les satisfaire comme dignes représentants à l’Assemblée. Peut-on les plaindre ?

Des jeunes seront parmi ceux-là, y compris au sein de l’électorat musulman. Difficile d’évaluer l’abstention parmi ceux qui seront, pour certains, appelés aux urnes pour la première fois. Autre élément rude à estimer : l’impact des découpages électoraux récents qui semblent renforcer ces ghettos politiques là où est l’électorat musulman urbain. Aux nouveaux électeurs, ajoutons aussi l’incertitude lorsqu’il y de nouveaux bureaux de votes introduits dans les circonscriptions concernées et de nouveaux candidats pour les habitués, même si nous pouvons penser que normalement ce sont les partis ou alliances qui dictent le choix de la plupart des gens.

Si les nouveaux partis, eux, ne semblent pas trop galvaniser l’intérêt de la communauté musulmane, il faut s’attendre à un effet plus que significatif de la candidature de certains de leurs dirigeants. Ils joueront les trouble-fête, probablement au détriment de l’opposition parlementaire PTr-MMM-ND. L’émergence d’un parti dit « musulman » n’est pas à écarter, une manière aussi de barrer la route à cette dernière dans les villes.

Avec le positionnement critique, mais inconnu jusqu’ici, de l’électorat musulman rural, un autre élément que nous ignorons est l’arrangement qui pourra se faire en secret entre et avec des candidats, agents influents, leaders religieux, chefs de clans, dirigeants d’associations socioreligieuses et donneurs de mot d’ordre, des fois autoproclamés, voire des partis à priori antagoniques. Ainsi, dans la toute petite circonscription du numéro 3, le leader du FSM a un certain électorat qui lui est plutôt fidèle et il pourra, personnellement, gêner probablement les favoris que sont les prétendants au sein PTr et du MMM.

Concluons en exprimant une crainte réelle, non par rapport à une fraude électorale directe et significative, car la vigilance sera totale, mais concernant l’instrumentalisation qui pourra être faite des réseaux sociaux. Il faut tout faire pour que la campagne électorale soit sans aucune trace de violence. Il faut impérativement que les autorités, la police notamment, soit à la hauteur du défi. Et terminons, en gardant un espoir, tout aussi sincère, que l’électorat musulman comme tout autre électorat, où qu’il soit, ne succombe jamais à la tentation de l’argent.

Par PROF. KHALIL ELAHEE

Commentaires

A propos de star

Ceci peut vous intéresser

Départ des pèlerins : en quête de spiritualité

Les premiers pèlerins mauriciens ont pris l’avion pour l’Arabie saoudite cette semaine où ils vont …