Wednesday , 19 June 2024

Cassam Uteem : «Maurice doit renouveler sa position pour la création d’un État palestinien»

La solution pour mettre fin aux atrocités que subissent les Palestiniens passe par la création d’un État palestinien viable aux côtés de l’État d’Israël, avec des frontières sécurisées. C’est l’avis de l’ancien président de la République, Cassam Uteem, qui estime que Maurice doit renouveler sa position avec fermeté à cet égard.

Comment percevez-vous la situation humanitaire actuelle à Gaza, et quelles sont vos réflexions sur les conditions de vie de la population palestinienne dans la bande de Gaza ?
La riposte féroce et cruelle des forces armées d’Israël à l’assaut de sa forteresse, bien gardée et jusque là imprenable, par les troupes du Hamas le 7 octobre, a transformé, en quelques jours, la bande de Gaza en un amas de ruines avec des milliers de civils – hommes, femmes, enfants et bébés – ensevelis sous les décombres des bâtiments détruits de manière aveugle par des bombardiers ayant pour mission, selon les autorités israéliennes, d’anéantir les ‘terroristes’ du Hamas. Ces milliers d’enfants innocents, victimes d’une punition collective, tués de sang-froid et sans pitié sont ce que leurs bourreaux décrivent comme dommages collatéraux.

Depuis, la population de Gaza – ces 2,3 millions de Palestiniens dont la moitié sont des enfants – vit l’enfer, privée de provisions essentielles telles que nourriture, eau, et médicaments, et suite à l’ultimatum d’Israël d’accorder 24 heures aux habitants du Nord de l’enclave de vider les lieux c’est le sauve-qui-peut général avec pour résultat que la moitié de la population sont en train de devenir des réfugiés dans leur propre pays, sans compter le traumatisme éprouvé après avoir subi pendant 16 longues années un blocus illégal imposé par le régime israélien, ce que beaucoup semble avoir oublié ! Si ce n’est un génocide dont nous sommes les témoins à travers les reportages télévisuels et les réseaux sociaux, cela lui ressemble.

Pourquoi le blocus sur Gaza n’a pas suscité de manifestations ou de pressions plus importantes de la part de certaines institutions internationale telles que l’Union européenne (UE) et le Conseil de sécurité des Nations Unies, face aux massacres de l’administration israélienne à Gaza?
Les timides réactions de certaines institutions internationales et des pays occidentaux viennent confirmer la politique de deux poids et deux mesures flagrante qu’ils ont toujours adoptée. L’État d’Israël bénéficie de leur soutien inconditionnel même lorsqu’il est coupable de crimes de guerre et d’occupation illégale des territoires palestiniens et du traitement inhumain infligé à leurs citoyens. Cela dure depuis maintenant plus de 75 ans qu’existe l’État d’Israël qui, comme vous le savez, a toujours fait fi des résolutions des Nations Unies.

Il faut reconnaître pour bien le souligner que le S.G. des Nations Unies a pris position, au Conseil de Sécurité, en faveur du peuple Palestinien et a dénoncé l’occupation étouffante de Gaza par Israël, sans toutefois justifier l’attaque de Hamas, mais il a été violemment pris à partie par l’Ambassadeur d’Israël aux Nations Unies pour qui le droit international ne s’applique qu’aux autres. Pour bien exprimer sa grosse colère et en guise de représailles, Israël a pris la décision de ne plus accorder de visas d’entrée sur son territoire aux dirigeants et au personnel de l’ONU. Voila comment est traité celui qui incarne l’ensemble des États du monde et représente la voix officielle de la communauté internationale !

La lutte du peuple palestinien n’est pas d’ordre religieux…»

Comment évaluez-vous le silence de certains dirigeants arabes face à la crise à Gaza ? Quels sont les facteurs qui, selon vous, contribuent à ce silence ?
Israël a depuis peu essayé et réussi dans une certaine mesure à normaliser ses relations diplomatiques, économiques et commerciales avec certains pays arabes dont les Emirats arabes unis, comme il l’avait fait auparavant avec l’Égypte. Et les négociations dans ce sens avec l’Arabie saoudite étaient, selon certaines sources fiables, en voie d’aboutissement lorsque s’est produite l’attaque surprise du Hamas. Pris au dépourvu, confus et peut-être même désemparés, les dirigeants arabes ont mis du temps à réagir et c’est seulement lorsque la nouvelle du bombardement par les forces israéliennes d’un hôpital à Gaza faisant plus de 500 morts, qu’ils ont décidé de condamner sans réserve ce crime odieux ainsi que le blocus de Gaza.

Que pensez-vous du rôle de l’opinion publique mondiale dans la sensibilisation aux problèmes de Gaza et dans l’exercice de pression sur les gouvernements et les dirigeants pour agir en faveur de la population de Gaza ?
Un peu partout dans le monde, en Occident comme ailleurs, il y a eu des manifestations de rue monstres en faveur de la Palestine, condamnant les attaques disproportionnées et meurtrières de l’armée israélienne à Gaza, qui ont fait aux dernières nouvelles, plus de 7000 morts, des dizaines de milliers de blessés et des centaines de milliers de réfugiés, presque au bord de la famine. L’Opinion publique, exprimée à travers des manifestations et sur les réseaux sociaux, continue de faire pression sur les États encore réticents à dénoncer les actes hautement condamnables, car cruels et inhumains, envers un peuple innocent et sans défense. Elle exerce des pressions même sur les Etats-Unis afin que ces derniers cessent de fournir des armes aux Israéliens et adoptent une position neutre ou plus équilibrée dans cette guerre qui non seulement risque d’embraser le Moyen-Orient mais de déclencher une Troisième guerre mondiale, si, de surcroît, des pays comme la Turquie, l’Iran et la Russie décident de se jeter dans la mêlée pour prévenir un ‘holocauste palestinien’.

Quelles mesures ou solutions proposez-vous pour atténuer la souffrance du peuple de Gaza et résoudre la crise humanitaire actuelle ?
À court terme, il faudrait immédiatement imposer un cessez-le-feu, et seuls les États-Unis peuvent amener Israël à l’accepter, libérer en même temps les otages capturés par Hamas et les Palestiniens détenus arbitrairement et illégalement dans des prisons israéliennes et permettre le libre accès des convois humanitaires à Gaza.

En tant qu’ancien président de la République, avez-vous des idées sur le rôle que le pays pourrait jouer pour sensibiliser davantage à la situation à Gaza ou pour contribuer à des efforts de secours?
L’État Mauricien doit renouveler avec fermeté la position qui a toujours été la sienne et qui est aussi celle des Nations Unies préconisant la création d’un État palestinien viable aux côtés de l’État d’Israël dans des frontières sécurisées. Les Accords d’Oslo de 1993 et 1995 signés entre l’Etat d’Israël et l’OLP de Yasser Arafat peuvent servir de base pour atteindre très rapidement un accord entre les deux parties.

Les médias devraient continuer à sensibiliser l’opinion publique sur la situation au Moyen-Orient en particulier l’occupation illégale du territoire palestinien et l’humiliation quotidienne infligée au peuple palestinien, de foi musulmane comme de foi chrétienne. Il faut surtout rappeler que la lutte du peuple palestinien n’est pas d’ordre religieux mais essentiellement une lutte politique contre les colonisateurs, qui a établi un système d’apartheid à l’encontre des Palestiniens dans un territoire qui leur appartient.

Il incombe à l’Etat Mauricien mais également à la population éprise de justice que nous sommes de participer, à travers des ONG, aux efforts de secours humanitaires mis en place pour venir en aide au peuple martyr de la Palestine, pourchassé, humilié avant d’être massacre dans la bande de Gaza.

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