Longtemps perçus d’abord comme des biens à vocation religieuse, sociale ou charitable, les waqfs vont désormais entrer dans une nouvelle logique : celle de la surveillance financière. Dans l’annexe du Budget, le gouvernement annonce un cadre de supervision AML/CFT, c’est-à-dire lié à la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Derrière cette formulation technique, une évolution majeure se dessine : l’État veut savoir qui gère les waqfs, comment les fonds circulent, qui en bénéficie réellement et si ces structures peuvent présenter des risques d’abus financiers.
C’est une petite mention dans l’annexe du Budget 2026-2027. Mais elle ouvre un dossier beaucoup plus large, sensible et potentiellement explosif pour la communauté musulmane : la réforme de la Waqf Act.
Le gouvernement annonce que la loi sera amendée afin d’introduire un cadre complet de supervision AML/CFT pour les waqfs. Autrement dit, les waqfs — ces biens, fonds ou institutions placés sous un régime religieux et charitable — seront désormais intégrés dans une logique de contrôle contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme.
Le texte de l’annexe est clair : la Waqf Act sera modifié pour introduire « un cadre complet de supervision AML/CFT pour les waqfs ». Cette formulation donne le ton. Il ne s’agit pas d’un simple ajustement administratif, mais d’un changement de philosophie dans la manière dont l’État entend encadrer les waqfs.
Un contrôle renforcé au nom de la transparence
Le premier axe de la réforme concerne la coopération entre institutions. Le gouvernement veut définir les « autorités compétentes » en ligne avec la Financial Crimes Commission Act, afin de faciliter le partage d’informations avec les autorités concernées.
Traduit en termes simples, cela signifie que les informations relatives aux waqfs pourront être partagées avec les organismes chargés de la lutte contre les crimes financiers. Le waqf ne sera plus seulement vu comme une institution religieuse ou communautaire. Il sera aussi regardé à travers le prisme de la conformité financière.
Le mot « waqf » encadré
L’annexe prévoit de restreindre l’usage des mots « waqf », « wakf » ou toute appellation similaire aux seuls waqfs enregistrés auprès du Board of Waqf Commissioners. L’objectif affiché est d’éviter la confusion et les fausses représentations. En clair, une structure non enregistrée ne pourra plus se présenter librement comme waqf.
Le Board renforcé
Le Board of Waqf Commissioners obtiendra des pouvoirs plus étendus. Il pourra exercer une surveillance AML/CFT sur les waqfs et exiger la production d’informations et de documents.
C’est le cœur de la réforme. Le Board ne sera plus seulement un organe d’administration. Il deviendra aussi un organe de contrôle.
Des comptes obligatoires
Les personnes impliquées dans la gestion des waqfs devront tenir des registres appropriés et soumettre des comptes lorsque cela sera demandé. Cette mesure vise la transparence. Mais elle risque aussi de bousculer certaines pratiques anciennes, parfois peu formalisées, dans la gestion des biens waqf.
Bénéficiaires effectifs : le point sensible
Le gouvernement prévoit aussi un registre des informations sur les bénéficiaires effectifs des waqfs. Ce registre sera accessible aux autorités compétentes et aux agences chargées de l’application de la loi.
C’est l’un des points les plus délicats. Car un waqf peut être destiné à une mosquée, une madrassa, une œuvre sociale, une famille ou une cause religieuse. Déterminer qui en est le véritable bénéficiaire peut donc devenir complexe.
Des gestionnaires révocables
Le Board pourra également retirer toute personne impliquée dans la gestion d’un waqf si elle est jugée « not fit and proper ». Cette notion introduit une logique de probité et de conformité dans la gestion des waqfs. Mais elle soulève une question importante : sur quels critères une personne sera-t-elle déclarée inapte ?
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