dimanche , 25 juillet 2021

Le Hadj 2021 interdit aux non-résidents : le rêve brisé de nombreux Mauriciens

La nouvelle est tombée en fin de semaine dernière comme un couperet : il n’y aura pas de Grand pèlerinage à La Mecque, cette année, pour les non-résidents en Arabie saoudite.

Pour la deuxième année consécutive, les Mauriciens ne pourront accomplir le pèlerinage du Hadj. Une correspondance officielle des autorités saoudiennes au gouvernement mauricien indique que seulement 60 000 Saoudiens et résidents du Royaume d’Arabie saoudite seront autorisés à accomplir le pèlerinage. L’information a été officialisée par le ministère saoudien du Hadj, sur son site, samedi dernier : « Le Hadj 2021 est strictement réservé aux résidents (toutes nationalités confondues) et aux citoyens saoudiens. Par ailleurs, le nombre de pèlerins autorisés à effectuer le pèlerinage, est fixé à 60 000 ».

Une mesure de fortes restrictions et de contingentement qui vient briser le rêve de millions de fidèles musulmans à travers le monde, dont de nombreux Mauriciens, qui croyaient pouvoir accomplir, cette année, ce cinquième pilier de l’Islam, après en avoir été privés l’année dernière pour cause de Covid-19 également. Le ministre des Arts et du Patrimoine culturel, Avinash Teeluck, a d’ailleurs fait une déclaration à ce sujet à l’Assemblée nationale le mardi 15 juin 2021.

Depuis 2020, les Mauriciens qui se sont enregistrés et qui avaient obtenu leur lettre de l’Islamic Cultural Centre (ICC) s’attendaient à ce que le gouvernement saoudien autorise les pèlerins à fouler de nouveau le sol de l’Arabie saoudite, mais comme l’indique un communiqué émanant du ministère saoudien du Hadj et de la Umrah en raison de l’émergence de nouvelles mutations du coronavirus dans le monde, « il a été décidé de limiter la disponibilité de l’inscription pour ceux qui souhaitent accomplir le Hadj, pour l’année 1442 ».

Nombreux sont les Mauriciens qui pour la première fois de leur vie et après des années de sacrifices allaient goûter à cette joie ineffable de toucher la Ka’aba Shareef et ensuite de se rendre à Madina Shareef où repose le prophète Muhammad (pssl) pour le saluer. Bon nombre d’entre eux ont versé des larmes en apprenant la nouvelle, tandis que d’autres acceptent la décision des autorités saoudiennes. Des personnes, qui attendent depuis 2020 pour accomplir le Hadj, nous ont fait part de leurs sentiments.

24 000 personnes sur la liste de l’ICC

Soulignons qu’à ce jour 24 000 personnes sont inscrits sur la liste de l’Islamic Cultural Centre et il faudra attendre 12 ans pour pouvoir accomplir le Hadj pour la dernière personne enregistrée sur la liste. « À moins que les autorités saoudiennes décident d’accorder plus de 2000 visas au cours des prochaines années aux Mauriciens », laisse-t-on entendre à la rue La Paix.

Saïd Sohawon : « J’accepte la volonté d’Allah »

Bhai Saïd Sohawon, figure très connue dans le domaine de la photographie en tant que responsable de la section photographie du Government Information Service (GIS), avait pris sa retraite en 2019 et avait promis à son épouse qu’il l’emmènerait accomplir le Hadj. En 2020 suite au confinement et aux restrictions sanitaires, le gouvernement saoudien avait pris la décision d’interdire l’accès à son territoire à tout étranger dans le cadre du grand pèlerinage. Bhai Saïd et son épouse étaient déjà prêts pour effectuer le voyage de leur vie mais ils ont été contraints d’y renoncer. La semaine dernière, le couple apprend avec beaucoup de tristesse qu’une nouvelle fois il ne pourra se rendre dans la Ville sainte de La Mecque. « Allah so l’ordre sa. Nou bizin respecter so l’ordre. Kan Li décider pou nous ale accomplir Hadj, nous pou aller », dit-il.

Saïd Sohawon était membre du board de l’ICC en 2011 et il avait fait partie de la Hadj Mission. Il a eu l’occasion d’accomplir le Hadj, et avait promis à son épouse qu’après sa retraite, il l’emmènerait en pèlerinage à La Mecque. Il se désole qu’il n’a pu honorer cette promesse jusqu’ici à cause de la crise sanitaire. Il espère qu’en 2022 les choses vont s’arranger et qu’avec son épouse, il pourra accomplir son devoir sacré « Comme ène patriote mo respecter banne conditions sanitaire mo pays et mo garde l’espoir ki virus Covid-19 pou disparet bientôt », dit-il. Déjà vacciné contre le virus, Bhai Saïd laisse entendre que si une personne a formulé son intention d’accomplir le Hadj et que pour une raison quelconque elle n’a pu l’accomplir, Allah accepte son Hadj.


Al-Dashir Auleear : « J’avais le désir ardent de voir la Ka’aba »

Al-Dashir Auleear, un habitant de Triolet, ne cache pas son grand chagrin après deux années d’attente. Il avait enregistré son nom et celui des membres de sa famille auprès de l’ICC depuis bien longtemps. Au début de 2019, il reçoit une correspondance de l’organisme qui l’informe que son nom figure sur la liste des pèlerins qui partiront en Arabie saoudite pour accomplir le Hadj. « Jour ki mo gagne sa lettre-là mo fine plorer de joie et mo fine remercier Allah Ta’ala », dit-il.

Entre-temps, Al-Dashir Auleear prend sa retraite et avec son ‘lump sum’ commence à s’organiser pour emmener avec lui en Arabie saoudite son épouse et son fils. Il prend contact avec un organisateur de Triolet et il entame d’autres démarches pour être prêts le jour du départ. Il assiste aussi aux réunions organisées par l’ICC et à plusieurs reprises, il est venu dans la capitale pour chercher d’autres renseignements auprès des préposés de l’ICC.

Au mois de mars 2020, le pays entre en confinement et le monde entier est paralysé par la pandémie de la Covid-19. Le gouvernement saoudien interdit aux étrangers l’accès à son territoire pour accomplir le Hadj pour empêcher la propagation du virus. « Kan fine gagne nouvelle ki nou voyage fine renvoyer pou 2021, mo famille fine bien chagrin mé nous fine accepter Allah so décision», laisse-t-il entendre

Une année après, il était confiant que la situation allait se normaliser et que les Mauriciens allaient pouvoir accomplir le grand pèlerinage. Malheureusement, il connaît de graves problèmes de santé. Les médecins n’ont d’autre choix que procéder à l’amputation de son pied. « Mo fine mette prothèse et mo dire ki si pou alle Hadj mo pou ale lors fauteuil roulant et mo garçon pou accompagne moi », affirme-t-il.

Hélas ! En 2021 encore une fois, il voit son rêve s’envoler quand les autorités saoudiennes ont officiellement informé que seulement 60 000 personnes qui résident en Arabie saoudite seront autorisées à accomplir le Hadj. « Mo ti ena ene grand désir guette Ka’aba shareef même de loin mais Allah fine décide autrement et mo accepter so décision », se console Al-Dashir Auleear. Il souhaite qu’avant sa mort, il pourra accomplir le Hadj accompagné de sa famille. Il demande que priorité lui soit accordée en 2022 si la situation retourne à la normale. En attendant, il garde espoir qu’il pourra un jour accomplir le cinquième pilier de l’Islam.


Nizam Abdoolakhan : « Je garde espoir »

Nizam Abdoolakhan, ex-surintendant de prisons, ne se décourage pas et a pleine confiance qu’il pourra un jour accomplir le Hadj en compagnie de sa famille. « Je garde espoir », dit-il d’ailleurs. Il était déjà prêt depuis 2020 et attendait que la situation sanitaire s’améliore cette année. Mais pour la deuxième année consécutive, seuls les nationaux et les résidents au nombre de 60 000 pourront accomplir le Hadj. Néanmoins, il accepte la volonté d’Allah. « Mo sagrin mé tou seki Allah fer li meilleur. Capave Li fine épargne nous ene plus gros problème et nous rémercier Li », ajoute-t-il.

Malgré cela, Nizam Abdoolakhan ne peut s’empêcher de ressentir un immense chagrin, car son rêve était de toucher la Ka’aba. « Tou létan nou get Ka’aba dan foto et mo ti dire kan mo pou aler mo pou embrasse Ka’aba », laisse-t-il entendre. Un rêve qu’il espère réaliser en 2022 quand la situation retournera à la normale avec la bénédiction d’Allah. Nizam Abdoolakhan espère que priorité sera accordée à ceux qui étaient sur la liste du voyage de 2020. « ICC bizin donne priorité banne ki pas fine aller en 2020 et 2021», lance-t-il. Il espère aussi que les autorités saoudiennes respectent leurs engagements et n’imposent pas d’autres conditions qui seront difficiles à respecter pour les pèlerins.


Riaz Oozeerally : « Je ressens une grande tristesse »

Riaz Oozeerally, recteur à l’Institute of Islamic and Secular Studies, était prêt pour le grand voyage en Arabie saoudite afin d’accomplir le cinquième pilier de l’Islam. Son épouse et lui avaient en tête de vivre l’histoire en visitant les lieux où les soldats de l’Islam avaient combattu lors des grandes batailles. Ils avaient déjà préparé une liste des sites historiques à visiter. Quand ils ont appris en 2020 qu’ils n’allaient pas pouvoir effectuer le voyage à cause de la pandémie, Riaz Oozeerally et son épouse s’étaient dit que c’était inévitable.

Mais cette année, c’est la tristesse et la déception qui ont envahi leur cœur. « Mo ressenti ene grand tristes. Ène koté, nou aksepté décision nous Créateur et en même temps comme humain nou sagrin ki nou pas fer partie sa 60 000 dimoune ki pou gagne sa chance pou accomplir Hadj », nous dit Riaz Oozeerally qui ne désespère pas pour autant. « Mo pou continuer faire duah pou ki Allah enlève Covid-19 et donne nou sa plaisir pou vin kot Li», dit-il encore. « Chaque musulman a le désir d’accomplir le hadj et son rêve c’est de lever les mains en face de la Ka’aba pour demander à Allah d’exaucer ses vœux pour une vie meilleure », poursuit Riaz Oozeerally. Il souhaite que priorité soit accordée à toutes les personnes inscrites sur la liste de l’ICC qui n’ont pu accomplir le Hadj en 2020 et 2021.


Makbool Mahmud Bhuttoo : « J’ai été dévasté par la nouvelle »

Makbool Mahmud Bhuttoo, un habitant de la capitale, admet que quand il a appris qu’il n’allait pas pouvoir accomplir le Hadj cette année encore, il a été très affecté. « J’ai été dévasté par la nouvelle », dit-il. Cependant, en vrai croyant, il a accepté la volonté d’Allah. « C’est Allah qui décide quand telle ou telle personne doit accomplir le Hadj », souligne-t-il. Fonctionnaire à la retraite, il avait l’intention d’accomplir, cette année, le grand pèlerinage en compagnie de sa famille comprenant cinq personnes. En 1982, il travaillait en Arabie saoudite et en avait profité pour accomplir le Hadj.

Makbool Bhuttoo avait inscrit les noms des membres de sa famille, dont son épouse, son fils et sa sœur. En 2020, le groupe devait se rendre en pèlerinage mais n’avait pu le faire à cause de la décision des autorités saoudiennes de ne pas organiser le pèlerinage. Il s’attendait à ce que la situation s’améliore cette année, mais une deuxième vague plus violente que la première a contraint le Royaume saoudien à ne pas ouvrir ses frontières aux pèlerins étrangers. Il entretenait l’espoir que seul un petit groupe de Mauriciens allait pouvoir voyager, mais le communiqué officiel du ministère du Hadj à mis fin à ses illusions. « Malade Allah ki metter. Si Li décide pou tire li, dan 1 seconde tou disparet. Fodé pas en colère. Nous bizin garde croyance dans Allah », declare-t-il.

Notre interlocuteur précise que pour tous les musulmans qui n’ont pas encore accompli le Hadj, leur plus grand souhait c’est de contempler la Ka’aba. « Prémié fois mo get Ka’aba, mo leker bater, mo plorer», fait-il ressortir. Il souhaite cependant que les autorités saoudiennes assouplissent les restrictions concernant l’Umrah. Si tout se passe bien, il compte emmener sa famille accomplir le petit pèlerinage.

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