Saida, 70 ans, habite le village de Triolet depuis son enfance. Elle nous raconte comment à son époque on faisait le Qurbani. «On ressentait auparavant une vive émotion chez la famille qui allait faire le Qurbani. Mais avec le temps, l’attitude des gens a beaucoup changé. Le Qurbani est devenu aujourd’hui davantage un spectacle qu’un devoir sacré », dit la septuagénaire.
Bibi Saida nous raconte que durant son enfance les grands-parents parlaient du Qurbani avec respect et beaucoup d’humilité. « C’est dommage qu’aujourd’hui tel n’est plus le cas. Aux yeux des jeunes d’aujourd’hui, le sacrifice n’a pas la meme signification et la même valeur qu’il avait jadis au temps de nos grands-parents. J’ai même l’impression que le sacrifice est devenu comme une sorte de compétition ou une famille achète le plus gros animal juste pour faire voir qu’il a les moyens d’acheter une part du Qurbani jusqu’à Rs 20 000. C’est incroyable. Et on invite même les autres à venir voir l’animal surtout s’il est gros. Auparavant l’important était de faire le sacrifice avec tout le respect dû à l’animal, » dit-elle.
Notre interlocutrice se rappelle aussi que le jour de l’Eid-ul-Adha, les proches et amis venaient dire ‘Eid Mubarak’ et on leur servait le pudding au vermicelle ou du vermicelle que l’on préparait avec du lait, le fameux ‘sirkouma’, selon les goûts de la personne. « Tous doivent déguster du vermicelle ce jour-là », nous indique Babi Saida.
Elle fait ressortir que les filles et les dames ne pouvaient pas assister à l’abattage car seuls les hommes y étaient autorisés. Elle nous apprend aussi que les gens pauvres ne prenaient aucune part à ce rite et que seuls les riches avaient ce privilège et cela même si à cette époque un bœuf se vendait entre Rs. 300 ou Rs 350.
À une semaine du Qurbani, nous indique encore Bibi Saida on emmenait l’animal sur le lieu de l’abattage et on lui donnait à manger et à boire. « C’est-à-dire qu’on le nourrissait avant de faire le Zabah. Maintenant c’est le contraire. On fait venir l’animal la veille, le matin ou le soir », nous dit-elle encore.
Abdoolah Mandary, 75 ans
Depuis son enfance, Bhai Abdoollah, habite Mon Fertile, un village qui se trouve au sud-est de l’île. Tout enfant avec son frère aîné Djikiryah, il allait voir l’abattage de l’animal chez des voisins ou des parents
« À cette époque le Qurbani ne se faisait pas partout comme cela se fait aujourd’hui. Il faut aussi dire que le coût de la vie était cher et trouver du travail était difficile et on n’avait pas suffisamment d’argent pour se permettre de prendre une part. Mais malgré cela, des familles arrivaient à économiser pour pouvoir prendre une part du Qurbani. Et c’est une semaine ou plus que l’on faisait venir le bœuf chez la famille où aurait lieu le sacrifice. Le soir venu on allait voir l’animal pour s’assurer qu’il n’avait pas été volé », nous explique Abdoollah.
« Je me souviens qu’il n’y avait pas de parc comme c’est le cas aujourd’hui. Beaucoup de personnes achetaient leur bœuf dans le parc car auparavant dans le village où j’habitais, la plupart des gens faisaient de l’élevage alors on allait acheter le bœuf directement à l’éleveur, et c’est à pied que l’éleveur lui-même emmenait le bœuf chez le destinataire. Pour nous les enfants, cela était une réel plaisir de le suivre. Mais on faisait attention à ne pas faire peur à l’animal. Car si on rapportait à nos parents que nous avions fait du désordre, c’était punition sévère. Il n’y avait pas de camion pour transporter spécialement ces animaux », laisse-t-il entendre. « Et je dois faire ressortir que c’est vraiment triste de voir la façon que l’on traite l’animal destiné pour le Qurbani », conclut-elle.
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