Saturday , 31 January 2026

Le sacrifice de Fardeena pour sauver son fils : Zayn, l’enfant qui a survécu grâce au rein de sa mère

À 29 ans seulement, Fardeena Quadir a déjà traversé ce que certaines mères ne vivront jamais en une vie entière.

Mère célibataire, Fardeena Quadir élève seule ses deux fils, Zayn (9 ans) et Noor (6 ans) dans la région de Caroline. Une existence modeste, rythmée par les contraintes du quotidien, qu’elle assumait avec courage en travaillant comme pompiste à Bel-Air. Jusqu’au jour où la maladie de son fils aîné a tout fait basculer.

En effet, depuis neuf ans, la vie de cette mère courage est une succession de diagnostics médicaux, d’opérations, de nuits blanches à l’hôpital et de peurs silencieuses. Une lutte acharnée menée dans l’ombre, sans projecteurs, mais avec une force que seule une mère peut puiser lorsqu’il s’agit de sauver son enfant.

Une grossesse déjà marquée par l’inquiétude

Les premiers signes apparaissent alors que Fardeena est enceinte de huit mois. Les médecins évoquent un problème gynécologique, sans fournir de détails précis. Rien ne laisse encore présager l’ampleur du drame à venir. Le 17 février 2016, Zayn naît à l’hôpital de Flacq. À peine venu au monde, les médecins remarquent une anomalie inquiétante : son ventre est anormalement gonflé, rempli de liquide. Le nourrisson est transféré d’urgence à l’hôpital de Rose-Belle.

Pour Fardeena, c’est le début d’une descente brutale dans l’inconnu. « Zot ti pe dir moi ena loperasyon pou fer, ki li danzerer ek mo pa ti pe tro kompran. Mo ti pe per pou mo ti bebe », confie-t-elle.

Un bébé opéré à 23 jours de vie

Ainsi, à seulement 23 jours, Zayn subit sa première opération. Les médecins découvrent que sa vessie ne fonctionne pas correctement. Il est incapable d’uriner naturellement. Pour le sauver, un tube est installé directement dans son ventre afin de drainer l’urine depuis les reins. Voir son nourrisson branché à des sondes est une épreuve que Fardeena décrit comme insoutenable. « Li ti enkor enn ti bebe, tipti, tipti ek li ti pe soufer. Mo ti santi mwa impuisan sa ler la », raconte-t-elle, émue.

L’enfant grandit ainsi, entre soins intensifs, médicaments et contrôles réguliers. À un an et demi, une deuxième opération est tentée afin de retirer la sonde et permettre à Zayn d’uriner normalement. L’espoir renaît. À l’âge de trois ans, Zayn est finalement diagnostiqué avec un megabladder (méga-vessie), une grave malformation congénitale. Dans son cas, l’urine reste bloquée dans la vessie et ne s’évacue pas normalement. Cette stagnation provoque un reflux vers les reins, entraînant des infections urinaires répétées, des épisodes de fièvre sévère et une détérioration progressive de la fonction rénale.

Infections, fièvres et retour à l’hôpital

Mais très vite, les complications apparaissent. Zayn commence à faire de graves infections urinaires, accompagnées de fièvres élevées. Les hospitalisations se multiplient. La mère court d’un service à l’autre, souvent seule, portant son enfant dans les bras, le cœur serré.

Les examens médicaux révèlent alors une vérité encore plus cruelle : le rein gauche de Zayn est faible depuis sa naissance. Le rein droit, jusque-là fonctionnel, commence à se détériorer à son tour à cause des infections répétées.

« Quand on m’a dit que ses reins s’abîmaient, j’ai senti le sol se dérober sous mes pieds  », se souvient Fardeena.

À six ans, une condamnation à vie annoncée

À l’âge de six ans, le verdict tombe comme une sentence. Zayn souffre d’un dysfonctionnement sévère de la vessie. Il doit à nouveau porter une sonde urinaire pour drainer son urine. Cette fois, le message est clair : cette sonde devra l’accompagner toute sa vie.

L’enfant est suivi à l’hôpital du Nord. Il grandit entre les murs des hôpitaux, loin de l’insouciance des jeux d’enfants. Il va à l’école, mais porte des couches. Il dort sur des protections. Son quotidien est fait de restrictions et de douleurs. Fardeena observe son fils lutter en silence. « Zamé li ti pe plaigner mé mo ti trouver ki li pe soufer », dit-elle.

Face à l’aggravation de l’état de santé de son fils et à l’absence de solutions locales, Fardeena décide alors de se tourner vers l’OMCA Foundation. Sans perdre de temps, l’organisation accepte de prendre Zayn en charge et organise son départ pour l’Inde afin d’obtenir un diagnostic médical approfondi.

Un rein offert par amour

En 2024, après de longues démarches et une batterie d’examens spécialisés, le verdict tombe, implacable : le rein gauche de l’enfant est totalement détruit, tandis que le rein droit ne fonctionne plus qu’à 15%. Zayn est en insuffisance rénale sévère. Sans intervention rapide, son pronostic vital est clairement engagé. La seule solution est une greffe de rein.

Sans hésiter, Fardeena se propose comme donneuse. « C’était évident. C’est mon fils. Je n’ai même pas réfléchi », affirme-t-elle. Mais un nouvel obstacle se dresse : leurs groupes sanguins ne sont pas compatibles. Des séances de plasmaphérèse sont nécessaires pour préparer le corps de l’enfant. Zayn subit également cinq séances de dialyse, une épreuve lourde pour un corps si jeune.

Le 3 avril 2025, mère et fils quittent Maurice pour l’Inde, seuls. Un voyage chargé de peur, mais aussi d’espoir. Pendant des mois, ils attendent, se préparent, enchaînent les examens. Le 30 septembre 2025, la transplantation a lieu. L’opération dure près de six heures. Les médecins se veulent rassurants, mais l’angoisse est immense.

Fardeena est endormie au bloc opératoire. Son rein est prélevé. Une heure plus tard, elle se réveille, affaiblie, douloureuse. Trente minutes après, Zayn sort à son tour. La greffe est faite. Commence alors l’attente la plus longue de sa vie.

Les jours suivants sont ainsi décisifs. Les tests s’enchaînent. Le rein transplanté commence à produire de l’urine, à fonctionner normalement. Les médecins sont confiants. Pendant huit mois, Zayn ne présente aucune complication majeure. Le 11 décembre 2025, ils rentrent à Maurice.

Retour à une vie presque normale pour Zayn

Peu à peu, le petit Zayn reprend une vie presque normale. Il retourne à l’école. Il arrête de porter des couches. Lui qui dormait toujours sur des protections recommence à vivre comme un enfant. « Kan mo finn trouv mo garson pe ale lekol san couche, mo pa finn kapav retenir mo larme », avoue Fardeena.

Aujourd’hui, la mère vit avec les séquelles de l’opération. Les douleurs sont encore là. La fatigue aussi. Mais aucun regret. « Nous avons donné la vie à nos enfants. Donner un rein, ce n’est rien comparé à ça », dit-elle avec dignité.

Sa foi l’a portée dans les moments les plus sombres. « Allah finn vey lor mo zanfan, Allah finn donn nou kouraz. »

Le combat médical n’est pas terminé. Zayn devra être suivi toute sa vie. Les traitements sont coûteux. Les contrôles réguliers indispensables. Et les moyens financiers de cette mère restent extrêmement limités.

Elle tient à exprimer sa profonde reconnaissance envers l’OMCA Foundation, dont le soutien a été déterminant dans la prise en charge de son fils. Elle souligne que sans l’intervention rapide et l’accompagnement de l’organisation, le diagnostic en Inde et la suite du traitement n’auraient peut-être pas été possibles.

Pour Fardeena, la lutte continue. Mais elle avance, portée par l’amour d’une mère qui a littéralement donné une partie d’elle-même pour que son fils puisse vivre.

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