samedi , 6 juin 2020
Muhammad Rehan Hanif

Muhammad Rehan Hanif, vice-président de la KCCI : «Nous souhaitons exporter de la viande halal à Maurice»

Une délégation de la Karachi Chamber of Commerce and Industry (KCCI) était à Maurice cette semaine pour une visite de prospection. Dans un entretien qu’il a accordé à STAR, Muhammad Rehan Hanif, vice-président de la KCCI et chef de la délégation, dit souhaiter une coopération commerciale renforcée entre Maurice et le Pakistan. 

Quel est le but de la visite de la délégation de la KCCI à Maurice ?
L’objectif principal de cette visite est d’améliorer notre position commerciale vis-à-vis d’autres pays et en particulier, ceux du continent africain. Maurice et le Pakistan ont des liens qui datent de 50 ans mais cela dit, le commerce entre les deux pays est relativement bas, si ce n’est que quelques millions de dollars. Or, il existe de vrais potentiels que ce soit à Maurice ou au Pakistan. Aussi, le Pakistan souhaite conquérir d’autres marchés à travers le monde, autres que les marchés traditionnels. Et nous avons les moyens de diversifier notre commerce.

«La politique gouvernementale par rapport à l’investissement étranger à Maurice est également très attrayante»

Pourquoi est-ce que le Pakistan tient à pénétrer le marché africain ?
Si vous regardez les chiffres, vous serez étonnés de voir que le volume des exportations et celui des importations entre Maurice et le Pakistan ont chuté au cours de ces dernières années. La valeur des exportations des produits du Pakistan vers Maurice a connu une baisse d’environ 20% de 2016 à 2017, alors que le volume d’importations de Maurice a chuté de 43%. Ces chiffres ne reflètent pas le réel potentiel commercial des deux pays. Or, Maurice est réputé pour sa position stratégique et le Pakistan peut en tirer des bénéfices. L’on pourrait songer dans un premier temps à utiliser Maurice comme une plateforme afin de pénétrer les marchés en Afrique. Nos deux pays auront alors beaucoup à gagner. Le Pakistan a déjà exploré les marchés en Europe et aux États-Unis, mais ceux du continent africain nous sont encore inconnus.

Pourquoi selon vous Maurice et le Pakistan doivent renforcer leur volume commercial ?
D’abord, il faut faire ressortir qu’il existe un grand manque de communication entre Maurice et le Pakistan quand il s’agit du commerce. Il est important de l’éliminer afin de pouvoir renforcer le commerce. Nos deux pays ont déjà signé un accord préférentiel dans le passé ainsi que d’autres accords et j’estime qu’il serait judicieux d’en faire bon usage. Aussi, il est souhaitable d’avoir la visite des délégations des deux pays le plus fréquemment possible afin de discuter les possibilités de commerce et des stratégies. Maurice et le Pakistan ont de très bonnes relations diplomatiques et amicales et il est essentiel que cela se traduit aussi en des relations commerciales plus solides.

«Des hommes d’affaires pakistanais pourraient venir implanter une usine d’assemblage de motocyclettes à Maurice»

Qu’est-ce que Maurice a à gagner en faisant du commerce avec le Pakistan ?
Pour le moment, on constate qu’il y a uniquement quelques produits alimentaires, entre autres, qui sont exportés vers Maurice. Or, le Pakistan a beaucoup plus à offrir, que ce soit dans le domaine pharmaceutique ou de l’ingénierie. Aussi, le domaine de la technologie et de l’informatique est en plein essor au Pakistan et je suis d’avis que Maurice aura beaucoup à gagner dans ce secteur. Par ailleurs, il faut souligner que le Pakistan avait exprimé son souhait d’exporter de la viande halal à Maurice depuis deux ans. Nous attendons toujours que des inspecteurs de l’agro-industrie viennent y faire un constat et nous donner le feu vert. Bien qu’il n’existe aucun vol direct entre nos deux pays, cela ne pose aucun problème car il y a des vols avec des transits à Dubaï de très courte durée.

Réciproquement, le Pakistan peut-il bénéficier de l’expertise mauricienne ?
Au cours de notre visite, nous avons eu l’occasion de visiter le port et la délégation a été émerveillée par toutes les facilités existantes que ce soit en termes de stockage ou autres. Je pense que ces facilités portuaires seraient d’une grande utilité pour le Pakistan si nous parvenons à utiliser Maurice comme une passerelle vers l’Afrique. La politique gouvernementale par rapport à l’investissement étranger à Maurice est également très attrayante et les membres de la délégation vont avoir des discussions approfondies y relatives afin de voir comment nous pouvons en tirer des bénéfices.

«Il existe un grand manque de communication entre Maurice et le Pakistan quand il s’agit du commerce»

Outre le secteur manufacturier, dans quels autres créneaux est-ce que nos deux pays peuvent faire du commerce ?
Je pense que dans un premier temps, si nous voulons accroître le commerce entre nos deux pays, il est essentiel de se concentrer sur une chose à la fois. Nous pouvons nous focaliser sur le secteur manufacturier dans l’immédiat et songer aux autres secteurs à l’avenir. Après la visite de la délégation au port, nous avons eu des suggestions de la part de nos membres que des hommes d’affaires pakistanais pourraient venir implanter une usine d’assemblage de motocyclettes à Maurice. Les pièces seront d’origine pakistanaise et la motocyclette sera assemblée ici. Comme l’exigent les règlements à Maurice, nous pourrons apporter les 35% de valeur ajoutée au produit afin de pouvoir l’exporter que ce soit vers l’Afrique ou ailleurs. C’est une idée qu’on espère concrétiser.

Par ailleurs, pensez-vous qu’il existe un marché touristique pour les Pakistanais à Maurice ?
Certainement ! Chaque année, plus de 1,5 million de touristes pakistanais voyagent à travers le monde. Certains vont même séjourner dans les Îles Maldives. Or, très peu viennent à Maurice peut-être parce qu’ils n’ont pas suffisamment d’informations sur le pays. Je pense qu’il est temps pour que le gouvernement mauricien commence à promouvoir l’île Maurice comme une destination touristique au Pakistan. Nous avons eu l’occasion d’en discuter avec le ministre des Affaires étrangères, M. Vishnu Lutchmeenaraidoo. J’espère que cette rencontre va déboucher sur des actions concrètes.

Concernant le secteur de l’éducation, les étudiants mauriciens s’intéressent de moins en moins à poursuivre leurs études au Pakistan à cause des attaques terroristes. Comment les rassurer ?
Je peux vous assurer que la situation n’est plus la même et le maintien de la loi et de l’ordre se fait d’une façon très efficace grâce au dévouement des organismes chargés de l’application des lois sur le territoire pakistanais. Ces organismes ont pu mettre un frein au climat d’insécurité qui régnait dans le pays et ainsi restaurer la paix dans une grande mesure.

Sinon, quelle est la situation au Pakistan en général ?
Il fait bon vivre actuellement au Pakistan car le maintien de la sécurité se fait de manière très efficace et professionnelle par les organismes spécialisés. Aussi, le coût de la vie n’est pas si exorbitant et le pays est en progrès constant sur le plan économique.

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