samedi , 16 novembre 2019
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Faizal Jeerooburkhan

Faizal Jeerooburkhan : «Les vidéos des scandales favorisent le MMM»

L’observateur politique, Faizal Jeerooburkhan, est d’avis que les vidéos des scandales sur les deux principales alliances qui circulent sur les réseaux sociaux se neutralisent mais elles favorisent en même temps le MMM. Il juge aussi les annonces faites par les politiciens comme étant de la surenchère excessive et irresponsable.

L’Alliance Morisien et l’Alliance Nationale s’affrontent à coup de mesures sensationnelles (pension, baisse du gaz ménager, manuels scolaires gratuits…). Comment qualifierez-vous ces annonces faites à la population ?
C’est une surenchère excessive, abusive et irresponsable de la part des futurs dirigeants du pays. Faire de la politique c’est se mettre personnellement et en équipe au service de la nation pour l’organisation du pouvoir et la conduite des affaires publiques. Les annonces mirobolantes de dernière heure faites à la population sont malheureusement incompatibles avec cette philosophie. Ces annonces ressemblent à une vente aux enchères avec l’utilisation honteuse de l’argent public pour acheter les votes des citoyens parfois trop crédules, sans se soucier de l’impact catastrophique que ces mesures peuvent avoir sur l’économie, la société et les générations futures. S’ils se laissent emporter dans ce jeu malsain, les citoyens seront les dindons de la farce.

Jugez-vous néanmoins que ces annonces soient réalisables dans une certaine mesure ?
Si certaines de ces annonces sont réalisables, d’autres ne le sont certainement pas. Elles sont déraisonnables, voire même insensées, vu l’état actuel de l’économie locale et mondiale. Nous avons des dettes publiques qui tournent autour de Rs 370 milliards (70% du PIB) si on inclut le Metro Express, le Smart City, le Complexe Sportif, l’emprunt à la BOM etc. Le PIB (autour de Rs 500 milliards) est à présent tiré à 75% par la consommation et l’investissement public majeur se fait dans les grands projets d’infrastructure non-productifs. Le déficit de la balance commerciale avoisine les Rs 129 milliards (importation Rs 212M en hausse; exportation Rs 83M en baisse) et la sécurité alimentaire est de plus en plus menacée car nous importons plus de 75% de produits alimentaires (Rs 35 milliards).

À une dizaine de jours du scrutin, les vidéos de scandales sur nos politiciens font leur apparition en ligne, la dernière en date étant le NavinGate. Est-ce suffisant pour faire pencher la balance d’un côté comme de l’autre ?
Les vidéos des scandales se neutralisent en ce qui concerne les deux principaux partis qui ont un passé truffé de scandales de tous genres  ; ils ont fait des promesses qu’ils n’ont jamais tenues ; ils tiennent un langage quand ils sont dans l’opposition et ils font exactement le contraire une fois arrivés au pouvoir ; ils ont fait toutes les permutations imaginables d’alliance et de cassures pendant ces derniers cinquante ans autour de deux dynasties. Ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Les vidéos favoriseront plutôt le MMM et les nouveaux partis qui ont une ardoise vierge et qui prônent une nouvelle façon avant-gardiste de faire la politique.

Trouvez-vous qu’il y a un usage responsable des réseaux sociaux depuis le début de la campagne tant chez les politiciens que chez les citoyens ?
Les réseaux sociaux sont comme un couteau à double tranchant. Malheureusement, il y a une mauvaise utilisation des réseaux sociaux par les politiciens aussi bien que par les citoyens. Les débats sont portés sur les personnalités et les scandales laissant de côté les débats d’idées. On utilise trop souvent les réseaux sociaux d’une façon négative pour détruire et non pas pour construire.

Il y a une mauvaise utilisation des réseaux sociaux par les politiciens et les citoyens »

Quel est votre avis sur le fait que les deux principales alliances aient aligné seulement 12 femmes chacune ?
Je ne peux condamner les deux alliances pour cela. Le climat politique et électoral à Maurice n’encourage pas les femmes à se lancer dans l’arène politique sans crainte avec les potentielles attaques personnelles, les agents surexcités et l’insécurité sur le terrain. Seules les femmes qui ont le courage de faire face à un environnement aussi hostile peuvent s’aventurer dans cette bataille. Ceci dit, je suis très déçu da la performance de certaines femmes au Parlement. De par leurs agissements, elles nous ont confirmé qu’elles n’étaient pas meilleures que leurs collègues masculins.

Sur les 812 candidats inscrits, seuls 110 sont âgés entre 18 et 30 ans. Est-ce un désintéressement des jeunes pour la politique active ?
Il est difficile pour moi de me prononcer sur cette question en l’absence de statistiques sur l’évolution de la participation des jeunes au cours des années précédentes. Cependant, le désintéressement des jeunes ne me surprend guère car ils sont souvent des illettrés de la politique. À aucun moment dans le cursus scolaire, que ce soit au primaire, secondaire ou tertiaire, l’apprenant est appelé à s’intéresser et à débattre de la chose politique. Cela arrange bien les choses pour les politiciens qui n’auront pas à faire face à des citoyens qui ont une connaissance basique de leurs droits, de la constitution, de la démocratie, du Parlement, etc. Le désengagement des jeunes vient aussi du fait qu’ils n’arrivent pas à se retrouver avec des leaders politiques assoiffés de pouvoir et d’argent et des suiveurs «  rodeurs boutes  » en quête de ticket électoral et autres faveurs.

En cette période de campagne électorale, ce n’est pas un secret que de grosses sommes d’argent sont en circulation. Avons-nous les moyens de mettre un frein aux « Money politics » ?
La circulation de grosses sommes d’argent est le chancre de notre démocratie et de notre système électoral. Surtout que l’argent vient souvent des sources occultes incontrôlées. Ce n’est un secret pour personne que l’argent sale provenant des ventes de la drogue, des courses hippiques ou des jeux de hasard est utilisé pour financer les campagnes électorales. Les barons sucriers et les barons de la grosse finance et du commerce se mettent aussi de la partie. Ils sont disposés à investir gros sachant qu’ils ne seront pas inquiétés ou qu’ils seront favorisés une fois que leurs poulains seront au pouvoir. Les grands perdants dans ce jeu abject sont les démunis, les honnêtes citoyens et des jeunes innocents car l’économie évoluera en leur défaveur. Nous avons certainement les moyens de mettre fin à cette mascarade. Il suffit d’avoir la volonté politique, de favoriser l’intérêt national, d’être à l’écoute des citoyens et de venir avec un « Financing of Political Party Bill » approprié.

Par ailleurs, Pravind Jugnauth continue de miser sur son bilan. Quel est la part du bilan dans le choix des électeurs ?
Pravind Jugnauth a certainement un bilan positif mais aussi un bilan négatif. Le bilan positif comprend le Minimum Salary, le Negative IncomeTax, le Workers’ Rights Act, la révision des 30 Remuneration Orders, entre autres. Malheureusement certains projets ont été réalisés dans l’opacité totale et dans la précipitation, à des coûts exorbitants et en faisant fi de l’opinion publique et du respect de l’environnement. Le bilan négatif est considérable : économie en berne, mauvaise gouvernance, népotisme, favoritisme, fraude, corruption, gaspillage, fléaux sociaux, drogue, sécurité, perte d’emplois etc. Les électeurs intelligents sauront faire leur choix en mettant dans la balance les forces et les faiblesses.

Paul Bérenger dit que le MMM sera le « Joker » de ces élections. Partagez-vous son point de vue ?
Il se pourrait bien! Avec une lutte à trois, aucun parti politique ne pourra prétendre détenir la majorité pour former le gouvernement. Que fera le MMM dans ce cas de figure ? Avec qui s’alignera-il pour former le prochain gouvernement avec tout le mal qu’il a mis sur le dos de ces partis ? Il paraît que l’essentiel c’est de prendre le pouvoir et que « moralité pas rempli ventre ! ». Pour moi la moralité est le pilier d’une bonne société.

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