mercredi , 5 août 2020

Fermeture des mosquées : la prière en congrégation chez de nombreuses familles

C’est un Ramadan très particulier que sont en train de vivre les nombreuses familles musulmanes à Maurice. Les mosquées étant fermées en raison du confinement, plusieurs d’entre elles accomplissent les prières quotidiennes en congrégation à la maison. Trois familles nous parlent de cette nouvelle expérience spirituelle.

Irfaan Munganee Mea : «La salaat en jamaat a débuté depuis mars chez nous»

Chez les Munganee Mea à Port-Louis, le confinement a été une occasion pour resserrer les liens entre les membres de la famille. Ils profitent aussi de la fermeture des mosquées afin d’accomplir les prières quotidiennes ainsi que celle du Taraweeh en congrégation à la maison. « Chez nous, la salaat en jamaat a débuté depuis le mois de mars, soit depuis l’instauration du confinement et la fermeture des masjids. Mon frère ainé a contacté un Mufti pour savoir ce qu’il faut lire durant le khudba (Ndlr : sermon) du vendredi. Depuis, c’est lui qui dirige le namaz jummah chaque vendredi », nous dit d’emblée Irfaan Munganee Mea. Chez les Munganee Mea, toute la famille habite dans une grande cour où les « chacha », « poupa » et cousins ont chacun construit leur maison. « Donc, tout le monde se réunit pour accomplir les cinq salaats ensemble », ajoute-t-il.

Irfaan soutient que depuis le début du Ramadan, ses proches et lui ont tout mis en œuvre pour pouvoir accomplir la prière du Taraweeh en congrégation à la maison. « Il est évident qu’un des moments forts du Ramadan, c’est la salaat-ul-Taraweeh à la mosquée. Avec la fermeture des mosquées, nous ne voulions manquer sous aucun prétexte nos Taraweeh. On a donc converti une chambre en une salle de prière. Comme dans les mosquées, nous avons un tableau d’horaire pour l’azaan et la salaat en jamaat. À l’heure de la prière, tout le monde se réunit chez moi pour accomplir le namaz. Mes trois sœurs se réunissent, elles, dans une autre chambre », souligne notre interlocuteur. Parallèlement, Irfaan confie que c’est lui et son frère qui dirigent la prière du Taraweeh à tour de rôle. Il explique que depuis leur enfance, son frère et lui avaient l’habitude d’accompagner leur père qui se rendait dans des régions où il n’y avait pas de mosquées. « Nous partions à la rencontre des fidèles et accomplissions la prière dans la maison de l’un d’eux ou dans les madrassah. C’est de là que mon frère aîné a pris l’habitude de diriger les Taraweeh. Nous nous rendions aussi dans des ‘jamaat khanna’ nouvellement construits pour les Taraweeh », raconte-t-il.

Un jeune muezzin

Par ailleurs, depuis le confinement, c’est le neveu d’Irfaan, Uzair (13 ans), qui a l’honneur d’agir en tant que muezzin à la maison. Le jeune garçon nous confie qu’il est plus que ravi de lancer l’appel à la prière cinq fois par jour. « J’ai appris à donner l’azaan depuis l’âge de 4 ans. Je l’ai appris à la madrassah mais aussi avec mon grand-père paternelle. C’est lui qui m’a motivé davantage à le faire. Il m’aidait à pratiquer à la maison avec le microphone. Je considère que c’est un grand privilège, car j’invite les gens à prier et surtout à adorer le Créateur. Je rêve de pouvoir faire l’appel à la prière dans une mosquée », laisse entendre Uzair, tout heureux. D’ailleurs, à la maison, c’est lui qui s’occupe de tout mettre en place pour l’accomplissement des salaats. « Je veille à ce que les tapis de prière soient propres et bien rangés », dit-il.


Les jumeaux Yaaseer et Wazeer : «La prière à la maison consolide les liens familiaux»

Originaire de Plaine-Verte, la famille Dookhee profite pleinement du confinement pour multiplier les ibadaats surtout en cette période du Ramadan. Les membres de la famille accomplissent au quotidien les prières en congrégation. Et ce sont les frères jumeaux Yaaseer et Wazeer Dookhee qui ont la responsabilité de diriger, à tour de rôle, les salaats. Une telle situation leur a permis de mettre en pratique ce qu’ils ont appris. « Mon frère et moi sommes à notre dernière année de cours d’aleem à Dawat-e-Islami. Par le passé, nous avions officié comme imam dans diverses mosquées en plusieurs occasions. Durant le confinement, nous avons la chance de diriger les prières tous les jours en famille », nous explique Yaaseer.

Aussi, les deux frères soutiennent que c’est une première pour eux de diriger la prière du Taraweeh en congrégation à la maison. « Cette situation est unique car elle nous permet d’accomplir nos salaats à l’heure ainsi que les Taraweeh malgré la fermeture des mosquées », avance Wazeer. Ainsi, c’est à huit qu’ils se retrouvent chaque jour pour les prières quotidiennes. « Mon grand-père maternel est âgé de 75 ans. Malgré son âge, il est toujours le premier à être sur son tapis de prière pour le namaz. Il y a aussi notre frère ainé, Ibraar, mon père Nasroollah, ma mère et mes deux sœurs », ajoute-t-il.

Selon Yaaseer, la prière en congrégation à la maison comporte plusieurs avantages. « Au-delà de la dimension spirituelle, la prière à la maison consolide les liens familiaux et aide à développer une amitié plus forte entre les membres. À travers le monde aujourd’hui, les téléphones portables, les réseaux sociaux et l’internet ont créé une certaine distance entre les membres de la famille. La prière, par contre, nous rapproche. Aussi, on se sent plus motivé à accomplir tous les 20 rakaats de Taraweeh quand on le fait en famille », avance-t-il.


Chez les Koheeallee : oncles et neveux se réunissent pour les cinq prières quotidiennes

Depuis que les mosquées ont fermées leurs portes en raison du confinement, les Koheeallee de la rue Hassen Sakir (Pagoda), à Port-Louis, se réunissent quotidiennement pour accomplir la prière en congrégation. Une première pour cette famille nombreuse dont les membres habitent tous la même maison.

Alors qu’ils habitent à une cinquantaine de mètres seulement d’une mosquée, les Koheeallee ont vu leurs habitudes chamboulées depuis l’instauration du confinement. Zubeir Serally, l’un d’eux, indique que ses proches et lui ont dû s’adapter. « Les mosquées n’accueillant plus les fidèles, un de mes oncles maternelles, Raffick Koheeallee, a alors proposé qu’on fasse les prières en congrégation à la maison au lieu que chacun le fasse séparément comme c’était initialement le cas », indique le jeune homme de 29 ans.

Depuis, Zubeir Serally indique qu’ils sont au moins 8 personnes, âgées de 21 à 68 ans, notamment ses oncles et ses cousins, à accomplir les salaats en congrégation. Cet employé d’un corps paraétatique indique que dans un premier temps, les hommes de la famille se réunissaient pour les prières de Asr, Maghrib et Esha seulement. Mais depuis le début du Ramadan, oncles et neveux se réunissent pour les 5 prières quotidiennes, y compris les Taraweeh. « C’est d’ailleurs un de mes cousins qui dirige les prières », souligne-t-il. C’est dans la pièce à vivre de Raffick Koheeallee qu’ils accomplissent tous les prières. Zubeir Serally indique que quelques aménagements ont été nécessaires afin de pouvoir accommoder tout le monde.

Notre interlocuteur est d’avis que depuis qu’ils se réunissent pour les salaats, les relations familiales ont pris une autre dimension. « Bien que nous habitons tous la même maison, avant le confinement, chacun vaquait à ses occupations. Nous étions tous pris par notre travail respectif et on se croisait de temps à autre. Mais depuis le confinement et surtout depuis qu’on se retrouve pour les 5 prières quotidiennes, cela a, en quelque sorte, permis de raffermir les liens qui nous unissaient déjà », indique le jeune homme. Il précise d’ailleurs que tous les membres de la famille – hommes, femmes et enfants – se sont récemment réunis pour « enn program boulette » après la prière du Taraweeh.

Zubeir Serally, qui est également à son premier Ramadan en couple depuis qu’il s’est marié l’année dernière, indique qu’après le Ramadan, aussi longtemps que les mosquées resteront fermées, les prières en congrégation à la maison seront privilégiées.

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