Ce dimanche 4 mai, des élections municipales auront bien lieu. Mais dans les urnes, ce ne sont pas des bulletins qu’on comptera, ce sont des absents. Avec un taux de participation attendu autour de 25 à 30%, l’abstention s’imposera comme la seule majorité réelle. Des conseillers seront élus avec à peine 3 000 voix par arrondissement dans des villes de 60 000 habitants.
L’abstention ne fait pas campagne. Elle ne serre aucune main. Elle n’imprime aucun programme. Et pourtant, elle s’apprête à rafler les cinq grandes villes de Maurice sans livrer bataille. Et aux municipales du 4 mai 2025, on prévoit un taux de participation autour de 30%.
Le plus probable est une victoire massive de l’alliance au pouvoir. Mais ce n’est pas cela qui inquiète. Ce qui inquiète, c’est le score silencieux de l’abstention.
Si la participation tombe en dessous de 30%, elle confirmerait que le lien entre citoyen et ville est rompu. Un taux autour de 25% – ou pire, un nouveau record sous les 22,81 % de 1991 – serait le symptôme d’une déconnexion grave.
Cette démobilisation ne serait pas un désintérêt banal, mais une alerte démocratique. L’élection, qui devrait être un moment de vie civique, deviendrait un simple passage de relais administratif.
Le chiffre qui dit tout
Il y a des chiffres qui claquent comme des verdicts. Celui-ci en est un. Si les estimations se confirment, seuls trois électeurs sur dix auront participé au scrutin de ce dimanche. C’est peu. C’est inquiétant. Et c’est surtout révélateur d’un rapport gravement altéré entre le citoyen et l’institution municipale.
Cela signifie concrètement que des conseillers municipaux pourraient être élus avec à peine 2500 à 3000 voix dans des circonscriptions comptant plus de 12 000 électeurs. Dans certains wards de Curepipe, de Quatre-Bornes ou de Port-Louis, cela représenterait moins de 1 électeur sur 5.
Sur près de 400 000 électeurs inscrits dans les villes, moins de 120 000 pourraient voter. Un effondrement démocratique en chiffres bruts.

Une élection en creux…
Dans la majorité des villes, l’indifférence est généralisée. Mais deux exceptions émergent du paysage morne : Beau-Bassin/Rose-Hill et Quatre-Bornes. Là, des dynamiques électorales légèrement plus animées pourraient enrayer l’abstention massive.
Beau-Bassin/Rose-Hill
C’est peut-être la seule ville où le scrutin prend des allures de véritable compétition. Plusieurs petits partis y concentrent leurs forces pour se mesurer à l’Alliance du Changement : Linion Moris, En Avant Moris, Mouvement Libérateur (ML) et VréML, tous déterminés à s’imposer sur un terrain urbain fragmenté mais ouvert.
Mais c’est surtout le Reform Party qui y joue gros. À défaut d’ancrage national fort, c’est aux Villes Sœurs que le parti de Roshi Bhadain espère faire élire ses premiers conseillers. L’effort de terrain y est massif : déploiement de tracts, porte-à-porte, rencontres de proximité, tout y passe. Le parti y voit sa seule chance crédible d’entrer dans l’échiquier municipal.
Ajoutez à cela un petit match dans le match entre le ML et son dissident VréML, et la présence de personnalités comme Anil Gayan, Ken Fong et Patrick Belcourt, et vous obtenez une configuration rare dans cette campagne : une ville sous tension politique réelle. En outre, faisons ressortir l’implication directe de Rajesh Bhagwan, figure historique du MMM, qui jette tout son poids dans la bataille pour empêcher une humiliation symbolique : qu’un seul candidat du Reform Party parvienne à se faire élire. Pour le MMM, conserver ses bastions aux Villes Sœurs est une affaire d’honneur autant que de survie politique.
À Quatre-Bornes : l’effet Tania Diolle
C’est le terrain d’une autre figure singulière : Tania Diolle et son mouvement Repiblik Sitwayen. Elle y a aligné 19 candidats, couvrant les cinq arrondissements. Mais une question politique se pose avec insistance : est-ce une démonstration d’organisation… ou une erreur stratégique ?
En ne se présentant pas elle-même, Tania Diolle prend un risque : celui d’exister sans s’engager frontalement. Sa décision pourrait être perçue comme une volonté de se placer au-dessus de la mêlée ou comme un recul prématuré.
La réponse viendra des urnes. Si Repiblik Sitwayen perce, elle en sortira renforcée. Si elle échoue, son avenir politique en prendra un coup.
2015 vs 2025 : du duel électoral au vide politique
En 2015, l’élection municipale s’inscrivait dans le prolongement du grand affrontement national : une Alliance Lepep (MSM–PMSD–ML) forte de sa victoire aux législatives affrontait un MMM en repli mais présent. Les enjeux étaient lisibles, les lignes claires.
En 2025, le contraste est saisissant. L’alliance au pouvoir est cette fois le tandem PTr–MMM, renforcé par ReA et quelques satellites. En face ? Un silence stratégique. Le MSM a choisi de boycotter, le PMSD n’y va pas, et les petits partis se dispersent dans des candidatures symboliques. Résultat : aucune vraie confrontation, aucun suspense. Et donc… aucune mobilisation.
2015 : la participation déjà en chute libre
Les municipales de 2015 avaient déjà lancé l’alerte :
• À Port-Louis, la participation moyenne par ward ne dépassait pas 34%, avec certains quartiers comme le Ward 7 tombant sous la barre des 30 %.
• À Beau-Bassin/Rose-Hill, la moyenne était de 35,3%, malgré la présence d’un affrontement marqué entre l’Alliance Lepep et le MMM.
• Curepipe affichait une participation moyenne de 34,8%, avec un Ward 2 à 32,5%, et un Ward 4 à peine mieux.
• À Quatre-Bornes, la participation était modérée (36,6%), mais masquait des disparités : le Ward 3 notamment ne dépassait pas 35%.
• Seule Vacoas/Phoenix dépassait les 40% avec une moyenne de 41,3%, mais là encore, les wards affichaient des performances contrastées : le Ward 5 plafonnait à 36%, et seuls les Wards 1 et 3 frôlaient les 45%.
Un scrutin sans confrontation majeure
L’élection municipale du 4 mai 2025 ne ressemble à aucune autre. Après le raz-de-marée législatif de novembre 2024 où l’alliance PTr–MMM–ReA–ND a remporté les 60 sièges du parlement, la donne politique nationale a changé de visage. Le MSM, grand battu, a déclaré forfait pour ces municipales. Le PMSD lui a emboîté le pas. Les quelques petits partis en lice, bien que présents, ne font pas le poids face à l’appareil de la majorité.
Il ne s’agit donc pas d’un affrontement classique entre deux grands blocs. Il s’agit d’un déploiement politique asymétrique. Et cette absence de rivalité forte est une donnée centrale pour comprendre le climat dans lequel ce scrutin se déroule : sans mobilisation, sans tension, sans réel enjeu. Cette campagne, vidée de sa substance politique, est le reflet d’un pouvoir sans adversaire, et donc sans réplique.
En l’absence des grands partis d’opposition, seuls quelques petits mouvements sont présents. Leur engagement est méritoire. Ils incarnent un pluralisme de principe. Mais leur portée reste marginale.
Ces formations ne disposent pas d’appareils robustes, de trésorerie importante, ni de relais médiatiques puissants. Face à elles, l’alliance au pouvoir dispose de tout : l’argent, la logistique, les alliances locales, les relais institutionnels. Le décalage est abyssal.
Le citoyen voit bien que le rapport de force est inégal. Il réalise que l’enjeu ne réside pas dans le vote, mais dans une forme de ratification du statu quo. Son abstention est une forme de désapprobation passive.
Le record inégalé de 1991 (22,81 %)
Quand l’abstention devient une réaction logique
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Les détails par ville sont les suivants :
• Beau-Bassin/Rose-Hill : 6 wards
• Quatre-Bornes : 5 wards
• Vacoas/Phoenix : 6 wards
• Curepipe : 5 wards
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