Si vous êtes de passage à New Delhi, laissez tomber les rickshaws ou les taxis et plongez sans hésiter sous terre. Plus rapide, nettement moins cher et ultra-moderne, le métro de Delhi est un luxe à bas coût et ultra-pratique si vous savez vous organiser.
Il est presque 18 heures à New Delhi. La chaleur de la journée commence à peine à fléchir, mais le tumulte de la surface dans la capitale indienne est à son maximum. Je viens de passer l’après-midi à sillonner la ville pour un reportage sur un nouveau phénomène qui attire l’Inde : l’explosion des ventes de scooters électriques. Boostés par la hausse vertigineuse du prix des carburants, ces deux-roues silencieux sont devenus le nouveau best-seller des classes moyennes.
À Delhi, ils les utilisent comme un véritable véhicule familial : il n’est pas rare d’y voir trois, voire quatre personnes à moto. Après une longue immersion dans ce chaos routier, je décide enfin de laisser la surface derrière moi et de plonger dans le Métro de Delhi. Mon point de chute : la station de métro de Hauz Khas.
Pour quiconque a déjà pris le métro à Paris, à Washington ou le célèbre Tube à Londres, l’expérience est ici radicalement différente. Dans les capitales occidentales, les stations historiques ont souvent une dimension plus haute, plus voûtées, mais elles restent marquées et usées par le temps. En Inde, le choix architectural est tout autre : les plafonds sont plutôt bas, massifs, mais l’espace horizontal est gigantesque, d’une fonctionnalité presque clinique.
La station de Hauz Khas est un monstre de béton : c’est l’une des plus profondes du pays, s’enfonçant à près de 30 mètres sous le sol, jalonnée de dizaines d’escalators qui descendent à pic.
Un voyage rapide et climatisé
« Faire ce trajet en un quart d’heure, c’est génial », me glisse Aakash, 25 ans, qui m’accompagne ce soir encore au milieu de ces couloirs immenses. « Tu te rends compte ? En surface, j’en aurais eu pour plus de 30 minutes de calvaire. »
Si les voyageurs réguliers disposent d’une carte magnétique classique, mon téléphone portable me suffit aujourd’hui pour payer ce trajet en ligne, via des applications de paiement en ligne. Le Code QR reçu directement sur mon écran me permet d’ouvrir instantanément les portiques électroniques. Ma distance à parcourir ? Un peu plus d’un kilomètre pour rejoindre le marché de Green Park Market. Le tarif est dérisoire : 11 roupies indiennes seulement (soit à peine 5 ou 6 roupies mauriciennes).
Le coût du métro ici est extraordinairement bas. Le même trajet en rickshaw m’aurait coûté 50 roupies indiennes, et une voiture Uber aurait facilement grimpé à 120 roupies avec le tarif de pointe.
Voyager dans le métro de Delhi, c’est comme changer de monde. C’est une rupture sociale nette. Bien entendu, la foule est immense et elle se presse sur les quais, mais sa physionomie est totalement différente de celle de la rue. Ici, on croise une classe moyenne éduquée, branchée, et de très nombreux étudiants. C’est un autre monde, un vrai dépaysement par rapport au Delhi de la surface.
Le réseau de la capitale est aujourd’hui un géant mondial : plus de 416 kilomètres de lignes interconnectées, près de 340 trains qui effectuent des milliers de trajets chaque jour pour transporter une moyenne impressionnante de 6,5 millions de voyageurs au quotidien.
Attention aux longues marches !
Pourtant, pour le voyageur mauricien qui débarque en Inde, il y a un piège auquel il faut se préparer : accepter de marcher, et parfois beaucoup. Le métro indien fait face à ce qu’on appelle communément le « fameux problème du dernier kilomètre ». Les stations sont si grandes et les sorties relativement éloignées des destinations finales que les usagers doivent souvent terminer leur course à l’arrière d’un moto-taxi ou d’un rickshaw.
C’est précisément la raison pour laquelle, en dehors de Delhi, le métro ne séduit pas encore. Dans d’autres grandes villes comme Jaipur, Lucknow ou Kanpur, les lignes sont trop courtes et mal connectées pour être rentables. Comme me le confiait Chirag, un urbaniste de Delhi lors d’un récent reportage pour France Culture : « Si vous devez prendre le métro, puis un taxi, puis un rickshaw pour arriver à destination, ça n’a aucun intérêt. »
À Delhi, l’exception culturelle tient bon. Le métro a gagné sa bataille contre la route. Mais pour le reste de la péninsule indienne, le rail souterrain cherche encore son public, qui préfère pour l’instant continuer de rouler, coûte que coûte, en surface.
Abdoollah EARALLY
Star Journal d'information en ligne