lundi , 1 juin 2020
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Hausse du prix du pétrole : comment Trump a chamboulé la géopolitique

Depuis mercredi 16 mai 2018, l’essence et le diésel coûtent plus cher à Maurice. Une flambée des prix qui fait suite à une hausse du prix du pétrole à l’échelle mondiale. Cela en raison du retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien. Une manœuvre du président Donald Trump qui vient déstabiliser l’économie mondiale et chambouler la géopolitique. 

Le cours du pétrole a atteint 80 dollars cette semaine et il devrait continuer à progresser malgré la volonté de l’Arabie saoudite de limiter les pénuries d’approvisionnement. Mais cette hausse du prix de l’or noir a été provoquée essentiellement par la décision d’un seul homme : Donald Trump, le président des États-Unis. En effet, le retrait américain de l’accord iranien sur le nucléaire et le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran pèse lourd sur le prix du pétrole. Après l’annonce de Trump, le cours du Brent a augmenté de plus de 3%, dépassant ainsi les 77 dollars le baril, soit le plus haut niveau depuis novembre 2014. Selon le Professeur Swaley Kasenally, ancien ministre de l’Énergie, le prix du Brent pourrait encore grimper d’ici la fin de l’année pour atteindre les 85 dollars. « Le prix du baril pourrait aussi dépasser les 100 dollars si la situation instable persiste », avance-t-il

Dans ce contexte, la décision du président républicain fragilise aussi l’équilibre géopolitique de la région du Moyen-Orient et du Golfe. Le risque de conflit entre Israël et l’Iran n’est pas à écarter. La décision pourrait entraîner une réduction de l’offre mondiale de pétrole et une pression sur les prix de l’or noir. Assad Bhuglah, ancien directeur de la Trade Policy Unit, critique vertement la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord iranien sur le nucléaire. Selon lui, le président américain est en train de poursuivre sa politique « irresponsable et militariste » au Moyen-Orient.

Par ailleurs, c’est l’Europe qui sera la plus touchée par la décision de Donald Trump. Une grande majorité des pays européens sont de gros importateurs des produits pétroliers. Selon l’économiste Swadicq Nuthay, l’Europe étant une importatrice des produits pétroliers, va ressentir davantage les effets de cette flambée des prix.

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Swaley Kasenally, ancien ministre de l’Énergie : « Le prix du baril peut atteindre les $100 »

Le Professeur Swaley Kasenally ne mâche pas ses mots à l’encontre du président américain, Donald Trump. Il estime que la décision de ce dernier de se rétracter de l’accord sur le nucléaire de l’Iran va encore impacter sur le prix du pétrole d’ici la fin de l’année. « Jamais dans l’histoire des États-Unis d’Amérique n’a-t-on vu un président d’une telle instabilité à tous les niveaux. Il est la risée du monde entier. Il s’appuie sur le lobby juif pour avancer ses pions. Le monde est témoin du massacre causé par les Israéliens à Gaza. Or, Trump décide de reconnaître Jérusalem comme la capitale de l’État d’Israël. C’est d’une vulgarité extrême », tonne l’ancien ministre de l’Énergie.

Parallèlement, le Professeur Swaley Kasenally estime que la manœuvre des États-Unis vise essentiellement à diminuer l’influence de l’Iran sur le marché pétrolier. « C’est une situation qui sied à l’Arabie saoudite parfaitement. En l’espace d’une semaine, une décision – que je qualifierai d’irréfléchie – est venue chambouler complètement la géopolitique de cette importante région du monde. Les pays de l’Afrique de l’Est ainsi que l’île Maurice vont subir les effets à coup sûr », poursuit-il. Il ajoute que cette instabilité pourrait perdurer pendant une durée de deux ans. « Au final, les États-Unis regretteront la prise de cette décision hâtive car en face, l’Iran va tenir son engagement vis-à-vis des pays européens. La France, l’Allemagne, la Russie et aussi la Chine vont rester unis face à Trump », indique Swaley Kasenally.

Par ailleurs, le Professeur Swaley Kasenally trouve que l’augmentation du prix des carburants qui a pris effet cette semaine, est exagérée. « Les consommateurs sont déjà en train de contribuer Rs 4 par litre d’essence au Build Mauritius Fund. Et maintenant, on vient augmenter le prix à nouveau », deplore-t-il. Selon lui, l’instabilité qui s’est installée au Moyen-Orient peut faire grimper le cours du pétrole jusqu’à la fin de l’année. « Il ne serait pas étonnant de voir le prix du baril franchir les 100 dollars d’ici fin 2018 », souligne-t-il.

Assad Bhuglah, ancien directeur de la Trade Policy Unit : «Trump veut rendre l’Amérique encore plus forte»

Assad Bhuglah, ancien directeur de la Trade Policy Unit, ne cache pas son amertume quant à la décision de Donald Trump de se retirer de l’accord iranien sur le nucléaire. Selon lui, le président républicain poursuit sa politique « irresponsable et militariste » au Moyen-Orient. « Trump est en train d’accentuer l’implication militaire américaine, il affiche son soutien aux colonisateurs israéliens et se félicite de l’annexion des territoires occupés de la Palestine. Pis, il consolide ses liens avec les monarques arabes et maintenant, il se retire de l’accord nucléaire et brandit la menace de guerre contre l’Iran. Je pense que ce Trump est entouré de conseillers irresponsables», fait ressortir Assad Bhuglah.

Il ajoute que dans la foulée, Trump a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël, faisant fi au passage de la décision de l’ONU. « Il a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem et l’armée israélienne tire sur des Palestiniens qui se lèvent pour revendiquer leurs droits légitimes », s’offusque notre interlocuteur.

L’ancien directeur de la Trade Policy Unit avance que Trump a toujours mis en avant l’accaparement du pétrole du Moyen-Orient pendant la campagne présidentielle. « Il est déterminé à mettre en œuvre tout ce qu’il a promis pendant la campagne. L’instabilité actuelle au Moyen-Orient affecterait la production pétrolière et gazière et provoquerait une flambée des prix. La hausse du prix du pétrole et du gaz sur le marché mondial va aider les États-Unis à augmenter leur propre énergie domestique qui jusque là s’est avérée infructueuse », poursuit notre interlocuteur.

Par ailleurs, il estime que le programme de «dominance énergétique» de Trump vise à réduire la domination de l’OPEP et à utiliser la hausse des exportations d’énergie des entreprises américaines pour renforcer l’influence géopolitique de Washington. « Les États-Unis veulent également augmenter leurs exportations de charbon vers l’Asie à la suite de la flambée des prix du pétrole et du gaz au Moyen-Orient. Trump est prêt à briser l’ordre politique et économique mondial établi pour rendre l’Amérique encore plus forte. He wants to make America great again », avance-t-il.

Le ministre Ashit Gungah : «Nous n’avions pas le choix»

La hausse du prix du carburant était « inévitable ». C’est ce qu’a fait comprendre le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ashit Gungah, samedi 19 mai. Il était face à la presse au bâtiment Paille en Queue à Port-Louis.

Pendant environ une heure, le ministre Ashit Gungah a tenté de justifier la hausse de 10 % sur le prix des carburants. «Nous n’avions pas le choix et nous avons dû prendre les décisions qui s’imposent », a-t-il fait savoir. En effet, depuis mercredi 16 mai, le prix du litre d’essence est passé de Rs 47,30 à Rs 52 (+ Rs 4,70) alors que celui du diesel est passé de Rs 38,10 à Rs 41,90 (+ Rs 3,80). Plusieurs raisons ont été avancées par le ministre pour soutenir cette hausse, notamment l’instabilité géopolitique, une baisse de production des pays producteurs, une appréciation du dollar et le Price Stabilisation Account (PSA), (fonds utilisé pour stabiliser le prix des carburants à Maurice), étant déficitaire de Rs 250 millions.

À ce stade, Ashit Gungah estime qu’il est impossible de dire s’il y aura une nouvelle hausse ou si les prix resteront stables, devant l’incertitude de la situation géopolitique et la pression sur l’Iran qui rendent la situation très volatile. Il dit toutefois souhaiter que le prix du Brent ne dépasse pas des limites que le pays pourra soutenir. «Nous devons voir l’évolution des prix. Si je ne me trompe pas, le prix du baril de Brent avoisinait les 80 dollars mardi ou mercredi. Hier, il est descendu à 79 dollars. Cela veut dire que le prix fluctue entre 78 et 80 dollars», a conclu Ashit Gungah.

XLD  fustige le GM : « C’est un vol et un crime »

Le Leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval, s’est élevé avec force contre l’augmentation du prix des carburants à la conférence de presse du PMSD samedi à Port-Louis. Il considère que cette hausse survenue dans le courant de la semaine, est un vol et un crime contre le pouvoir d’achat des Mauriciens et envers toute la famille mauricienne.

Pour XLD, c’est le droit de tout Mauricien d’avoir une voiture et que toute cette situation sera mise à jour lors des prochains débats. « Les Mauriciens contribuent aux alentours de Rs 12 milliards annuellement lors de l’achat des carburants. Ce qui est équivalant à Rs 33 millions s par jour. L’inflation, qui atteindra 1.5 %, aura un effet direct sur la hausse des prix des denrées à Maurice », a-t-il-lancé.

Motion de rejet

Face à la nouvelle hausse du prix des carburants qui a pris effet depuis mercredi 16 mai 2018, le leader de l’opposition, Xavier-Luc Duval a déposé une « Motion of disallowance » contre le gouvernement, à l’Assemblée nationale, vendredi 18 mai. Selon le leader du PMSD, cette hausse est « injustifiée et maladroite ». « Selon mes calculs, c’est une hausse qui n’a pas lieu d’être. Cela aura désormais une grande répercussion sur toutes les couches de la société et aura aussi une incidence sur le taux d’inflation », a-t-il déclaré. Il a ajouté que cette motion sera débattue au plus vite et va contraindre le gouvernement à agir. La motion devrait être débattue par le Parlement d’ici fin juin. Pour rappel, le prix des produits pétroliers a connu une hausse de 10 %. Le litre d’essence coûte Rs 52, alors que le diésel se vent à Rs 41,90 le litre.

Motion of disallowance : le MMM soutiendra le PMSD

Lors d’un point de presse samedi à l’hôtel Hennessy Park à Ébène, le leader du MMM, Paul Bérenger a indiqué qu’il est favorable à la présentation de la  « motion of disallowance » sur la hausse du prix des produits pétroliers par Xavier Luc Duval vendredi et a indiqué que tous les députés de son parti voteront en faveur de la motion du Leader de l’opposition.

Cependant, le leader du MMM, tout en se réjouissant qu’il y a eu des dénonciations et condamnations unanimes après la hausse des prix, a lancé un défi au Premier ministre de permettre un Free Vote pour les membres de la majorité. “Mo tender mem certain minis pa à l’aise avec sa”, a soutenu le leader des mauves. Il a vivement dénoncé la manière de faire du gouvernement qui refuse la transparence. “kan poz kestion zot dir secret d’état”.

Suttyhudeo Tengur, de l’APEC : « Vers la hausse des prix des commodités »

Suttyhudeo Tengur, de l’Association pour la protection de l’environnement et des consommateurs (APEC), estime que la hausse du prix des carburants aura un effet négatif sur le budget des consommateurs. Selon lui, il faut s’attendre à une hausse des prix d’autres commodités. « La flambée du prix des carburants aura un effet domino. Le prix du ticket d’autobus va probablement coûter plus cher tout comme les tarifs pratiqués par les taxis. La facture de l’électricité et le coût d’opération des véhicules coûteront peut-être plus cher également. Il ne faut pas oublier que notre développement économique est basé essentiellement sur l’usage de l’énergie », souligne-t-il.

Il avance ainsi qu’une hausse du coût de l’énergie aura un impact néfaste sur l’économie et que cela peut pousser les consommateurs à réduire leurs dépenses en définissant à nouveau les priorités du budget familial. « Certaines familles pourraient être contraintes de réduire leur consommation des produits de base. Une telle situation va entraîner la stagnation économique. Cela sera néfaste pour le développement économique du pays », fait ressortir Suttyhudeo Tengur.

Néanmoins, il estime que cette hausse est inévitable car le cours du Brent est au plus haut depuis 2014 et que celui-ci peut encore grimper pour atteindre les 90 dollars américains.Selon lui, pour faire baisser les prix des carburants, il faut que le gouvernement réduise le nombre de taxes et autres prélèvements sur les produits pétroliers à Maurice.

Swadicq Nuthay, économiste : «L’impact se fera aussi sentir sur notre balance de paiements»

Selon l’économiste Swadicq Nuthay, la hausse du prix du pétrole vient mettre un coup d’arrêt à la belle embellie qu’a connue l’économie mondiale depuis 2011. Il estime que la situation économique sur le plan international était stable jusqu’à présent.

Quelles sont les conséquences de la hausse du prix du pétrole ?
Quand nous observons la tendance du prix du baril du Brent depuis le début de l’année, nous constatons qu’il y a eu une hausse de 20%. La dernière hausse du prix du pétrole vient changer la donne et elle aura un impact certain sur la croissance mondiale. Les pays qui dépendent énormément du pétrole, tels que ceux d’Europe, la Chine, l’Inde ou encore l’île Maurice, vont ressentir davantage les effets de cette flambée des prix. Il y a deux facteurs qui ont contribué à faire augmenter le prix du pétrole : Primo, une hausse de la demande mondiale des produits pétroliers et secundo, l’impact géopolitique suite au retrait des États-Unis de l’accord iranien sur le nucléaire.

Quelles sont les implications sur le pouvoir d’achat ?
Il est certain que cela aura un impact sur le pouvoir d’achat, mais plus important encore, sur le coût de production. Cela engendrer un cycle vicieux par rapport à l’inflation, d’autant qu’on doit s’attendre à d’autres hausses des prix des produits pétroliers dans les prochains mois si la tendance mondiale se maintient, sauf si le gouvernement décide de revoir le taux de taxation. La cherté de la vie va se faire sentir beaucoup plus chez les gens se trouvant au bas de l’échelle sociale.

Et sur plan macro-économique ?
L’impact se fera aussi sentir sur notre balance de paiements. Une simple analyse pour 2017 : la note d’importation des produits pétroliers s’élevait à Rs 30 milliards, une hausse de 20% ajoutée à l’appréciation du dollar qui nous ramène à une hausse de presque Rs 7,5 milliards, soit une aggravation du déficit du compte courant de 1.5% du PIB. Mais la hausse du coût du pétrole est un problème international. Cela aura un impact sur la croissance mondiale. Bien entendu, c’est surtout les pays importateurs du pétrole qui seront les plus touchés. Une hausse de $10 du prix du pétrole sur la durée peut réduire la croissance mondiale de presque 0,5%.

Qu’en est-il de Maurice ?
L’un des continents qui va être le plus affecté est l’Europe, une importatrice des produits pétroliers. L’arrivée touristique en provenance du vieux continent pourrait être affectée avec la hausse inévitable du prix du billet d’avion ainsi que la cherté de la vie. Donc, l’île Maurice sera touchée. Dans le long et moyen termes, l’effet se fera ressentir chez nous.

Stations-service : Vers la hausse de la marge de profit

Face à la hausse du prix des carburants, la Petrol Retailers Association (PRA) a réclamé une augmentation de sa marge de profit de 50 sous additionnels par litre de carburant. Les quelque 150 membres de l’association qui sont essentiellement des propriétaires des stations-service, ont déjà formulé une requête en ce sens au ministre du Commerce, Ashit Gungah. Jeudi 17 mai, lors d’une rencontre avec les membres de la PRA, le ministre Gungah leur a donné la garantie que la marge de profit sera revue à la hausse. Bhim Sunassee, le président de l’association, s’est dit « satisfait à 50% ». «  Nous avons eu la garantie du ministre. Nous allons maintenant attendre la prochaine rencontre lors de laquelle Ashit Gungah va définir le quantum », a-t-il déclaré. Soulignons que la marge de profit des stations est actuellement d’une roupie 79 sous sur le litre de diesel et d’une roupie 83 sous sur le litre d’essence. Les membres de l’association avaient brandi la menace de grève cette semaine.

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