dimanche , 23 février 2020
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Ally Lazer

Ally Lazer, président de l’ATSM : «La corruption continue d’alimenter le trafic de drogue»

Contre vents et marées, Ally Lazer poursuit son perpétuel combat contre la drogue. Selon lui, le trafic de drogue ne sera pas jugulé aussi longtemps que la corruption perdurera dans les différentes sphères de la société.

Malgré les importants records de saisie, la drogue continue à entrer dans le pays. Pour le président de l’Association des travailleurs sociaux de l’île Maurice (ATSM), Ally Lazer, cette situation le motive davantage à poursuivre son combat contre le trafic de drogue à Maurice. « Grâce à des informations fournies par des amis médecins, j’ai pu comprendre que du 1er au 15 janvier de cette année, six jeunes âgés entre 16 ans et 25 ans sont morts à cause de la drogue synthétique. En tant que patriote et aussi en tant que père de famille, cela me fait énormément de peine. Après 40 ans de lutte acharnée, je constate que la situation s’est empirée et que les jeunes se laissent happer de plus en plus dans le spiral abyssal de la drogue », dit-il d’emblée.

Selon Ally Lazer, l’émergence des drogues synthétiques explique la situation chaotique à Maurice. « Au tout début, il n’y avait que le cannabis et l’opium. L’opium était alors une drogue consommée en grande partie par les gens d’une communauté spécifique de la capitale. Vers la fin des années 70, l’héroïne a commencé à faire des dégâts dans le pays et ce, jusqu’à aujourd’hui. Puis, il y a eu la cocaïne. Et pour envenimer la situation, la drogue synthétique a fait son apparition sur le marché. Elle a littéralement envahi le pays », avance-t-il. Le travailleur social laisse entendre que récemment, il a pris connaissance d’un cas où de la drogue synthétique a été retrouvée sur deux écoliers de dix ans dans un établissement primaire de Port-Louis. « Cela démontre à quel point la drogue synthétique est accessible », tempête-t-il.

Combattre la corruption

Afin de combattre le trafic de drogue, Ally Lazer soutient qu’il faut avant tout mener un « grand combat » contre la corruption. « Il est malheureux que la corruption continue d’alimenter le trafic de drogue. Sinon comment expliquer que 95 kgs de cocaïne, retrouvés dans une tractopelle, aient pu échapper au contrôle des douaniers et des chiens renifleurs au port  ? Je n’ai pas peur de dire que de hautes personnalités sont impliquées dans le trafic de drogue à Maurice. Elles savent pertinemment bien que c’est un business qui génère des milliards », avance notre interlocuteur. Il fustige aussi les pharmaciens qui vendent illégalement des psychotropes aux gens et aident ainsi à la prolifération de la drogue. « Je qualifie ces pharmaciens véreux de ‘marsan la mort’ tout comme les trafiquants », dit-il.

Parallèlement, Ally Lazer se demande comment est-ce que des prisonniers aient pu être victimes d’une overdose de drogue synthétique à l’intérieur de la prison. « Posez-vous la question, si au sein du milieu carcéral, la drogue synthétique circule à ce rythme, alors qu’en est-il de la situation ‘lor koltar’ ? » s’interroge-t-il. Il cite aussi en exemple les policiers corrompus qui, selon lui, sont de mèche avec les trafiquants de drogue. « Je suis sur le terrain depuis 40 ans et je connais comment plusieurs éléments de la force policière sont corrompus. Même des éléments de l’Adsu sont aujourd’hui les complices des trafiquants. Quelle ironie ! C’est aberrant ! » martèle-t-il.

Rajeunissement et féminisation

Par ailleurs, Ally Lazer dit avoir une volonté de combattre le trafic de drogue en raison du rajeunissement et de la féminisation des consommateurs. En tant que responsable du centre de désintoxication Dr Idrice Goumany, à Plaine-Verte, il dit qu’auparavant, les patients étaient pour la plupart du temps âgés de plus de 50 ans. « Aujourd’hui, nous avons affaire à des consommateurs qui n’ont même pas 15 ans. Récemment, nous avons eu un cas d’une fille accoutumée à la drogue synthétique. Elle n’a que 13 ans. ‘Ban garson dire zot tracer pou acheter la drogue mais ban tifi la van zot lékor’ », explique-t-il. Ally Lazer se dit triste que chaque semaine des dizaines de parents viennent le voir pour lui expliquer leur calvaire. « Depi 40 ans, mo pé trouv larmes ban mama akoz zot zenfan drogué », se désole-t-il.

Afin d’intensifier le combat sur le terrain, Ally Lazer est d’avis que les autorités doivent envoyer des signaux forts aux trafiquants. « Selon la Dangerous Drug Act, aucune personne coupable de trafic de drogue ne peut bénéficier d’une rémission de peine. Or, à Maurice, à l’occasion de l’Indépendance, il y a eu des trafiquants de drogue qui ont bénéficié de la grâce présidentielle. Cela ne doit plus être le cas », avance-t-il. Parallèlement, Ally Lazer estime que toute personne arrêtée pour délit de possession de drogue doit déposer devant un magistrat dans une cour juridique. «  Trop boucou foi ban policier ripoux in falsifier statement dimoun akoz zot complice ar marsan la mort  », dit-il. Aussi, le travailleur social recommande que des examens toxicologiques soient faits après les autopsies lors des décès suspects afin de savoir combien de personnes meurent à cause de la drogue.

Me Shafik Cassim Jeehan : «Jusqu’à 25 ans de prison pour les trafiquants»

Me Shafik Cassim Jeehan Une amende de Rs 1 million et une peine d’emprisonnement ne dépassant pas 25 ans. C’est ce que prévoit la Dangerous Drug Act pour une personne trouvée coupable de trafic de drogue.

Qu’est-ce qui constitue un trafic de drogue ?
La section 30 de la Dangerous Drug Act est très claire là-dessus. Quelqu’un qui, de manière illégale, produit, prépare, transforme, distribue, vend, offre à vendre, transporte, importe, ou exporte de la drogue peut être poursuivi sous une charge de trafic de drogue. Cela s’applique également pour les personnes qui organisent ou qui financent des activités liées à la drogue.

Que risque une personne sous cette charge ?
Dépendant de la gravité de l’affaire, du casier judicaire de l’accusé, de sa situation familiale et de la drogue en question, un accusé peut écoper d’une amende ne dépassant pas Rs 1 million et d’une peine d’emprisonnement ne dépassant pas 25 ans.

Que se passe-t-il si une personne arrêtée avance que c’est pour sa consommation personnelle ?
Il arrive parfois que lorsque la police interpelle une personne avec de la drogue, celle-ci a en sa possession une grande quantité de drogue que, logiquement, seul un trafiquant pourrait en avoir. Et souvent, le suspect avance qu’il est un gros consommateur de drogue. Il explique alors qu’il s’est procuré une grande quantité afin de pouvoir en consommer pendant plusieurs mois. Il plaide alors coupable pour possession de drogue seulement et non comme trafiquant.

Qu’est-ce qui change à ce moment là ?
Tout dépendra des preuves qui seront présentées, ou pas, en cour. Il se peut que la poursuite parvienne à prouver le délit de possession drogue mais pas le trafic. Dans ce cas précis, la cour, sous la section 30 (3) peut condamner la personne coupable de possession de drogue seulement.

Cela signifie que la sentence peut être différente ?
Evidemment. De plus, la Dangerous Drug Act catégorise les différentes drogues en fonction des Schedules. Par exemple, la sentence pour quelqu’un trouvé coupable de trafic de cannabis sera différente et peut être même moins sévère, dépendant des cas, de quelqu’un qui est trouvé coupable de trafic de cocaïne ou d’héroïne. Car le cannabis, aussi communément appelé ‘gandia’, se trouve dans le ‘Part I Schedule I’ de la Dangerous Drug Act alors que la cocaïne, l’Héroïne ou encore le Synthetic Cannabinoids, Cathinones et opioids se retrouvent dans le ‘Part II Schedule I’ de cette loi.

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